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Après l’enterrement de son mari, Alice rejoint la maison isolée de sa belle-famille pour partager un dernier repas en sa mémoire. Mais ce qui devait être un temps de recueillement bascule peu à peu dans le cauchemar : les membres de la famille se transforment, un à un, en créatures démoniaques. Enfermée dans cette descente aux enfers, Alice comprend que les vœux prononcés autrefois continuent de la lier à son mari… bien au-delà de la mort.
Un Evil Dead plus ancré dans le réel que jamais
Pour ce sixième opus, Sam Raimi — créateur de la franchise Evil Dead et réalisateur des trois premiers films — a choisi de passer le relais au jeune cinéaste français Sébastien Vaniček, après avoir découvert son travail sur Vermines (2023).
L’idée séduit immédiatement le réalisateur : celle d’une saga qui avance moins par continuité que par réinvention, où chaque film peut s’emparer des codes de la franchise sans devoir s’inscrire dans un récit unique. Il raconte sur la genèse d'Evil Dead Burn : « Dès le départ, j’avais dit que même si on allait écrire des choses irréelles, je voulais qu’on conserve ce truc très terre-à-terre donc, et que ça s’applique aussi aux personnages. »
Cette intention irrigue tout le film. Ici, l’horreur ne surgit pas d’objets extraordinaires mais du quotidien lui-même : un stylo, une bétonneuse, un couteau, un tire-bouchon, un lave-vaisselle entrouvert. Les instruments de torture prennent l’apparence de ce qui nous entoure tous les jours, et c’est précisément ce qui les rend si dérangeants.
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Le cinéaste et son coscénariste Florent Bernard – déjà à ses côtés sur Vermines – racontent : « On est allés dans une grande surface de jardinage pour regarder les outils qu’on pourrait utiliser. Puis un jour, chez lui, on a vu le lave-vaisselle ouvert… En fait, la violence quotidienne, c’est la plus percutante car elle permet de s’identifier : Si je me fais attaquer chez moi, je prends quoi pour me défendre ? »
Mais ce réalisme ne passe pas seulement par la matière du décor ou des corps. Pour donner à son appropriation de la franchise une portée plus universelle, Sébastien Vaniček choisit de déplacer le cœur du récit vers les relations amoureuses.
Il explique : « Est-on prêt à tuer les gens qu’on aime – nos meilleurs amis, notre compagnon, etc. Est-on prêt à faire ça par amour ? Il s’agit d’un acte si terrible… C’est la première chose qui nous a parlé. Faire une histoire d’amour tragique. Evil Dead parle de la mort alors pourquoi pas faire une histoire sur la mort de l’amour ? »
C’est sans doute là que le film surprend le plus : sous ses débordements gore et ses possessions démoniaques se cache une histoire de deuil, de dépendance affective et de liens qui refusent de disparaître.
Et comme tout bon Evil Dead, le film n’oublie jamais de jouer avec l’absurde. Le rire surgit souvent là où on ne l’attend pas : dans les bruits parasites d’une cérémonie funéraire, dans une enceinte qui refuse de fonctionner, dans ces détails grotesques qui viennent troubler le tragique… Et le réalisateur de compléter : « C’est le business de la mort. C’est quelque chose de très grotesque et de très Evil Dead, c’est vrai, de jouer avec la mort, de la prendre en dérision… avant de rentrer en enfer. »
Derrière l’horreur, un film qui interroge les mécanismes de la violence
À partir de cette histoire d’amour tragique, Sébastien Vaniček et son coscénariste font émerger une autre lecture du film : celle de la toxicité et des violences au sein du couple.
Sans jamais abandonner les codes du cinéma de genre, le récit cherche à garder une forme de retenue et de crédibilité : « On avait très à cœur d’avoir un propos fort sur ces sujets et notamment sur la place de la femme ». Cette tension est présente dès les premières scènes : une soirée d’anniversaire, des remarques qui blessent, des humiliations ordinaires… Jusqu’à ce que quelque chose se fissure.
