Star du rap, il devient un cinéaste primé à Cannes ! Qui est Rafiki Fariala, réalisateur de Congo Boy ?
Thomas Desroches
Thomas Desroches
-Journaliste
Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma transgressif, queer, horrifique et les documentaires engagés.

Présent au Biarritz Film Festival - Nouvelles Vagues pour son film "Congo Boy", projeté en compétition, Rafiki Fariala nous explique son destin hors du commun. Rencontre.

Réfugié congolais, il est devenu une star du rap en Centrafrique avant de devenir un réalisateur primé en France. Oui, la vie de Rafiki Fariala mérite bien un film. À 29 ans, il met en scène Congo Boy, son premier long métrage, prix du meilleur acteur dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes et présenté en compétition au Biarritz Film Festival – Nouvelles Vagues.

Congo Boy
Congo Boy
De Rafiki Fariala
Avec Bradley Fiomona, Dieufera Sana, Hubert Ngbolo
Sortie le 25 novembre 2026
Séances (2)

Dans ce récit d’apprentissage, Robert (Bradley Fiomona) rêve de musique. Jeune étudiant à Bangui, il s’occupe seul de ses frères et sœurs après l’arrestation de ses parents. Robert n’est pas un Centrafricain comme les autres : il est réfugié congolais, un statut vécu comme un poids qu’il faut à tout prix cacher aux yeux des autres. Tiraillé entre ses études, les attentes de ses parents et son souhait de devenir rappeur, Robert doit faire un choix : rester dans l’ombre ou s’affirmer dans la lumière.

Congo Boy, c'est lui !

Né en République du Congo en 1997, Rafiki Fariala arrive à Bangui à l’âge de trois mois. Comme le héros de Congo Boy, ses parents ont été emprisonnés et il s’imaginait plutôt sur scène que sur les bancs d’une école de médecine. À l’âge de 19 ans, il découvre le cinéma grâce à une formation initiée par le réalisateur français Boris Lojkine (Camille, L’Histoire de Souleymane). Rafiki Fariala filme alors ses amis. Il réalise un court métrage puis un documentaire, Nous, étudiants !, censuré en Centrafrique pour avoir dénoncé la corruption et le harcèlement sexuel dans le milieu de l’éducation.

Puis arrive Congo Boy. «J’ai eu envie de filmer ma famille, de raconter la vie de jeunes réfugiés à Bangui, explique-t-il à AlloCiné. Mon histoire, en tant que jeune réfugié venu du Congo, m’importait particulièrement : très souvent, dans les films, on ne parle que des réfugiés qui quittent l’Afrique pour aller vers l’Europe. On parle peu des jeunes qui quittent un pays africain pour un autre pays d’Afrique.» Réalisateur mais aussi coscénariste, Rafiki Fariala écrit d’abord à la première personne puis à la troisième en imaginant le personnage de Robert.

Rafiki Fariala (à gauche) et Bradley Fiomona (à droite) au Festival de Cannes, le 15 mai 2026. Zuma Press / Bestimage
Rafiki Fariala (à gauche) et Bradley Fiomona (à droite) au Festival de Cannes, le 15 mai 2026.

Devant sa caméra, aucun acteur n’est professionnel. La tante Zara est sa propre tante, les enfants sont issus des familles de Bangui et les militaires sont réellement militaires. Ils jouent avec leurs véritables armes. «Je viens du documentaire. J’ai l’habitude de filmer mes amis, de tourner dans des décors existants, de filmer des gens que je connais, ajoute-t-il. Pour moi, il était important de garder ce côté documentaire en réalisant cette fiction.»

Dans le quotidien de Rafiki Fariala comme dans le film, la musique est vitale : «Je n’imagine pas faire du cinéma sans musique, parce que c’est ce que je suis. À Bangui, nous chantons tout le temps : quand je suis triste, je chante ; quand je suis content, je chante ; même quand je suis en colère, je chante.» C’est en remportant un concours organisé avec l’UNICEF en 2013 que le réalisateur s’est fait un nom sur la scène locale sous le pseudonyme Rafiki RH2O.

Un symbole pour la jeunesse en Afrique

Grâce à son parcours extraordinaire et à sa visibilité, rendue possible grâce au Festival de Cannes, Rafiki Fariala porte aujourd’hui les espoirs d’une jeunesse africaine. «En Centrafrique, nous n’avons pas de grandes écoles de cinéma, ni de salles de cinéma. Pourtant, avec de petites caméras, on peut commencer à faire des films et raconter nos propres histoires, assure-t-il. La jeunesse, c’est le futur, c’est l’avenir d’un pays. Si l’on veut construire un pays, on a besoin des jeunes et, comme dans Congo Boy, il faut leur donner la parole.»

Porté par le succès de son film, Rafiki Fariala n’a plus peur d’affirmer son identité et son histoire. «Je voulais m’accepter tel que je suis. Comme dans le film, j’ai eu honte et j’ai dû me cacher. Mon père me disait toujours : “Ne dis pas qui tu es, sinon ce sera dangereux pour toi, on va se moquer de toi, tu ne pourras pas réussir.”» Il conclut : «Je suis un réfugié, je suis un voyageur et je suis fier.»

Propos recueillis par Thomas Desroches, à Biarritz, le 24 juin 2026

Congo Boy, au cinéma le 25 novembre 2026

FBwhatsapp facebook Tweet
Sur le même sujet