Contenu partenaire
Quand une disparition entraîne une bouleversante ode à la vie
Otto Vidal (Milo Machado-Graner), 14 ans, a disparu après avoir adressé une lettre d’adieu aux élèves de sa classe. Alors que tout le monde le croit mort, Léna (Jane Beever), une fille de son lycée, le reconnaît une nuit en train d’errer dans les rues de la ville.
Diaphana
Présenté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, le premier long-métrage de Félix de Givry naît d’une matière plutôt sombre. En effet, le réalisateur s’est intéressé aux disparitions volontaires après avoir découvert ce phénomène par l’intermédiaire d’une amie. Mais derrière cette idée de départ se glisse rapidement une perspective plus intime : “Le film a une dimension autobiographique : j’ai subi du harcèlement au collège, pendant trois ou quatre années très intenses, explique Félix de Givry. À cette époque, il y a eu aussi plusieurs suicides dans ma famille. C’était une période très sombre. Le film est un mélange de tout ça et une volonté d’expier cette noirceur”. En effet, le personnage d’Otto choisit de disparaître sans laisser aucune trace, tenant pour responsable de sa décision tous les élèves de sa classe de troisièmes dont il subit chaque jour les moqueries et harcèlements.
Au lieu de s’enfermer dans la noirceur de son sujet, le réalisateur et sa co-scénariste Marie-Stéphane Imbert ont voulu faire de cette matière sombre un point de départ, et non une fin en soi, privilégiant une ode à la vie. Avec ce projet, les deux cinéastes ont laissé l’histoire se déployer du côté de l’amour, notamment grâce à la rencontre entre Otto et Léna, créant une histoire quasi hors du temps. “J’ai le sentiment parfois qu’on arrive au bout d’un cinéma qui colle trop au réel [...] mais aujourd’hui j’ai l’impression qu’on vit dans une époque qui a besoin, au contraire, de la fiction, de l’interruption du réel”, précise Félix de Givry.
Pour mener à bien son projet, Félix de Givry construit son récit avec des personnages qui traversent l’adolescence. En effet, le jeune Otto découvre le sentiment amoureux, et tente d’affronter cette période de la vie du mieux qu’il peut. Ainsi, le réalisateur refuse l’image d’une adolescence nécessairement légère ou insouciante. Au contraire, il se souvient de cette période comme celle de l’enfermement et de la douleur, où le besoin d’évasion se fait particulièrement ressentir. L’idée d’une quête d'échappatoire devient alors l’un des moteurs d’Adieu monde cruel. Otto tente de s’éloigner du monde qui l’a enfermé et maltraité, tandis que Léna va à sa rencontre. Leur histoire permet aux personnages de déplacer leurs propres frontières. Plus qu’une histoire de disparition, le long-métrage raconte alors la possibilité d’un retour au monde, notamment possible grâce à l’amour.
Diaphana
Pour porter cette histoire, Félix de Givry s’est entouré du très précoce Milo Machader-Graner, révélé pour son rôle dans le multi-récompensé Anatomie d’une chute. Face à lui, la jeune actrice Jane Beever interprète Léna, avec une douceur et une énergie qui donnent au personnage toute sa place dans cette histoire. Et pour conter ce récit, Françoise Lebrun (La Maman et la Putain) prête sa voix à la narratrice, qui accompagne les personnages et donne peu à peu à l'œuvre les contours d’un conte.
De l’ombre à la lumière
Ce choix de narration participe pleinement à la manière dont Félix de Givry entend faire basculer son récit du réel vers la fiction. Avec cette voix omnisciente pleine de musicalité et de douceur, le récit se teinte d’une certaine distance avec le réel et donne à l’ensemble les contours d’un conte, comme le souligne le réalisateur : “La voix off crée un effet de suspension, elle paralyse la réflexion, et d’une certaine façon, interdit l’interprétation immédiate. Et puis la voix, en particulier celle de Françoise Lebrun, ramène un côté conte”.
Mais cette évolution ne passe pas uniquement par les mots. Elle se joue aussi dans ce que le spectateur voit et entend. Dès lors, l'œuvre évolue, passant de l’ombre à la lumière. Cette avancée ne se ressent pas uniquement dans le scénario, mais aussi dans la mise en scène. En effet, le long-métrage débute dans la noirceur, avec des scènes de nuit sombres, pour, petit à petit, avancer vers davantage de luminosité et de couleurs. “J’avais écrit que je voulais que le film soit comme un souvenir qui reprend ses couleurs”, explique Félix de Givry.
Diaphana
Cette trajectoire visuelle trouve également son prolongement dans la musique. Bien qu’Adieu monde cruel marque la première réelle collaboration de compositeur à réalisateur entre Arnaud Toulon et Félix de Givry, il s’inscrit dans une relation artistique qui vient prolonger une voie musicale déjà esquissée sur Arco, récompensée du César de la Meilleure musique. Après avoir travaillé sur cette œuvre lumineuse, colorée et mélodieuse, ils ont remis leurs compétences en commun, pour offrir un nouveau projet empli d’une musique orchestrale et mélodique, qui assume pleinement les grands sentiments.
En ce sens, la musique semble épouser le regard d’Otto, dévoilant en premier lieu un paysage sombre qui paraît sans issue. Puis, avec l’arrivée de Léna, la lumière perce dans la nuit, et la musique commence sa mue. Une mélodie plus lumineuse les accompagne dès leur rencontre, suggérant la possibilité d’un retour au monde. La partition suit ainsi le même mouvement que l’image : celui d’une histoire qui quitte progressivement le crépusculaire pour aller vers quelque chose de plus lumineux, de plus amoureux et de plus vivant. Ce travail exigeant a abouti aux enregistrements réalisés avec les musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Paris, achevant de donner au film cette ampleur de conte que Félix de Givry semble rechercher depuis le début.
De la disparition à la rencontre, de l’enfermement à l’évasion, de l’ombre à la lumière : Adieu monde cruel offre une véritable ode à la vie, à retrouver dès maintenant en salle.
AlloCiné, c’est tous les jours plus de 40 articles traitant de l’actualité du cinéma et des séries, des interviews, des recommandations streaming, des anecdotes insolites et cinéphiles sur vos films et vos séries préférés. Vous abonner à AlloCiné sur Google Discover, c’est l’assurance d’explorer au quotidien les richesses d’un site conçu par des passionnés pour des passionnés.