C'est l'un des meilleurs westerns des années 90 : 32 ans après, la paternité de Tombstone enfin révélée ? Un acteur du film parle
Partager cet article

Sorti en 1994 et figurant aujourd'hui parmi les meilleurs films du genre, en tout cas de la décennie, le western "Tombstone" a connu une production très chaotique, au point d'en chercher encore la réelle paternité...

Six mois avant que Lawrence Kasdan ne s'attache à relater la fameuse histoire du shérif Wyatt Earp lancé dans sa guerre impitoyable contre le clan des Clanton qui culminera avec le célébrissime règlement de comptes à O.K Corral, un certain George Pan Cosmatos lui avait grillé la politesse en consacrant au même épisode historique un film que beaucoup considèrent comme le meilleur de ce cinéaste plutôt abonné aux films bis : Tombstone.

Un western au casting king size

Après une série d'échecs de ses films en salle, incapable de renouer avec le triomphe de son Rambo II porté à bout de bras par un Sylvester Stallone plus testostéroné et énervé que jamais, Pan Cosmatos, qui a étonnamment toujours réussi à convoquer d'impressionnants castings dans ses films, revisite donc le Western, armé d'un casting King Size.

Kurt Russell sous les traits de Wyatt Earp, en tandem avec Val Kilmer sous les traits de Doc Holliday; Michael Biehn, Billy Zane, Sam Elliott, Bill Paxton, Powers Booth, Michael Rooker, Billy Bob Thornton, Charlton Heston, ou encore Stephen Lang, le futur méchant de la saga Avatar chez James Cameron.

Avec les années et à la faveur des vidéoclubs d'abord puis du DVD ensuite, Tombstone a largement pu être (re)découvert, et mériter ses galons d'excellent film. Mais, si l'on a coutume de dire qu'il s'agit du meilleur film de son regretté réalisateur, mort en 2005 à l'âge de 64 ans, l'histoire côté coulisses de sa conception relève surtout que ce serait Kurt Russell qui aurait largement tourné en réalité le film, sans toutefois faire figurer son nom au générique.

Hollywood Pictures

Dans une interview sur le site True West publiée en 2006, Kurt Russell, qui croyait profondément dans le film à l'époque, expliquait qu'on lui avait demandé de réaliser le film, après l'éjection au bout d'un mois du réalisateur (et scénariste) initial, Kevin Jarre. S'il ne se sentait pas forcément capable de remplacer le cinéaste partant, il était prêt à épauler George Pan Cosmatos derrière la caméra.

"J’ai dit à George [Pan Cosmatos] : "Je vais te donner une liste de plans tous les soirs, et c’est comme ça qu'on va faire". J'allais dans la chambre de George, je lui donnais la liste des plans pour le lendemain, c'était le deal". Leur relation sur le tournage aurait été, aux dires de Russell, plutôt bonne.

"C'était Kurt qui était responsable"

En promotion pour le film Onslaught, Michael Biehn, qui incarne le personnage de Johnny Ringo dans le western, s'est confié en exclusivité au site Collider, évoquant les coulisses chaotiques du film.

"Kevin [Jarre], qui en est l'auteur, s'est chargé de toute la préproduction : les costumes et tout le reste. La préproduction, c’est vraiment mettre en place l’ensemble du film, c’est-à-dire définir à quoi il va ressembler. Ils ont tourné avec Kevin pendant quatre semaines, puis ils l’ont viré. Je sais pourquoi : parce qu’il voulait que les choses se passent à sa façon, sinon rien, et qu’il n’était pas très coopératif. Il avait Kurt à ses côtés, il avait William Fraker, le directeur de la photographie, qui avait remporté un Oscar, et il était entouré d’une pléiade d’acteurs exceptionnels. Mais il n’écoutait tout simplement personne".

Michael Biehn dans Hollywood Pictures
Michael Biehn dans "Tombstone"

Il poursuit : "C'était Kurt qui était responsable, et ils ont fait appel à un scénariste. Au cours du week-end, ils ont supprimé environ 40 pages de ce scénario [NDR : qui en faisait 142], donc tout le monde y a beaucoup perdu. Les Cowboys ont toujours eu le sentiment d’avoir été lésés par cette décision en ce qui concerne certaines des scènes supprimées, car on ne voit jamais les Cowboys à moins qu’ils ne soient aux côtés des Earp, et ce n’était pas du tout comme ça dans le scénario. Ils menaient une vie complètement différente loin de Tombstone. Quand je dis "vie", je parle de deux ou trois scènes".

Michael Biehn sait ce que le film doit à l'implication de Kurt Russell : "C'est grâce à Kurt Russell. C'est lui qui a décidé ce qui restait et ce qui partait. L'histoire d'amour entre lui et Dana Delany a été vraiment, vraiment raccourcie. Si j'avais été à sa place, je me serais un peu arraché les cheveux à la fin du tournage".

"Je ne m'en remettrais jamais"

Il est évident que Russell ne s'est donc pas contenté, comme il l'avait affirmé en 2006, de donner des listes de plans à Cosmatos. Son implication était beaucoup, beaucoup plus importante. Fondamentale même.

Toujours est-il qu'il n'a jamais été pleinement à l'aise à l'évocation des coulisses de la création de ce film. En 2023, alors qu'il faisait la promotion de la série Monsterverse Monarch: Legacy of Monsters sur Apple TV, Russell révélait à propos du film qu'il avait "promis à quelqu'un de ne pas parler de certaines choses en public".

Et d'ajouter, toujours au micro du Hollywood Reporter : "Le film n'est pas aussi bon que le scénario. Je ne m'en remettrai jamais. Ça aurait pu être bien mieux. C'est considéré comme l'un des grands westerns, n'est-ce pas ? Ça aurait pu être considéré comme l'un des grands films. [...] L'impact de Tombstone est très fort, et c'est bien. C'est génial. Mais aurait-il pu être bien meilleur ? Oui".

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
Sur le même sujet