Il existe des films qui, avec le recul, ressemblent presque à un miracle de casting. Les Anges de la nuit, polar new-yorkais majuscule réalisé par Phil Joanou en 1990, en fait clairement partie. Réunir sur un même plateau Sean Penn, Ed Harris et Gary Oldman, alors surnommés "les acteurs les plus chauds de leur génération", relève presque de l'alignement des planètes; d'autant que Joanou n'était encore qu'un jeune réalisateur de 28 ans, auteur d'une seule comédie ado et d'un documentaire sur U2.
L'histoire ? Après plusieurs années d'absence, Terry Noonan (Sean Penn) revient dans le quartier newyorkais de Hell's Kitchen, fief des irlandais. Il y retrouve Jackie Flannery (Gary Oldman), ses amis d'enfance et Kathleen (Robin Wright), son amour de jeunesse. La guerre avec la mafia italo-américaine bat alors son plein. L'ennui, c'est que Terry est un fait un policier infiltré. Il va être déchiré entre sa loyauté pour son vieux quartier et son sens de l'ordre...
C'est Gary Oldman qui a été le premier acteur à s'engager sur le film, acceptant de suivre un metteur en scène dont il n'avait vu aucun film. Sean Penn, alors connu pour ses rôles intenses et rageurs, aurait presque semblé plus logique dans la peau de Jackie que dans celle de Terry, le personnage plus introspectif qu'il incarne finalement.
Sur le plateau, les deux acteurs, aux méthodes de jeu radicalement opposées, ont donné du fil à retordre au réalisateur : Oldman arrivait "chaud, prêt à exploser" dès les premières prises, comme il le racontera plus tard, tandis que Penn avait besoin de monter en puissance progressivement, obligeant Joanou à jongler entre les deux tempéraments.
Le résultat de cette alchimie improbable, c'est un film d'une grande noirceur, sorti la même semaine que Les Affranchis de Scorsese, dont il subira injustement l'ombre écrasante au box-office. Une éclipse totalement immérité au vu de l'intensité de ces face-à-face d'acteurs. Si vous aimez les polars sombres et les tensions d'acteurs habités, ce film mérite largement d'être ressorti de l'oubli.
Les Anges de la nuit, à voir (ou revoir !) sur Prime Video.