Quatre ans après son simili-blockbuster Athena, dont le budget avait été estimé à 35 millions d’euros, c’est aux États-Unis que s’est rendu le réalisateur français Romain Gavras (Le Monde est à toi, Notre jour viendra) pour son nouveau film, Sacrifice, le premier de sa carrière intégralement tourné en anglais.
Présenté au festival de Toronto il y a plus d’un an, le long-métrage est enfin disponible aujourd’hui sur Netflix, traînant avec lui des retours plus que mitigés du côté de la presse américaine. Le film est-il aussi décevant qu’elle le prétend ? On l’a vu, et on ne va pas vous mentir…
De quoi ça parle ?
L’histoire débute alors que plusieurs célébrités et capitaines d’industrie se réunissent en Grèce pour participer à un luxueux gala ayant pour thème l’écologie. Parmi eux, Mike Tyler, un acteur hollywoodien en pleine remise en question, espère utiliser l'événement pour interpeller le grand public sur les dangers du changement climatique. Mais le gala est rapidement interrompu par Joan et son groupe radical, qui prennent les invités en otage. Leur objectif ? Pratiquer des sacrifices humains pour empêcher un gigantesque volcan d’entrer en éruption…
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Qui est au casting ?
Pour son premier film américain, Romain Gavras a vu les choses en grand. Il s’est entouré des stars Chris Evans (alias Captain America) et Anya Taylor-Joy (Le Jeu de la dame) pour incarner les rôles de Mike et Joan, mais aussi de l’actrice Salma Hayek (Une nuit en enfer), sans oublier son ami de toujours Vincent Cassel, avec qui il collabore ici pour la troisième fois.
Ça vaut le coup d'œil ?
Toujours à cheval entre le récit épique et la comédie burlesque, la proposition de Romain Gavras a de quoi désarçonner : s’agit-il d’une satire sur l’élite contemporaine et le greenwashing, d’une tragédie nihiliste totalement désespérée, ou de toute autre chose ? Impossible à dire, peut-être tout ça à la fois. Sur bien des aspects, Sacrifice est un film étrange. Reste à savoir si l’adjectif est ici à prendre comme une critique ou comme un compliment…
Sacrifice est un film qui caricature l’époque, écartelée entre des capitalistes déconnectés et des éco-terroristes fanatiques, mais qui le fait avec un arrière-goût amer : comme si le présent, notre présent, était devenu tellement pathétique qu’il ne pouvait plus donner de héros. Or, la notion de héros (au sens mythologique du terme) passionne Romain Gavras, lui-même d’origine grecque, depuis ses tout débuts.
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Ce goût pour la mythologie et l’iconisation est au cœur de sa mise en scène, qui construit chaque image comme s’il s’agissait d’une fresque antique, comme le vestige d’un récit perdu qui aurait fait entrer ses personnages dans la légende. Une idée d’autant plus forte que ses récits étaient jusque-là très ancrés dans la réalité, rendant le décalage particulièrement efficace.
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Ce qu’il y a de perturbant dans Sacrifice, c’est que Joan et sa bande habitent directement le monde de manière mythologique : ils croient réellement que le sacrifice humain permettra d’éviter la fin du monde. La mise en scène n’est alors plus en décalage avec les personnages, mais épouse leur point de vue au premier degré. Une décision en hiatus avec l'ambiguïté de ton (comique vs épique) à l'œuvre dans le film qui vient malheureusement parasiter certaines scènes, les rendant simplement étranges au détriment du reste.
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Face à cette bizarrerie, il sera aisé de crier au ridicule et certains critiques américains ne s’en sont pas privés. Nous ne sommes pas d’accord. Sacrifice est certes parfois un peu hésitant, nous l’avons vu, mais voilà un film qui n’a jamais peur d’essayer, de se tromper, d’assumer, bref : qui déborde littéralement (et parfois trop) de personnalité. Et à une époque où les contenus streaming deviennent bien trop lisses, impossible de passer à côté d’une expérience comme celle-là.
Sacrifice est disponible sur la plateforme Netflix.