Le long plan-séquence dévoilé dans le teaser donne immédiatement la couleur. Sébastien Vaniček confie à ce propos : « Je souhaite mettre le spectateur dans une sorte de train fantôme de violence domestique – une violence qui existe partout. Alice est en train de ramper et ce qui se passe autour d’elle, ça arrive malheureusement véritablement dans des tas de foyers. »
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Le film trouve alors son équilibre dans un face-à-face discret mais fort entre la mère et la belle-fille : deux générations et deux visions de l’amour. Pour l’une, la famille se protège au prix du sacrifice. Pour l’autre, aucune fidélité ne mérite qu’on accepte la violence.
E le réalisateur de compléter : « Parfois, on ne contrôle pas les choses quand on écrit et quand on a décidé de mettre en conflit la mère et la belle-fille, on s’est rendu compte qu’on avait là deux philosophies très différentes sur les « devoirs », et j’insiste sur les guillemets, d’une femme. Après, Florent et moi étions très conscients que le script était écrit par deux hommes : on a donc essayé d’établir une distance, d’être subtil (...) Au départ, la violence de Will, dans le texte, était un peu plus légère (...) On avait un couple dysfonctionnel et toxique. Au fur et à mesure, en construisant le méchant final, on a voulu pousser les curseurs, tout en gardant une certaine pudeur. Parce que je ne veux pas me servir de ces sujets pour faire du divertissement. »
Une héroïne qui échappe aux figures habituelles du genre
Pour incarner Alice, le réalisateur s’est tourné vers l’actrice suisse Souheila Yacoub (En corps ; Les Femmes au balcon), qu’il avait découverte lors d’une représentation parisienne de la pièce Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad. Il la considère comme « l’une des actrices les plus physiques en France ».
Ce choix s’impose rapidement à l’écran. En effet, Alice n’est ni une héroïne invincible ni une victime sacrificielle. Elle doute, encaisse, avance, recule parfois. Elle porte quelque chose de plus rare dans le cinéma d’horreur : une présence qui ne repose pas sur le spectaculaire mais sur une forme d’usure émotionnelle très humaine. Le réalisateur raconte : « Par son regard, Alice est si forte que je n’avais pas besoin de punchline, de cri de guerre, de la badigeonner de sang (...) J’adore filmer le physique, les corps, les ombres, les déplacements. Et avec elle, c’était ultra inspirant. »
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L’actrice a justement apprécié construire un personnage loin des stéréotypes et qui accepte ses contradictions : « Dans certains scénarios que je reçois, je déplore que les personnages féminins n’aient qu’une seule couleur : la femme forte, la victime, etc. J’ai très tôt dit : « Je veux que ce soit plus compliqué que ça, qu’elle ait des défauts, qu’elle soit réelle et parfaite dans son imperfection ». Je voulais que, parfois, Alice soit chiante, confuse... Et puis, comme on est dans un film d’horreur, qu’elle ne sache pas quoi faire ! (...) On a voulu être réalistes avec les émotions d’Alice. Je n’ai pas travaillé différemment que sur un film d’auteur ou un film indépendant ou sur le film de Noémie Merlant par exemple. »
Sans renoncer à l’excès propre à la franchise, ce nouvel Evil Dead semble ainsi chercher autre chose : une horreur moins spectaculaire que viscérale, où les monstres ressemblent parfois un peu trop aux humains.
Là où beaucoup de franchises se contentent de reproduire leurs codes, ce nouvel Evil Dead tente de leur donner un autre relief. En ramenant l’horreur au plus près du réel, Sébastien Vaniček signe un film brutal mais étonnamment sensible. Une proposition qui rappelle que les monstres les plus inquiétants ne sont pas toujours ceux que l’on invoque… Evil Dead Burn est à découvrir le 8 juillet en salle.