De quoi ça parle ?
Pour gagner sa vie, Laura accepte un emploi au service de Souria. Installée dans un hôtel particulier du triangle d’or par son amant, un riche prince saoudien, Souria vit dans l’attente de ses visites. Tandis que Laura doit s’adapter à cet univers de luxe démesuré et de surveillance constante, un lien fragile se tisse entre les deux femmes. Mais Laura pressent qu’un danger pèse sur Souria et que cette cage dorée pourrait bien se refermer sur elles deux
Ce premier long métrage, sélectionné au Festival de Cannes cette année, en Séance spéciale, est une des pépites à ne pas manquer au cinéma cette semaine. Le Triangle d’or nous emmène dans le quartier ultra luxueux de Paris aux abords des Champs-Elysées. L’intrigue qui prend la forme d’un quasi huis clos se passe dans un hôtel particulier détenu par un riche prince saoudien.
Très documenté, et librement inspiré de faits réels, ce thriller social nous plonge dans le monde du luxe, à travers une intrigue liant deux femmes venues de mondes totalement opposés.
Un travail de documentation poussé
"J’ai fait tout un été le ménage pour une riche Saoudienne, dont j’ai compris progressivement qu’elle était l’amante d’un membre de la famille royale. Le couple, illégitime, ne devait jamais être vu ensemble, explique Hélène Rosselet-Ruiz dans le dossier de presse du film. (...) Il y avait cette notion d’interdit, et bien sûr des rapports de domination très marqués. Le huis clos du film m’a permis d’imaginer une vraie rencontre entre ces deux femmes, que la ré- alité n’avait pas permise."
Pour l'aspect documentation, la réalisatrice et sa coscénariste Pauline Guéna se sont basées sur des témoignages et des ouvrages. "Nous avons rencontré des femmes, notamment des Saoudiennes, qui nous ont raconté leur parcours. Nous avons lu Fugitives d’Hélène Coutard, une enquête sur celles qui fuient l’Arabie saoudite. Nous nous sommes aussi appuyées sur le témoignage de personnels d’hôtels de luxe, de conciergeries, ainsi que sur le travail d’Alizée Delpierre (Servir les riches)".
Le triangle d'or séduit par le mystère qui entoure ses personnages, renforcé par l'ambiance générale du film. "Souria est une femme mystérieuse à bien des abords. Elle se déguise, se travestit, se transforme pour le plaisir d’un homme entre les mains de qui elle a placé son destin. Comme on la perçoit à tra-vers le regard de Laura, qui ne saura jamais tout d’elle, on la découvre peu à peu, avec ses fragilités, ses doutes, son passé - et son mystère irréductible. Elle joue à être cette femme, peut-être une princesse, qui aurait les cartes en main. La réalité est plus complexe. La notion de masque nous a particulièrement intéressées dans l’écriture."
"On a une fascination immédiate pour le luxe"
Sur ce milieu du luxe, Le triangle d'or nous pousse à nous questionner sur ce que ce besoin d'acheter, de dépenser, vient satisfaire. "On a une fascination immédiate pour le luxe, on nous l’apprend même, et en même temps le modèle qu’il nous vend est dégueulasse : tout se jette, tout est périssable, tout est à remplacer. Je voulais le raconter aussi visuellement."
Et d'ajouter : "Pour moi, la richesse extrême est une maladie, un symptôme de boulimie, où le pouvoir s’exerce en dépit de tout bon sens. (...) On nous vend ce modèle comme désirable, alors qu’il y a des gens derrière qui portent, qui travaillent, qui nettoient, qui jettent, et qui doivent rester invisibles pendant que la richesse, elle, doit faire rêver. Je trouvais intéressant d’être de ce côté-là et dans ce que ça peut avoir de dégoûtant."
Le Triangle d’or réunit Malou Khebizi, révélée par le film Diamant brut, et Soundos Mosbah, vue notamment dans la série Mister Spade. Il est produit par Marie-Ange Luciani (Les films de Pierre) qui a notamment produit Anatomie d'une chute de Justine Triet.
Le Triangle d'or sort au cinéma ce mercredi 29 juillet.

