Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. Moins de 6 ans après, son récit est adapté en film. L'Abandon, réalisé par Vincent Garenq, ressort au cinéma ce mercredi. Il était initialement sorti en mai dernier, en parallèle d'une présentation hors compétition à Cannes. Il a totalisé près de 700 000 entrées.
Ce long métrage revient sur les 11 derniers jours de sa vie, à la lumière des enquêtes et des procès, et raconte l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique. Le scénario est coécrit par Vincent Garenq et Alexis Kebbas, avec la collaboration de Mickaëlle Paty, la soeur du professeur. Il est librement inspiré du livre de Stéphane Simon, Les Derniers jours de Samuel Paty, paru chez Plon en 2023.
Dans un communiqué de presse, la société de distribution UGC explique que le ministère de l'Education nationale souhaite mettre L'Abandon au cœur des actions d'éducation et de transmission à travers l'organisation de plusieurs projections scolaires tout au long de l'année scolaire 2026-2027.
"L'Abandon constitue un outil pédagogique précieux pour nourrir la réflexion, transmettre les valeurs de la République et entretenir le devoir de mémoire", ajoute le communiqué.
Pour accompagner cette nouvelle sortie, l'équipe du film rencontrera le public dans plusieurs festivals et villes de France : Festival De l'écrit à l'écran de Montélimar, Festival international du Film de Fiction Historique à Plaisance du Touch, Cinéroman à Nice, Festival du Livre de Mouans-Sartoux, Festival du Film de la Page à l'Image du Croisic, les Rendez-vous de l'histoire de Blois...
Un tournage longtemps tenu secret
Le tournage de L'Abandon a longtemps été tenu secret, et son distributeur UGC a communiqué assez tardivement sur l'existence du film, il y a 2 mois à peine. "Nous avons choisi de ne pas communiquer pour donner la priorité à la justice et au procès en appel. Le verdict ayant été rendu, nous espérons que ce film prendra le relais, pour que l’histoire de Samuel Paty ne tombe pas dans l’oubli", indiquait un communiqué.
L'annonce de ce film a suscité des interrogations et des commentaires en ligne. Avec pour question sous-jacente : est-ce trop tôt pour porter ce récit à l'écran ? Et surtout, comment raconter cette histoire avec sobriété ?
"Évidemment, la fin horrible de Samuel Paty n'est pas montrée."
"Il y a deux choses. Déjà, dire que c'est un film qui n'est pas traumatisant", nous répond du tac au tac Antoine Reinartz, son acteur principal. "C'est un film fort, mais ce n'est pas un film où il y a du "gore". Évidemment, la fin horrible de Samuel Paty n'est pas montrée. On la comprend avec pudeur et dignité. Donc il ne faut pas avoir peur de ça."
"Ensuite, je comprends l'idée de se dire : "C'est un film 'devoir de mémoire', un film pédagogique". En fait, moi, quand j'ai lu le scénario, je me suis dit : "Mais en fait, je ne connaissais rien de cette histoire."
"Contrairement à plein de scénarios de fiction où j'ai l'impression d'avoir déjà tout vu, là, je découvre ce qui s'est passé. Ce n'est pas pour faire du sensationnalisme, mais l'histoire en elle-même est démente. L'implication d'enfants, la présence d'un faux imam qui se réclame être le représentant des imams de France... Tout ça est complètement fou. Ça fait qu'on n'y va pas par "devoir". L'histoire est folle."
Un récit sous tension, en évitant le sensationnalisme
Le film L'abandon est un récit sous tension, racontant les nombreux rebondissements qui ont émaillé cette histoire tragique. Mais à aucun moment le film ne cherche à aller vers du sensationnalisme.
"Ce n'est pas un biopic. Nous ne sommes pas là à raconter des choses intimes de la vie de Samuel Paty. On voit sa vie de famille, de père séparé, son fils de six ans, mais on n'est pas dans l'hyper-intime. Le but, c'est de comprendre l'engrenage et tout ce qui est caractéristique de notre société : tous les ratés dans cette affaire, tout ce qui aurait dû être autrement, et tous les comportements qui, a posteriori, sont inacceptables."
"Il y a des gens qui se demandent si ce n'est pas trop tôt, si ce n'est pas de la récupération... Ce sont des questions légitimes, indique Antoine Reinartz. (...) C'est une sortie que j'appréhende différemment, avec plus de fébrilité. Mais si ça permet un débat plus élevé, le film aura participé à quelque chose de collectivement important."
"Un film qui appelle à éveiller les consciences"
A notre micro, la soeur de Samuel Paty, Mickaëlle, qui a collaboré à l'écriture du film, nous indique que L'Abandon "va plus loin qu'un hommage". Pour elle, "ce film appelle à éveiller les consciences, au sein de nos institutions."
"Le film montre assez clairement qu'il y a eu des renoncements, des failles, mais je dirais aussi à titre individuel, pour que chacun réfléchisse un petit peu s'il s'était retrouvé dans la même situation."
"Qu'est-ce qu'il aurait pu faire ? Qu'est-ce qu'il n'aurait pas dû faire ? C'est presque une prise de conscience collective pour qu'on reprenne la défense de nos professeurs, qui sont pourtant bien mis à mal à l'heure actuelle, et qui, je l'espère, pourront s'emparer de ce film pour pouvoir justement expliquer et non se taire", conclut Mickaëlle Paty.
Le casting est composé d'Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Nedjim Bouizzoul, Emma Boumali...
Le film ressort ce mercredi 23 septembre 2026.
Propos recueillis par Brigitte Baronnet, à Paris, le 5 mai 2026.