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Après le triomphe de la Révolution cubaine en 1959, six guérilleros ont suivi Che Guevara dans sa tentative d’étendre le soulèvement au-delà de l’île. En 1967, après leur dernière bataille en Bolivie et l’exécution du Che, ces guerriers de l’ombre se lancent dans un périple extraordinaire de 2 400 km à travers la Bolivie, poursuivis par 4 000 soldats en territoire ennemi dans l’espoir de rejoindre Cuba.
Soixante ans plus tard, les derniers camarades survivants du Che racontent cette histoire inédite, faite d’endurance et de loyauté, dans laquelle les destins individuels ont été façonnés par les grands courants géopolitiques de la Guerre froide. Mêlant des images d’archives rares, des animations et des interviews exclusives, Les Survivants du Che fait revivre un chapitre oublié de l’Histoire.
Plus de 20 ans pour retrouver ceux que l’Histoire avait oubliés
Les Survivants du Che est bien plus qu’un documentaire historique pour son réalisateur, Christophe Dimitri Réveille : c’est l’aboutissement de plus de vingt ans de travail. Écrivain, acteur et cinéaste, ce touche-à-tout a consacré une grande partie de sa carrière à retrouver les derniers témoins de l’épopée bolivienne de Che Guevara et à faire entendre leur histoire. Un engagement qui s’est même prolongé au-delà du film, puisqu’il a également signé une biographie et un roman graphique consacrés à Benigno, l’un des survivants.
Tout commence en 2003, lorsqu’un livre consacré au Che ravive chez lui le souvenir d’un voyage à Cuba avec son père. En découvrant qu’un des survivants de la guérilla bolivienne, Benigno, vit alors comme réfugié politique à Paris, Christophe Dimitri Réveille décide de partir à sa rencontre. Il raconte : « Je me suis souvenu que mon père m’avait emmené à Cuba mais que je connaissais mal l’histoire de la révolution ». Cette découverte devient rapidement le point de départ d’une enquête qui va s’étendre sur plusieurs décennies.
Une autre rencontre va ensuite donner une nouvelle dimension à son projet. En 2007, à Cannes, le réalisateur échange avec Benicio del Toro, venu présenter le diptyque de Steven Soderbergh consacré au Che. L’acteur lui lance alors une idée qui va rester gravée dans son esprit : réaliser un film sur l’ensemble des survivants, tout en le prévenant de la difficulté de les retrouver. « Il a planté une graine en moi, sans le savoir », se souvient Réveille.
Paname Distribution
Dès lors, le cinéaste se lance dans une véritable quête à travers les lieux mêmes où s’est déroulée cette histoire. Au fil des voyages et des rencontres, il rassemble les témoignages disponibles sur les derniers jours du Che et sur le destin des six guérilleros qui ont survécu à la fusillade du ravin. Une longue recherche qui lui permet progressivement de reconstituer une histoire demeurée dans l’ombre de celle, beaucoup plus célèbre, du révolutionnaire argentin. Il faudra finalement la rencontre avec les producteurs Baptiste Salvan et Gaëtan Trigot pour que ce projet puisse prendre vie et devenir le film que Christophe Dimitri Réveille porte depuis plus de vingt ans.
Cette persévérance fait d’ailleurs écho au destin même de ses protagonistes : « Mon métier est un métier d’ombre, je travaille dans l’ombre d’acteurs connus ou peu connus, mais moi, je suis inconnu. Les survivants du film aussi étaient dans l’ombre, celle du Che ». Une phrase qui résume peut-être à elle seule l’ambition des Survivants du Che : sortir de l’ombre ceux dont l’Histoire a retenu trop peu de choses et leur rendre enfin la parole.
Archives, témoignages, reconstitutions : un récit exceptionnel au plus près du réel
Les Survivants du Che donne la parole à ceux qui ont vécu cette histoire de l’intérieur. Benigno, Pombo et Urbano, trois anciens guérilleros ayant accompagné Che Guevara en Bolivie et uniques survivants, racontent face caméra leur fuite après la mort du révolutionnaire. Une parole exceptionnelle, recueillie au terme de longues années de recherche et de confiance entre le réalisateur et ces témoins.
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Car loin de se contenter de retracer les événements, le film raconte ce que signifie réellement survivre. La peur, la méfiance, l’épuisement, mais aussi les petits bonheurs auxquels on s’accroche dans l’adversité ressurgissent alors dans des anecdotes inédites. Pombo raconte par exemple comment un chien s’était pris d’affection pour le groupe et les suivait partout. Lors d’une embuscade, l’animal disparaît. Les guérilleros prennent alors le risque de revenir sur les lieux de l’affrontement pour tenter de le retrouver, manquant de peu de tomber entre les mains des soldats. Une confession touchante mais qui illustre toute l’absurdité de la guerre : alors que leur vie est constamment menacée, ces hommes s’accrochent à ce petit bonheur inattendu. Derrière la grande Histoire et la légende du Che, ce sont avant tout des hommes qui racontent ce qu’ils ont vécu.
Mais le film ne se limite pas au récit des guérilleros. Pour raconter cette histoire le plus fidèlement possible, Christophe Dimitri Réveille donne également la parole à ceux qui se trouvaient dans le camp adverse, notamment un ancien officier de l’armée bolivienne et un ancien agent de la CIA. Leurs témoignages apportent un autre éclairage sur les événements et confrontent leurs souvenirs à ceux des survivants. Le documentaire revient également sur le parcours hors du commun de Régis Debray, intellectuel français engagé auprès de Che Guevara, dont le témoignage apporte un éclairage particulièrement précieux à cette aventure révolutionnaire. Une pluralité de voix qui permet au documentaire de restituer toute la complexité de cette histoire.
À ces témoignages s’ajoute un remarquable travail d’archives, dont certaines images rares ou inédites viennent donner une force particulière au récit. Elles permettent de confronter les souvenirs des protagonistes aux traces laissées par les événements et de faire surgir des visages, des lieux et des moments que le temps aurait pu effacer. Le documentaire ne repose donc pas uniquement sur la mémoire puisque de véritables archives viennent ancrer ces récits dans le réel.
Le film réserve également son lot de révélations historiques. On découvre notamment que l’URSS, pourtant alliée de Cuba, n’a pas apporté son aide aux guérilleros après la mort de Che Guevara. Leur rapatriement vers Cuba sera finalement rendu possible grâce à l’intervention de la France de Charles de Gaulle.
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Et lorsque les images d’époque ne peuvent raconter ce qui s’est passé, le réalisateur fait appel à des reconstitutions animées. Loin d’être de simples illustrations, elles permettent de mettre en scène les moments les plus difficiles à documenter et de nous plonger au cœur de la traque comme l’explique le cinéaste : « Au lieu de dire au spectateur ce que ces hommes ont vécu, on va le montrer par des images. L’animation est en miroir avec les archives que l’on a retrouvées. C’est ce que j’appelle le chemin de la mémoire. » Leur mise en scène apporte une véritable tension au récit, faisant naître du suspense tout en donnant davantage de gravité aux témoignages.
Soixante ans après les faits, leurs voix permettent enfin de faire sortir de l’ombre l’incroyable histoire de ces hommes qui ont risqué leur vie pour leurs convictions et leur pays. Les Survivants du Che est à découvrir au cinéma cette semaine.