Sorti en 2004, San Antonio devait transposer sur grand écran le célèbre commissaire imaginé par Frédéric Dard. Mais derrière cette comédie policière portée notamment par Gérard Lanvin et Gérard Depardieu se cache un tournage pour le moins mouvementé. Quelques années plus tard, son acteur principal racontait sans détour les circonstances dans lesquelles il avait rejoint l’aventure.
Avec moins de 300 000 entrées en France malgré un budget conséquent, San Antonio n’a pas rencontré son public. L’accueil n’a guère été plus chaleureux du côté des critiques et des spectateurs : ces derniers lui attribuent aujourd’hui une moyenne de seulement 1 étoile sur 5 sur AlloCiné, tandis que la presse affiche une note de 2,3 sur 5.
Gérard Lanvin appelé à la dernière minute
Pour Gérard Lanvin, les difficultés avaient pourtant commencé bien avant l’arrivée du film dans les salles. L’acteur n’était initialement pas impliqué dans le projet et avait même découvert très tardivement qu’une adaptation de San Antonio était en préparation.
“On est venu me chercher en dernière limite”, expliquait-il ainsi à notre micro en 2007, trois ans après la sortie de San Antonio.
Il détaillait alors les circonstances assez particulières de son arrivée :
“Le producteur était suffisamment malin pour mettre Gérard Depardieu et Jean-Pierre Castaldi ensemble dans San Antonio, c’est-à-dire pour faire San Antonio et Bérurier, ce qui est quand même aberrant puisque ce sont des gabarits à l’identique. Tout Paris a fait les castings, moi je n’étais même pas au courant que San Antonio allait se tourner, on est venu me chercher trois semaines avant.”
Pathé
Deux ans plus tôt, face à Daphné Roulier, Gérard Lanvin avait déjà raconté comment il avait débarqué sur une production qui travaillait pourtant sur le projet depuis longtemps : “C’est un truc qui tournait depuis trois ans en préparation. Ils ont viré tout le monde, pour me prendre moi, au dernier moment.”
L’acteur expliquait avoir finalement accepté la proposition par solidarité, mais aussi pour avoir l’occasion de donner la réplique à Gérard Depardieu. Une décision prise dans l’urgence, puisqu’il n’avait même pas pris le temps de lire le scénario avant de s’engager.
Un film bouleversé en cours de route
Son arrivée tardive n’était cependant qu’un symptôme des difficultés rencontrées par San Antonio. Selon Gérard Lanvin, la production a rapidement pris une direction totalement différente de celle qui avait été envisagée au départ.
“Claude Berri est devenu paniqué en 10 jours. On a tout changé, et le metteur en scène [aussi]. J’aurais pu, sur contrat, dire que j’arrêtais tout. Mais j’ai de l’honneur. Je continue à jouer San Antonio même dans des dispositions différentes. Parce que [dans] l’esprit du film, tout a changé du jour au lendemain.”
Malgré ces bouleversements, Gérard Lanvin avait donc choisi d’aller jusqu’au bout du tournage. Avec le recul, il ne cachait cependant pas qu’il aurait pris une tout autre décision s’il avait su à quoi s’attendre.
“Si c’était à refaire, j’éviterais de le refaire, bien évidemment.”
“Ça ne méritait pas autant de haine”
Pour autant, l’acteur ne rejetait pas toute la responsabilité de l’échec sur le réalisateur Frédéric Auburtin. Au contraire, il avait tenu à prendre sa défense, estimant que le cinéaste, “sur qui tout le monde a gerbé”, s’était retrouvé à devoir reprendre un projet dans des conditions particulièrement difficiles, sans véritable temps de préparation.
Gérard Lanvin avait également très mal vécu la violence des réactions provoquées par le film après sa sortie. Il s’en prenait notamment à certaines personnalités du cinéma français qui avaient publiquement critiqué San Antonio.
“On s’est fait massacrer par des gens comme Karmitz qui ont ouvert leur gueule pour nous ch*** dessus, des gens comme (...) Chabrol. Il nous a gerbé dessus (...)”, poursuit-il.
Pathé
Pour le comédien, l’équipe avait avant tout tenté de mener à son terme une production déjà mal engagée et de limiter autant que possible ses conséquences financières.
“Nous, on a essayé de faire quelque chose. C’est un film de distraction, et ça ne méritait pas autant de haine de la part des gens du système. On a sauvé simplement Claude Berri et une perte d’argent colossale en finalisant ce film et en essayant de le rentabiliser au minimum. Ça mérite le respect, et pas autant de haine. Je suis resté scié d’autant de méchanceté pour rien. En même temps, on est dans un système qui n’est pas gentil, donc il faut s’y faire.”
Plus de vingt ans après sa sortie, San Antonio reste ainsi autant associé à son échec en salles qu’aux conditions mouvementées de sa fabrication, dont Gérard Lanvin n’a jamais cherché à minimiser les difficultés.
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