Le Pont de la rivière Kwaï sur Arte : voici la véritable histoire derrière l'un des plus grands films de guerre de tous les temps
par Olivier Pallaruelo
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Bien qu'il soit unanimement salué comme un chef-d'oeuvre, "Le Pont de la rivière Kwaï" a été douloureusement vécu par au moins un homme. En l'occurrence le vrai colonel, incarné par Alec Guinness à l'écran...

En 1943, un régiment anglais interné dans un camp de prisonniers en Birmanie est affecté a la construction d'un pont en pleine jungle. Après s'être opposé à ce projet, le colonel cède aux exigences japonaises. Il ignore que les Américains préparent le dynamitage du pont...

Alec Guinness dans le rôle de sa vie

"Le film a réussi l'exploit de ramener de longues files de spectateurs devant toutes les salles où il était à l'affiche" s'enthousiasmait la presse britannique, lors de la sortie du Pont de la rivière Kwaï, en 1957. A cette époque, le cinéma britannique, qui s'essoufflait à force d'exploiter des formules ressassées, -entre comédies ou drames psychologiques- qui avaient fait son succès dans les années 40, accueillait comme une bénédiction la très puissante oeuvre de David Lean.

Certains esprits chagrins critiquèrent le virage du cinéaste, qui passa avec le Pont de la rivière Kwai au grand cinéma d'aventure, populaire, spectaculaire, à la mise en scène ample et flamboyante. Un cinéma qu'il enchaînera avec Lawrence d'Arabie, le Docteur Jivago, La fille de Ryan ou son dernier film, La Route des Indes, qui sera quant à lui un échec commercial. Mais c'était un peu vite oublier combien David Lean était un conteur d'histoire hors pair, et que ses personnages sont souvent ambigües et absolument fascinants.

Columbia Pictures

Le vrai colonel du Pont de la rivière Kwai n'a pas ouvertement collaboré avec les Japonais

C'est le cas du Colonel Nicholson, joué par un admirable Alec Guinness qui trouve ici le rôle de sa vie, et qui pourtant ne souhaitait pas au départ jouer dans ce film, dont il trouvait que l'histoire était trop anti britannique, avant (et heureusement) de se raviser.

L'acteur est tout entier au service d'une puissante étude de caractères, doublée d'une analyse psychologique nuancée et complexe. Il faut porter au crédit de Lean ce refus de tout manichéisme réducteur, qui fait de l'ennemi japonais une sorte d'entité abstraite. Ce qui intéresse le cinéaste, c'est la confrontation entre deux cultures, deux conceptions de la vie diamétralement opposées.

Bien qu'il soit, à juste titre, unanimement salué comme un chef-d'oeuvre, et porté par un génial Alec Guinness justement récompensé par un Oscar pour son extraordinaire composition en colonel Nicholson, Le Pont de la rivière Kwai a été douloureusement vécu par au moins un homme.

En l'occurrence, le vrai colonel dont est inspiré le film : le Lieutenant-Colonel Philip Toosey. En mars 2012, au cours d'une longue conférence au National Army Museum, sa petite fille, l'historienne britannique Julie Summers, est longuement intervenu, pour rétablir certaines vérités à propos de son grand-père.

Officier en charge de la construction du chemin de fer devant relier la Thaïlande à la Birmanie, Toosey ne collabora jamais ouvertement avec les Japonais, contrairement à ce qui est présenté dans le film. La grande subtilité -essentielle- est que son supérieur, le général Percival, lui-même en captivité, avait négocié avec les Japonais pour l'utilisation de prisonniers de guerre britanniques et australiens pour "travailler afin de soutenir l'effort de guerre japonais".

Columbia Pictures

Mais il ignorait qu'il s'agissait de la construction de cette voie de chemin de fer. Toosey fut donc contraint de travailler, mais son seul souci était la survie de ses hommes. C'est qu'il en avait beaucoup sous ses ordres : 2500. Il faut dire qu'ils travaillaient dans des conditions absolument atroces (très loin de ce qui est montré dans le film...), le long de la voie ferrée Siam-Birmanie devant relier Bangkok à Rangoon.

Longue de 415 km, elle fut baptisée "la voie ferrée de la mort", en raison des conditions de travail, abominables, entre les maladies qui ravageaient les rangs des prisonniers, et les mauvais traitements infligés par les Japonais. Environ 180 000 civils autochtones et 60 000 prisonniers de guerre alliés ont été forcés de travailler à la construction du chemin de fer.

De ce nombre, environ 90 000 civils et 16 000 prisonniers de guerre sont morts lors des travaux. Une dernière anecdote pour la route et la forme : contrairement à la fin du film où Alec Guinness s'écroule avec classe sur le détonateur, mortellement touché par une fusillade, celui-ci fut détruit par un raid aérien. Moins classe et glamour quand même...

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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