"C'est le mot meilleur qui me dérange" : depuis 31 ans, Gérard Lanvin boude la cérémonie des César et n'est jamais allé récupérer ses prix sur scène
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Deux fois récompensé aux César, Gérard Lanvin n’est pourtant jamais venu chercher ses statuettes. L’acteur assume pleinement ce choix et explique pourquoi certains mots employés lors de la cérémonie sont incompatibles avec sa vision du métier.

Deux César remportés, mais aucun discours prononcé sur la scène de l’Olympia. Malgré quatre nominations au cours de sa carrière, Gérard Lanvin a toujours choisi de rester à l’écart de la grand-messe du cinéma français.

En 1995, son interprétation dans Le Fils préféré lui vaut le César du meilleur acteur. Six ans plus tard, il décroche celui du meilleur acteur dans un second rôle grâce au Goût des autres. Dans les deux cas, le comédien ne fait pas le déplacement pour récupérer sa statuette.

Le Goût des autres
Le Goût des autres
Sortie : 1 mars 2000 | 1h 52min
De Agnès Jaoui
Avec Jean-Pierre Bacri, Gérard Lanvin, Alain Chabat
Presse
4,2
Spectateurs
3,8
Streaming

Une profession qui ne devrait pas être une compétition

Ce refus ne traduit pourtant ni un manque de reconnaissance ni un mépris pour les récompenses. Ce qui dérange Gérard Lanvin se trouve avant tout dans le vocabulaire employé et, plus précisément, dans l’idée de désigner un acteur comme étant “meilleur” que les autres.

Invité de RTL en 2020, peu avant une nouvelle édition des César, l’acteur avait une nouvelle fois exposé son point de vue sans détour :

Moi, c’est le mot ‘meilleur’ qui me dérange”, avait-il d’abord expliqué.

Pour illustrer l’absurdité qu’il perçoit dans cette mise en concurrence, Gérard Lanvin avait ensuite évoqué plusieurs de ses confrères :

Comment vont faire Vincent Cassel et Reda Kateb, qui sont nominés tous les deux pour la même histoire, alors qu’ils ont le même rôle, à l’équivalent ? Pourquoi Olivier Marchal aurait-il le meilleur et pas moi ? Et donc c’est compliqué, vous voyez ? Ce sont les mots, moi, qui me dérangent.

À ses yeux, le cinéma repose en effet sur un travail collectif, au sein duquel la performance de chacun dépend aussi de celle de ses partenaires.

On fait un métier qui n’est pas un métier de compétition, c’est un métier de réunion, où on se sert du talent de l’autre pour exister et essayer d’en avoir aussi”, avait-il conclu.

“Prix d’interprétation”, une formule qu’il préfère

L’acteur de Marche à l’ombre, des Spécialistes, des Lyonnais et de Camping ne rejette donc pas totalement le principe d’une distinction. Il accepterait plus volontiers l’appellation “prix d’interprétation”, qui célèbre selon lui un travail sans établir de hiérarchie entre les comédiens.

Ce sont des mots qui ne me vont pas. Prix d’interprétation, je suis d’accord, il n’y a pas de problème. Il n’y a pas plus que ça dans mon interprétation de la chose. Donc aller sur scène, recevoir le César du meilleur acteur, dire merci à son père, à sa mère et la terre entière, et le lendemain ne pas avoir de boulot – parce que c’est quand même ça, moi j’ai pas bossé après mes César, c’est des années où j’ai rien foutu derrière – donc c’est assez compliqué.”

Gérard Lanvin soulignait ainsi un autre paradoxe : recevoir la récompense la plus prestigieuse du cinéma français ne garantit pas nécessairement de voir les propositions affluer. Une contradiction qu’il résumait finalement avec une formule aussi ironique que tranchante :

Personne ne prend ça au sérieux, mais tout le monde va sérieusement aux César.

Retrouvez ci-dessous notre rencontre avec Gérard Lanvin…

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Aude Mackau
Aude Mackau
Passionnée de cinéma, Aude a grandi dans les salles obscures tout en tombant amoureuse des séries à côté. Jonglant entre le petit et grand écran, elle se spécialise désormais dans tout ce qui fait l'actualité, de l'anecdote du passé à la dernière info sensationnelle à relayer.
Co-écrit avec :
Thomas Imbert
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