Exclu. On aboie en silence : "Ce sont des maladies invisibles et je suis vraiment content qu’on en parle davantage", Théo Augier se confie sur son rôle
par Jennifer Radier
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Ce soir, France 2 diffuse "On aboie en silence", un film librement adapté du livre de Gringe dans lequel Théo Augier y incarne Jérémy, un jeune homme atteint de schizophrénie. Pour AlloCiné, le comédien revient sur ce rôle magistral et bouleversant.

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, France Télévisions se mobilise autour de cette thématique plus que jamais essentielle dans notre société.

Ce mercredi 14 octobre, France 3 diffuse On aboie en silence, un film librement adapté du livre de Gringe, Ensemble, on aboie en silence.

L’histoire suit Jérémy, un jeune homme de 17 ans qui rêve de devenir cinéaste et partage une relation fusionnelle avec son frère. Malheureusement, l’apparition de troubles psychotiques fait vaciller l’équilibre familial. Entre déni, crises et tentatives de création commune, les deux frères luttent pour préserver leur lien.

Un récit bouleversant sur la maladie mentale mais aussi sur l’amour fraternel, doublement récompensé au Festival de la Fiction de La Rochelle avec le Prix de la meilleure musique pour Owlle et celui de la meilleure interprétation masculine pour Théo Augier.

À l’occasion de la diffusion du film, Théo Augier, dont l’interprétation est magistrale, s’est confié à AlloCiné sur ce personnage particulièrement exigeant, la préparation de ce rôle et les coulisses de cette expérience qui ne l’a pas laissé indemne.

On aboie en silence
On aboie en silence
Sortie : 8 octobre 2026 | 1h 30min
De Shirley Monsarrat
Avec Théo Augier, Marvin Dubart, Mélanie Doutey
Spectateurs
3,6

Allociné : Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce film et vous a donné envie d’incarner Jérémy ?

Théo Augier : La santé mentale, c’est un sujet qui me touche particulièrement. Quand Shirley Monsarrat, la réalisatrice du film, m’en a parlé au tout début, j’ai immédiatement lu le livre et j’ai été infiniment touché par ce récit et par l’amour qui unit ces deux frères.

Le film est librement adapté du livre de Gringe. Que connaissiez-vous du livre avant de vous lancer dans ce projet ?

J’en avais vaguement entendu parler comme beaucoup de monde. C’était d’ailleurs un livre que j’avais envie de lire et qui figurait dans ma liste de livres à lire depuis un moment. Je trouvais le titre merveilleux et le sujet particulièrement intéressant. Je trouve formidable que des célébrités, qui ont une certaine influence, parlent de santé mentale et de maladie mentale. Ça permet de désacraliser et de déstigmatiser complètement ces sujets.

Avez-vous rencontré Gringe et discuté avec lui pour vous aider à incarner Jérémy ?

Je n’ai pas rencontré Gringe. On nous a dit assez tôt qu’il était très heureux que le film se fasse mais que pour se protéger lui et son frère, qui n’a pas envie d’être médiatisé, il souhaitait que l’adaptation reste assez libre. Les personnages sont fictifs, ce n’est pas une imitation de Gringe et de son frère. Je me sens toujours responsable du personnage que j’incarne mais ici cette responsabilité était un peu plus grande parce que je savais que tout partait quand même d’une histoire vraie.

Même si le film prend certaines libertés avec le récit original, comment trouve-t-on la bonne distance lorsqu’on interprète une histoire qui a réellement été vécue par d’autres ?

Pour moi, ce rôle était très exigeant et interdisait toute démonstration. C’était la volonté de Shirley, la réalisatrice, et la mienne d'essayer de faire ressentir de l’intérieur le quotidien d’une personne qui souffre de schizophrénie. En rencontrant des personnes concernées, il y avait aussi une responsabilité de ne pas trahir leur expérience. J’ai compris que chacun vit la schizophrénie différemment : certains entendent des voix, d’autres non. Certains ont des hallucinations visuelles, d’autres pas. Il fallait donc trouver quelle était la schizophrénie de Jérémy.

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ? Avez-vous rencontré des personnes atteintes de schizophrénie ou échangé avec des professionnels pour essayer d’être au plus juste ?

