"C'est le coeur du film" : 41 ans après, l'interprète de Biff Tannen révèle le vrai sens de Retour vers le Futur
par Vincent Formica
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On pensait que Retour vers le Futur n'était qu'une simple histoire de voyage dans le temps... que nenni ! Thomas F. Wilson, qui a incarné Biff Tannen, livre une pertinente analyse de la saga.

Légendaire interprète de Biff Tannen, grand méchant de la saga Retour vers le Futur, Thomas F. Wilson a une analyse bien à lui de l'essence de ce récit mythique. Au-delà de la science-fiction et du voyage dans le temps, les oeuvres de Robert Zemeckis possèdent une signification plus profonde, expliquant en partie l'amour du public pour la franchise.

Retour vers le futur
Retour vers le futur
Sortie : 3 juillet 1985 | 1h 56min
De Robert Zemeckis
Avec Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Lea Thompson
Presse
3,6
Spectateurs
4,5
Voir sur Disney+

Le vrai sens de Retour vers le Futur ?

Invité du podcast animé par Michael Rosenbaum, il a livré l'analyse suivante : "Selon moi, le vrai sujet du film, ce n'est pas de renvoyer ce gamin vers le futur. Je pense que le vrai sujet réside ici : 'Non, Biff ! Laisse-là tranquille !' Je pense que c'est le coeur même du film. Il s'affirme, tient tête à son adversaire, et dit 'non' !", a souligné l'interprète de Biff Tannen, évoquant la fin du premier opus, quand George assène un violent coup de poing à Biff.

"Ensuite, il frappe Biff, et ça change tout. Evidemment, on est dans un film hollywoodien, on retourne après dans le futur, il y a de l'action, beaucoup de fun. Mais le vrai sens du film, c'est George qui se dresse pour défendre Lorraine et sa dignité."

Le vrai sens du film, c'est George qui se dresse pour défendre Lorraine et sa dignité.

"Je ne sais pas si les autres membres du casting pensent ça, c'est mon analyse. C'est pourquoi la saga a autant marqué le public. Les gens adorent ces films pour deux raisons : le fun, l'action avec une voiture temporelle, le fait de pouvoir rencontrer ses parents quand ils étaient jeunes... Est-ce que vous les aimeriez ? Mais c'est aussi ce personnage de George McFly qui se dresse enfin face à l'adversité", a conclu Thomas F. Wilson.

Ce que Thomas F. Wilson, l’interprète de Biff Tannen, propose ici, c’est une lecture étonnamment profonde de Retour vers le Futur. Derrière la comédie de science-fiction se cache avant tout une histoire d’émancipation personnelle. Et pour lui, le véritable héros du film n’est peut-être pas Marty McFly, mais son père, George.

Le point de départ de son analyse est donc une scène décisive à la fin du premier volet, quand George intervient pour défendre Lorraine face à Biff, son harceleur. Il accomplit quelque chose qu’il n’avait jamais osé faire auparavant. Toute sa vie, George a subi les humiliations, les intimidations et la domination des autres.

Universal

George se dresse

Biff incarne cette force brutale qui l’empêche d’exister pleinement et le maintient dans une position de soumission. Lorsque George dit "Non, Biff ! Laisse-la tranquille !", il ne fait donc pas que protéger Lorraine. Il rompt avec un mécanisme psychologique qui le paralyse depuis des années. Pour la première fois, il refuse de se laisser définir par la peur.

George cesse d'être le personnage secondaire de sa propre existence. C'est là que réside, selon Wilson, le véritable cœur du film : le moment où un homme ordinaire découvre qu'il peut agir sur son destin. George McFly ne devient pas soudainement un autre homme ; il révèle une force qui existait déjà en lui, mais qu'il n'avait jamais osé exprimer.

La scène prend d'ailleurs une dimension supplémentaire car George se bat pour Lorraine, la femme qu'il aime. Son courage naît d'abord d'un geste altruiste : il refuse de laisser quelqu'un d'autre subir l'humiliation qu'il a lui-même trop longtemps acceptée. En défendant Lorraine, il se découvre aussi lui-même.

Et cette transformation bouleverse toute la suite du récit. Dans la logique fantastique du film, modifier le passé change le présent : en se dressant contre Biff, George change sa relation avec Lorraine, mais aussi sa propre trajectoire. L'homme timide et effacé devient un écrivain épanoui, un mari sûr de lui et un père plus accompli.

Changer son destin

Le film matérialise ainsi une idée profondément humaine : un seul acte de courage peut infléchir le cours d'une vie entière. C'est aussi ce qui rend cette lecture intéressante au-delà du scénario. George représente tous ceux qui ont intériorisé leur infériorité, au point de finir par croire qu'ils ne méritent pas mieux que la place qu'on leur impose.

Biff, lui, incarne moins un simple antagoniste qu'un système de domination fondé sur l'intimidation et l'habitude de ne jamais rencontrer de résistance. En soulignant cette scène, Thomas F. Wilson déplace donc le centre de gravité du film. La DeLorean, les paradoxes temporels et les aventures de Marty constituent le moteur spectaculaire du récit, mais son enjeu émotionnel se joue ailleurs : dans la capacité d'un homme à sortir de sa propre prison mentale.

Il faut toutefois rappeler que Wilson présente son interprétation personnelle, et non une signification officielle ou nécessairement partagée par toute l'équipe du film. Mais elle éclaire remarquablement la construction du récit. Marty ne se contente pas de réparer les erreurs du passé, il aide indirectement ses parents à devenir les personnes qu'ils auraient pu être.

Au fond, Retour vers le Futur raconte autant la possibilité de changer son destin que celle de se changer soi-même. Et dans cette perspective, le geste de George face à Biff est bien plus qu'une scène de bagarre : c'est l'instant où un homme cesse de subir son histoire et commence enfin à l'écrire. Et quand on se rend compte de cette dimension de la saga, on ne peut que s'exclamer : Nom de Zeus !

Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.
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