On pensait ce film disparu pour toujours... Grâce à un incroyable travail d'enquête, ce chef d'oeuvre invisible de Marcel Pagnol est enfin visible et c'est une merveille !
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C'est une véritable rareté qu'ont pu découvrir les spectateurs du Festival du film de Lama cette semaine, grâce à la projection de "La Prière aux étoiles" de Marcel Pagnol. Ce film que l'on pensait détruit et disparu pour toujours existe enfin !

C'est une oeuvre de Marcel Pagnol que l'on pensait ne jamais pouvoir voir. Un film détruit que l'on imaginait disparu à jamais. Avant qu'un miracle arrive grâce au travail de fourmi d'un étudiant chercheur corse...

C'est la folle histoire de La Prière aux étoiles, film miraculé de Marcel Pagnol (dont on vous parlait ici), que les spectateurs du Festival du film de Lama ont été parmi les tous premiers à découvrir. Après Aubagne, La Rochelle, la Cinémathèque à Paris, voici que le village de Lama en Haute-Corse a pu accueillir l'une des toutes premières projections de cette rareté dans le cadre de la 32e édition du Festival du Film qui s'y déroule en ce moment. Le chercheur ayant permis la redécouverte de ce film étant originaire de Corse, rien de plus logique qu'il soit projeté en priorité au public corse.

Pour en savoir plus sur ce chef d'œuvre retrouvé et restauré, AlloCiné a pu s'entretenir, au Festival de Lama, avec Valécien Bonnot-Gallucci, originaire de Bastia, doctorant en histoire de l'art et enseignement, et Julien Ferrando, enseignant-chercheur à Aix-Marseille-Université et au laboratoire IDEAS au CNRS.

La Prière aux étoiles Carlotta Films
La Prière aux étoiles

La Prière aux étoiles, c'est quoi ?

Où s'inscrit ce film dans la filmographie de Marcel Pagnol ? Julien Ferrando nous explique : "C'est une trilogie que Pagnol avait l'idée de réaliser depuis très longtemps, depuis le milieu des années 30.

Il commence à tourner juste après La Fille du puisatier, à un moment très compliqué parce que c'est la guerre et dans la zone libre, c'est le seul studio qui fonctionne avec des laboratoires. Il lance ce projet, qui est à un moment de sa vie très particulier où il est dans une relation très passionnée, très amoureuse avec l'actrice Josette Day. Josette Day, pour ceux qui peut-être se rappellent, était également la Belle dans La Belle et la Bête dans le film de Cocteau qui a été fait par la suite.

Cette trilogie a été tournée pendant les années 41 et début 42, sachant que plus on avançait, plus les conditions de tournage devenaient difficiles. Les éléments qui ont été retrouvés représentent une forme de copie de travail. Ce n'est pas la version finale".

Pourquoi ce film se démarque dans l'œuvre de Pagnol ?

"C'est vraiment un film qui a été une révolution dans l'œuvre de Pagnol parce qu'il change de dynamique, poursuit Julien Ferrando. Il est centré sur une histoire d'amour profonde, passionnée, et à la fois très personnelle puisque elle représente des moments importants de sa vie. Ce film parle de lui et de ses multiples facettes, à la fois comme amoureux transi, mais également comme un personnage qui est aussi un homme d'affaires riche et qui peut peut-être aussi poser problème à Josette Day.

C'est une œuvre qui est extrêmement personnelle, qui parle de la situation véritablement à un moment donné de sa vie avec Josette Day, qui se terminera mal puisque ils se sépareront par la suite et le film ne sera pas terminé, et les studios seront vendus. Donc c'est un film très particulier dans l'œuvre cinématographique de Pagnol."

La Prière aux étoiles Carlotta Films
La Prière aux étoiles

Comment ce film que l'on pensait perdu a-t-il été retrouvé et reconstitué ?

La Prière aux étoiles a pu exister grâce au travail de fourmi du chercheur corse, Valécien Bonnot-Gallucci. Une enquête qui s'est étalée sur près de 3 ans pour aboutir au premier montage qui commence à être montré en festivals depuis quelques mois.

"J'aime bien rappeler cette histoire, parce que c'est très amical et émouvant. C'est une partie des scénarios qu'on conservait en Corse, que m'avait transmise Jean-Pierre Mattei, qui était le fondateur de la Cinémathèque de Corse, et qui est le président d'honneur aujourd'hui de l'association La Corse et le cinéma.

On est parti de ces scénarios pour, finalement, reconstituer la trame narrative d'un film qui a été détruit par son auteur sous l'Occupation, pour ne pas que son œuvre soit reprise par Alfred Greven, qui était le patron de la Continental Films, donc une production française à capitaux allemands, qui avait qui exerçait une grande influence dans le cinéma français... Je me suis dit : il y a quelque chose de l'ordre du polar. Un film détruit en partie par son auteur, qui plus est une histoire d'amour. (...)

Lorsque l'on fait des recherches, il y a la science, mais il y a aussi la quête. La quête spirituelle de partir à la recherche de l'inconnu. (...) J'ai pu rassembler des éléments du film. Je me suis appuyé sur les documents de tournage et les photographies de tournage que m'avait adressés Nicolas Pagnol, le petit-fils de l'écrivain. J'ai pu avoir un corpus iconographique. Et en faisant des recherches au CNC, aux Archives nationales du film, et par des principes pédagogiques et patrimoniaux, j'ai constaté l'existence de bobines inédites. Ça m'a ému parce que elles n'avaient pas fait l'objet de restaurations, elles n'avaient pas fait l'objet d'études. Et j'ai fait la correspondance entre les scénarios qui étaient conservés en Corse, entre les éléments que m'avait adressés le petit-fils de Marcel Pagnol, entre les carnets de tournage de la BNF. Donc j'ai fait cette synthèse et je constate qu'il y a un corpus, pas seulement des rushes. C'est un film qui peut mentalement être reconstruit.

J'ai rédigé un article qui a fait l'objet d'une publication dans la revue 1895, et je me rends compte en théorie qu'il peut y avoir un film qui peut se faire, un film qui peut être reconstitué. Et la restauration a eu lieu.

J'ai commencé les recherches en 2022. J'ai pu constater l'existence des bobines au CNC en 2023, et puis la rédaction de l'article s'est faite sur deux ans. Ça fait trois ans de recherches qui sont étalées sur le temps.

Le but de la recherche, c'est de toujours renouveler la connaissance, et de faire en sorte que rien n'est acquis, que tout reste à connaître. Mais il y a aussi quelque chose de l'ordre de la sensation. C'est un film, c'est une histoire d'amour, c'est un film engagé, qui plus est réalisé par Marcel Pagnol qui est une figure importante en Corse. Il y a une proximité familiale et culturelle avec notre île, avec notre territoire. Marcel Pagnol a travaillé sur la Corse, son beau-frère était corse, et les Corses ont travaillé avec lui, ont laissé des témoignages, des archives. Lorsque l'on revoit des scènes, ce qui ressemble à Marius, Fanny, César, il y a quelque chose de l'ordre de l'enfance, du temps qui est passé, de ce qui est conservé dans les souvenirs".

Le Festival du Film de Lama se poursuit jusqu'au 31 juillet. En savoir plus.

Propos recueillis au Festival du Film de Lama, le 28 juillet 2026, par Brigitte Baronnet

Brigitte Baronnet
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.
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