J’ai rencontré Lucille Zola, l’une des cofondatrices de La Maison Perchée, une association basée sur la pair-aidance. Je connaissais l’association de nom depuis longtemps mais je n’avais jamais osé y entrer. Le film m’a donné l’occasion de le faire et d’échanger avec elle. Elle a été très ouverte sur beaucoup de choses tout en me disant quand certains sujets étaient trop intimes. Ça m’a aussi obligé à aller chercher d’autres témoignages.

J’ai également échangé avec Jean-Victor Blanc, un psychiatre que je suis notamment pour son travail autour de la déstigmatisation de la maladie mentale, ainsi qu’avec une amie interne à Sainte-Anne. Tous ces échanges m’ont beaucoup aidé à comprendre le sujet et à construire le personnage. On a souvent une image très impressionnante de l’hôpital psychiatrique, notamment à travers certains films, alors qu’il s’agit avant tout de personnes comme tout le monde qui traversent une période compliquée. Je trouve intéressant que l’expérience de Jérémy à l’hôpital soit positive dans le film. Ce sont d'ailleurs toutes les rencontres qu’il va faire à l'hôpital qui vont lui permettre d’accepter sa maladie et d’avancer.

Il y a beaucoup de scènes émouvantes, difficiles et très violentes émotionnellement dans le film. Comment avez-vous abordé les scènes de crise et plus particulièrement la scène finale qui est sans doute la plus éprouvante ?

J’ai beaucoup répété. Le travail avec l’oreillette m’a aussi beaucoup aidé puisque j’entendais des voix directement dans ces scènes pour me mettre en condition. J’essaie toujours de partir de choses que j’ai pu vivre en les extrapolant. Pour ces scènes, je suis notamment parti de crises d’angoisse que j’ai pu ressentir en les poussant à l’extrême.

Ce sont des maladies invisibles et je suis vraiment content qu’on en parle davantage parce que ça peut prendre toute la place dans la tête de quelqu’un. Dans ces scènes, j'ai vraiment essayé de ressentir ce que ça pouvait être d’avoir son propre cerveau qui se retourne contre soi jusqu’à avoir presque physiquement envie de l’arracher.

Si le film parle évidemment de schizophrénie, c’est surtout une lettre d’amour à ces deux frères. Comment avez-vous construit cette complicité avec Marvin Dubart ?

On s’est rencontrés la veille du casting. Marvin m’a envoyé un message : "Viens, on va boire un verre." On ne se connaissait pas du tout et en fait ça a matché tout de suite. On s’est mis à parler de choses beaucoup trop profondes pour une première rencontre.

Ensuite, on a beaucoup travaillé avec mon coach, notamment autour d’exercices de mémoire sensorielle et de création de souvenirs communs. On a essayé de passer le plus de temps possible ensemble. Le fait qu’on soit tous les deux intimement touchés par le sujet, pour des raisons différentes, nous a aussi beaucoup rapprochés.

Est-ce qu'on peut ressortir indemne d'un personnage comme Jérémy ? Qu’est-ce que ce rôle a changé, ou appris, au comédien que vous êtes ?

C’est l’un des personnages que j’ai le plus aimé jouer jusqu’à maintenant. Ce que j’ai vraiment appris, c’est que le mot "schizophrénie" écrase la singularité d’une personne. Je n’ai pas voulu jouer un malade ou un diagnostic mais vraiment un jeune homme traversé par des crises dont le rapport au monde se déforme complètement. Et sans vouloir faire l’acteur, c’est vrai que quand tu termines un projet comme celui-là, c’est tellement fort émotionnellement que tu as besoin d’une dizaine de jours pour t’en remettre.

Avez-vous des projets dont vous pouvez parler ?

J’ai tourné dans le dernier film d’Arielle Dombasle sur les derniers jours de Charles Baudelaire qui sortira bientôt. Je viens de terminer également une série avec Shirley Monsarrat qui s’appelle La Dernière Veillée. Enfin, je vais tourner dans une série anglaise à la rentrée.

Jennifer Radier
Jennifer Radier
-Journaliste séries
Adepte de la zapette depuis toute petite, elle a vécu mille et une vies devant sa télévision et décortique avec passion tout ce qui passe sur le petit écran.
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