15 ans après sa sortie initiale, Tomboy revient au cinéma dans une version remontée. Après avoir présenté cette nouvelle version à la Berlinale et au Centre Pompidou pour une rétrospective, ce remontage est enfin visible, en exclusivité au cinéma MK2 Beaubourg à Paris.
Pourquoi ce remontage ? La réalisatrice Céline Sciamma s'en explique dans un texte : "Il y a 15 ans, Tomboy faisait sa première mondiale au festival de Berlin et sortait dans les cinémas français. Depuis, des centaines de jeunes, partout dans le monde, m’ont raconté comment cette œuvre les avait sauvés. Leurs mots m’ont bouleversée... si bien que ce long-métrage, fabriqué avec un budget modeste, est celui qui m’inspire aujourd’hui le plus de foi en le cinéma. Face aux témoignages de tous ces enfants et ados, j’ai décidé de repenser le film pour eux, et de le rendre peut-être encore plus inclusif, en tout cas plus tendre.
"Le rendre peut-être encore plus inclusif, en tout cas plus tendre"
Un tel geste de remontage est étranger à l’écologie habituelle du cinéma mais profondément possible et passionnant... il nous renseigne à la fois sur la plasticité et la responsabilité du langage cinématographique. J’ai aimé radicaliser la tendresse, et montrer le film dans sa nouvelle version au festival de Berlin 2026 puis au Centre Pompidou dans le cadre de la Rétrospective qu’ils m’ont consacrée. Aujourd’hui je me réjouis que le public puisse découvrir le film ainsi."
A l'occasion de la rétrospective au Centre Pompidou, début juin, Céline Sciamma a présenté le remontage de Tomboy, et de Bande de filles, renommé depuis G
"C'est une décision qui naît du fait qu'il y a une empreinte, de la conscience d'avoir un impact. (...) J'ai la chance d'avoir eu de l'attention, que mon travail soit commenté, pas seulement ici [au Centre Pompidou], donc augmenté des perceptions de l'avant-garde de la critique des réseaux sociaux, et des spectateurs, spectatrices."
Pour Tomboy, Céline Sciamma a précisé lors de l'ouverture de la rétrospective mercredi 3 juin, que le fait de remonter était "un rêve qu'[elle avait] depuis longtemps. Et en même temps, il faut trouver le contexte pour pouvoir remonter son film et le proposer. Cette invitation [du Centre Pompidou] était parfaite parce que c'était le musée. Ce n'est pas une sortie dans une salle. C'est un geste qui peut être expérimental, qui peut être super sincère. Il se trouve que le film, maintenant, sera cette version-là."
Et d'ajouter : "ce rêve venait de plusieurs choses, mais principalement du fait que c'est un film dont la vie avait déjà été incroyablement changeante. Sa perception, son impact dans la société ont sans cesse évolué au gré de la société. Quand il est sorti, c'était le coup de cœur, ça a fait plein d'entrées. Quelques années plus tard, Civitas, La Manif pour tous, au gré de ces débats - qui n'étaient vraiment pas nécessaires -, (...) ont rendu le film indésirable.
"Rendre le film encore plus compatible avec les enfants"
Il était vu par plein d'enfants. D'un coup, les professeurs osaient moins le choisir. (...) Il était fait pour que les enfants puissent le regarder en toute sécurité comme un secret. (...) Et donc, j'ai eu ce désir de rendre le film encore plus compatible avec les enfants, parce qu'il avait eu beaucoup d'impact sur des enfants, pour qui il avait changé la vie, et y compris beaucoup d'enfants trans.
En les écoutant - parce que ce film il a 15 ans, donc maintenant, je fais face à des adultes, des jeunes adultes -, j'ai aussi eu envie de changer la fin du film, qui réassignait le personnage. Et franchement, c'est beaucoup plus beau. Ce sont des choix politiques qui sont aussi de sortir de ce schéma dans lequel j'étais encore à l'époque, de devoir [négocier] le trauma du personnage contre le droit à lui donner une vie à l'écran et voir la joie. On a radicalisé la tendresse !"
Un process de réduction des films, à l'inverse d'un Director's cut classique
Contrairement à l'idée qu'on peut se faire d'un Director's cut, ici, l'exercice n'a pas consisté à aller rechercher des scènes coupées, des scènes alternatives, mais plutôt de couper des séquences trop violentes ou frontales. Concrètement, deux minutes ont été coupées de Tomboy, et environ 25 minutes de Girlhood.
"Je l'ai fait toute seule. Je n'ai pas été rechercher d'autres rushes. J'ai uniquement coupé, ce qui est l'inverse du director's cut auquel on est habitué. Généralement, ce sont des gens qui n'ont pas eu toute liberté, qui veulent rajouter des choses qu'on ne les a pas autorisés à faire sur le moment. Ce n'est pas du tout mon cas.
Moi, j'ai eu toute la liberté, tous les moyens, mais dans une culture à laquelle j'ai été soumise, dans une compétition dans laquelle j'ai voulu aussi être, avec une culture qui encourage vraiment à montrer certains muscles."
40 bons films qui durent moins de 90 minutes, de Toy Story à GravityTomboy sorti le 20 avril 2011 est le deuxième long métrage de Céline Sciamma, après Naissance des pieuvres, et avant Bande de filles. Il avait reçu un très bel accueil critique (4,2 sur 5 par la presse). On y suit Laure (Zoé Héran), 10 ans. Arrivée dans un nouveau quartier, elle fait croire à Lisa (Jeanne Disson) et sa bande qu’elle est un garçon. Action ou vérité ? Action. L’été devient un grand terrain de jeu et Laure devient Michael, un garçon comme les autres… suffisamment différent pour attirer l’attention de Lisa qui en tombe amoureuse. Laure profite de sa nouvelle identité comme si la fin de l’été n’allait jamais révéler son troublant secret...
Le nouveau montage de Tomboy est visible au MK2 Beaubourg à Paris.