Ce mercredi 21 octobre, France 2 diffuse sur son antenne Harceleurs, une fiction événement portée par Virginie Ledoyen. Cette dernière y campe Camille, une mère de famille sans histoire qui va découvrir que son fils, Mathias (Honorat Bellet) a harcelé un de ses camarades de classe, qui a depuis tenté de se suicider.
Entre instinct maternel et devoir moral, Camille prend une décision lourde de conséquences : protéger son enfant, quitte à effacer des preuves. Mais la vérité finit par éclater, bouleversant irrémédiablement leur lien et son regard sur Mathias…
À l’occasion de la diffusion du téléfilm, AlloCiné s’est entretenu avec Virginie Ledoyen pour discuter de ce rôle poignant et de l’importance de ce type de programme sur le service public.
AlloCiné : Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer Camille dans Harceleurs ?
Virginie Ledoyen : C’est le sujet du téléfilm qui m’a donné envie de jouer ce rôle. Le harcèlement est un sujet vraiment important, qu’on traite ici sous un autre angle qu’on a peu l’habitude de voir.
Dans Harceleurs, on suit le parent d’un harceleur parce qu’il faut bien qu’il y ait des harceleurs pour avoir des enfants harcelés. Je trouvais que c’était intéressant parce que, pour des parents, c’est une véritable déflagration de découvrir que son enfant puisse être capable de commettre de tels actes.
Selon vous, qu'est-ce que cet angle apporte à l'histoire ?
Ça apporte un nouveau regard que nous n’avons pas forcément l’habitude de voir dans la fiction. Dans le téléfilm, on voit que le harcèlement touche tous les enfants, quel que soit le niveau social ou le mode de vie. La famille de Mathias n'est pas monoparentale.
Ce sont des gens ordinaires, et Camille est professeur de surcroît. Et pourtant, son enfant est un harceleur. Je trouve ça intéressant parce que, effectivement, le harcèlement touche tous les enfants.
C'est quelque chose qui est flippant. On voit que la violence est partout. Ce que je trouvais aussi intéressant, c'est qu'on se rend compte que ce sont surtout les adultes qu'il faut éduquer et sensibiliser.
Les enfants, ils savent mais ils ne parlent pas, parce qu'ils ont honte, parce qu'ils ne savent pas mettre des mots et parce qu'ils ont peur. C'est aux adultes, aussi bien les parents que les institutions éducatives, de pouvoir créer des espaces pour que les enfants puissent parler.
Les enfants ne vont parfois pas oser le dire à leurs parents, mais ils vont peut-être oser parler à un surveillant ou à un professeur. Je trouve que c'est un sujet qui doit être au coeur de l'éducation.
Comment est-ce qu’on aborde un personnage aussi complexe que celui de Camille ? Est-ce que vous avez rencontré des parents à qui cette situation a pu arriver ?
J'ai beaucoup parlé avec Julie Rohart, la réalisatrice, mais aussi avec Nathalie Hugon et Marine Josset, les scénaristes. Le harcèlement touche beaucoup de gens, et elles en faisaient partie.
C'est ce qui est fou avec le harcèlement, ça touche tout le monde, aussi bien les filles que les garçons, les enfants que les adolescents. Et c'est d'ailleurs aussi quelque chose qui était intéressant avec mon personnage, c'est que c'est une prof, donc elle est à l'intérieur des institutions.
C'est d'ailleurs une bonne professeure qui est aimée de ses élèves. Et pourtant, elle n'a rien vu. Même si je n'excuse pas son comportement, j'ai de la compassion pour elle. C'est un personnage complexe qui a beaucoup d'ambiguïté.
Elle n'arrive tellement pas à croire que son fils soit aussi violent qu'elle est dans le déni. Elle le croit quand il lui ment et qu'il lui dit qu'il n'a rien fait. Elle le croit parce que c'est trop dur pour elle d'imaginer que son propre enfant puisse commettre des actes aussi graves. Je trouvais ça très intéressant à jouer.
Dans Harceleurs, vous donnez la réplique à Honorat Bellet. Comment s’est passée la collaboration ?
Je l'ai trouvé extrêmement doué. C'était son premier rôle, mais je ne pense pas que ce sera le dernier. Il était d'une justesse... Je trouvais qu'il n'était jamais dans le pathos. C'est d'ailleurs aussi quelque chose qui m'a plu dans le film. Nous ne tombons jamais dans le cliché.
Honarat a réussi à jouer la complexité du personnage. Mathias est un ado qui ne se rend pas compte de la portée de ses actes. C'était vraiment un super acteur qui a amené de la finesse et de l'humanité au personnage, qui est avant tout un être humain.
Quelle a été la scène la plus complexe à tourner pour vous ?
La scène dans laquelle on regarde la vidéo du harcèlement de Dao était très dure à tourner. Il y a aussi la scène où je tourne le dos à mon fils et où je le laisse en garde à vue. Il m'appelle, mais je ne me retourne pas. Cette scène montre qu'elle l'abandonne.
C'est terrible mais en même temps, que peut-elle faire d'autre ? Il a franchi toutes les limites. C'était un téléfilm très intense à tourner parce que ce sont tous des êtres humains et il y a une vraie complexité. Camille veut faire au mieux pour protéger son fils, elle déconne et elle va d'ailleurs en payer le prix. Elle fait comme elle peut.
Est-ce qu'à ce stade de votre carrière, l'impact sociétal ou la portée d'un projet devient un critère important dans le choix de vos rôles ?
Oui c'est quelque chose d'important, surtout quand c'est fait avec autant de finesse que dans Harceleurs. Ce n'est pas un téléfilm racoleur. Le métier d'acteur, c'est aussi de rendre compte du monde dans lequel on vit. Il faut pouvoir montrer des choses plus violentes et traiter des sujets plus sociétaux. C'est un sujet qui était très important pour moi.