Depuis 50 ans, les fans de ce grand classique signé Spielberg sont soufflés par la puissance de cette affiche
par Vincent Formica
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Une affiche de film est extrêmement importante dans le processus de promotion d'une oeuvre. En ce sens, le poster de ce grand classique du cinéma se place parmi les plus mémorables jamais créés.

On ne présente plus Les Dents de la mer, grand classique du 7ème art signé Steven Spielberg, énorme succès lors de sa sortie en 1975 (et janvier 1976 en France). Si le film a eu autant de succès à l'époque, c'est en partie grâce à un élément promotionnel qui a fait son petit effet : son affiche !

Les Dents de la Mer
Les Dents de la Mer
Sortie : 28 janvier 1976 | 2h 04min
De Steven Spielberg
Avec Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss
Presse
3,2
Spectateurs
4,0
Disponible sur HBO MAX

Une image qui a traumatisé une génération

L'illustration représente une scène sous-marine d’une simplicité presque brutale. Dans la partie supérieure, baignée d’un bleu profond, une jeune femme nage à la surface de l’océan. Elle paraît minuscule, paisible, presque insouciante. Son corps se détache à peine dans l’immensité de l’eau.

En dessous, un gigantesque requin blanc surgit des profondeurs, gueule grande ouverte. Ses mâchoires occupent presque toute la partie inférieure de l’image : deux rangées de dents acérées semblent se refermer sur la nageuse, tandis que son corps massif remonte en droit vers elle.

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La différence d’échelle est vertigineuse : la femme n’est qu’une silhouette fragile au-dessus d’un prédateur démesuré. Tout est construit autour de cette idée : elle ne voit rien, mais le spectateur voit tout. Le titre Les Dents de la mer, en lettres rouges, domine l’affiche.

Sa couleur tranche violemment avec le bleu de l’océan et rappelle presque une éclaboussure de sang. Il n’y a ni combat, ni sang, ni cadavre : seulement cet instant suspendu où le danger est déjà là, invisible pour celle qui nage.

L’image raconte donc presque une petite histoire sans montrer son dénouement : une femme nage tranquillement à la surface ; dans les ténèbres sous-marine, un prédateur remonte inexorablement. Et plus le requin approche, plus l’océan, pourtant immense, paraît soudain beaucoup trop petit.

Genèse d'un poster iconique

Cette affiche légendaire a été conçue par l'illustrateur américain Roger Kastel. À l'origine, cette oeuvre picturale avait été peinte à l'huile pour illustrer la couverture de l'édition de poche du roman éponyme de Peter Benchley.

Face au succès saisissant et à l'efficacité visuelle de cette image, les producteurs du film de Steven Spielberg et le concepteur graphique Tony Seiniger ont décidé de la reprendre presque à l'identique pour en faire l'affiche officielle du long-métrage en 1975.

Pour l'anecdote, Roger Kastel s'était inspiré d'une maquette en plâtre de requin mako exposée au Musée d'histoire naturelle de New York pour réaliser son oeuvre. Quelques années plus tard, l'illustrateur signera une autre affiche majeure du cinéma : celle de L'Empire contre-attaque.

Par ailleurs, contrairement à ce que beaucoup pensent, ce n'est pas l'actrice qui joue la première victime du requin qui figure sur le dessin de l'affiche, mais un mannequin de 24 ans nommé Allison Maher. Pour servir de modèle à Roger Kastel, Allison s'est rendue dans un studio à New York. Elle a dû s'allonger sur le ventre, en équilibre sur deux tabourets de bar, et mimer les mouvements de la brasse.

À l'écran, le personnage de Chrissie Watkins (la première victime) est incarné par Susan Backlinie, une actrice et cascadeuse professionnelle (décédée en 2024). Le tournage de sa scène d'ouverture est d'ailleurs resté légendaire pour son réalisme terrifiant.

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Puissance du minimalisme

Quoi qu'il en soit, cette affiche culte a pétrifié tout le monde à l'époque, et c'est toujours le cas aujourd'hui, même quand on connaît le film par coeur. Plus qu’une simple promotion, ce poster s'est imposé comme le chef-d'oeuvre absolu de l'art marketing minimaliste.

Sa force graphique réside dans un contraste visuel d'une efficacité brutale : le calme absolu d’une nageuse solitaire face au surgissement phallique et monstrueux des profondeurs. L'illustrateur Roger Kastel a brillamment exploité la peur universelle de l'inconnu en jouant sur l'absence totale de proportions réalistes, le requin disproportionné personnifiant le danger tapi sous le miroir de l’eau.

Ce choc viscéral entre la vulnérabilité de la chair et les dents acérées de la bête a instantanément imprimé l'inconscient collectif. En une seule image muette, l'affiche parvient à raconter le film, à provoquer la terreur et à révolutionner les codes du thriller estival, ancrant définitivement la peur du grand bleu dans l'esprit de générations de baigneurs.

Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.
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