"Je n’avais pas confiance dans le scénario" : Spielberg a honte d'avoir réalisé ce film fantastique qui a tout de même rencontré un succès phénoménal il y a 35 ans
par Aude Mackau
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Malgré ses 300 millions de dollars de recettes et l’amour de toute une génération, ce film fantastique reste un mauvais souvenir pour Steven Spielberg. Le réalisateur a confié ses doutes sur le scénario et les difficultés d’un tournage hors norme.

Steven Spielberg a beau avoir signé certains des films les plus appréciés de l’histoire du cinéma, il ne porte pas toutes ses réalisations dans son cœur. Malgré son immense popularité, ce classique fantastique des années 90 reste l’un de ses plus grands regrets.

En 1991, le réalisateur invitait les spectateurs à retrouver le Pays Imaginaire avec Hook ou la revanche du Capitaine Crochet, une nouvelle aventure inspirée de l’univers de Peter Pan. Porté par Robin Williams, Dustin Hoffman et Julia Roberts, le long-métrage a marqué toute une génération et rapporté plus de 300 millions de dollars dans le monde, pour un budget estimé à 70 millions.

Un véritable triomphe commercial qui n’a pourtant jamais suffi à convaincre son propre réalisateur. Car si Hook occupe une place particulière dans le cœur de nombreux spectateurs, Spielberg, lui, garde un souvenir bien moins enchanté de cette expérience. Et au fil des années, le cinéaste n’a pas hésité à exprimer ses regrets.

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet
Hook ou la revanche du Capitaine Crochet
Sortie : 1 avril 1992 | 2h 16min
De Steven Spielberg
Avec Robin Williams, Dustin Hoffman, Julia Roberts
Spectateurs
3,8
Voir sur Netflix

“Je ne savais pas vraiment ce que je faisais”

C’est notamment en 2018, dans les pages du magazine Empire (via Den of Geek), que Steven Spielberg est revenu sur les difficultés rencontrées pendant la réalisation du film. À l’époque, le cinéaste ne se sentait pas suffisamment à l’aise avec l’histoire qu’il devait raconter, au point de chercher à compenser ses doutes par une mise en scène toujours plus spectaculaire.

Il confiait ainsi : “Je me suis senti comme un poisson hors de l’eau en faisant Hook. Je n’avais pas confiance dans le scénario. J’avais confiance dans le premier acte et j’avais confiance dans l’épilogue. Je n’avais pas confiance dans le corps du scénario. Je ne savais pas vraiment ce que je faisais et j’ai essayé de masquer mon insécurité en me concentrant sur la production. Plus je me sentais en insécurité, plus les décors devenaient grands et colorés.”

Une révélation étonnante de la part d’un réalisateur déjà à l’origine de succès monumentaux comme Les Dents de la mer, E.T., l’extra-terrestre ou encore la saga Indiana Jones. Mais derrière les décors extravagants et les couleurs éclatantes de Hook se cachait donc un réalisateur qui doutait profondément de ses choix artistiques.

Un retour au Pays Imaginaire qui ne l’a pas convaincu

Dans Hook, Robin Williams prête ses traits à Peter Banning, un avocat d’affaires tellement absorbé par son travail qu’il a oublié sa véritable identité : celle de Peter Pan. Lorsque ses enfants sont kidnappés par le redoutable Capitaine Crochet (Dustin Hoffman), il n’a d'autre choix que de retourner au Pays Imaginaire.

Guidé par la Fée Clochette (Julia Roberts) et aidé par les Garçons Perdus, Peter doit alors renouer avec ses souvenirs et retrouver l’enfant qu’il était autrefois pour affronter son vieil ennemi.

Une histoire pleine de magie et de nostalgie, dont Steven Spielberg apprécie pourtant certaines séquences. En 2011, interrogé par Entertainment Weekly, le réalisateur expliquait notamment pourquoi son enthousiasme s’était progressivement dissipé au cours du film.

“Il y a des parties de Hook que j’adore. Je suis très fier de mon travail jusqu’à ce que Peter soit emporté par le parachute par la fenêtre, en direction du Pays Imaginaire. Je suis un peu moins fier des séquences au Pays Imaginaire, car je ne suis pas à l’aise avec ce monde très stylisé, alors qu’aujourd’hui, bien sûr, j’aurais probablement fait ça avec des personnages en live-action dans un décor entièrement numérique. Mais nous n’avions pas la technologie pour le faire à l’époque, et mon imagination ne s’est limitée qu’à construire des décors physiques et à essayer de peindre des arbres en bleu et en rouge.”

Ce qui fait aujourd’hui le charme du long-métrage aux yeux de ses admirateurs, à savoir ses décors gigantesques et son esthétique presque théâtrale, constitue ainsi l’une des principales sources de frustration de son créateur.

Et les difficultés ne se sont pas limitées aux choix artistiques du cinéaste. Le tournage aurait également été marqué par des tensions avec Julia Roberts, l’interprète de la Fée Clochette. Une collaboration que Spielberg avait lui-même qualifiée d’“expérience difficile”, et sur laquelle nous étions déjà revenus dans un précédent article.

“Je n’aime toujours pas ce film”

Les années passant, Steven Spielberg n’a visiblement pas changé d’avis. En 2013, invité de l’émission radiophonique Kermode and Mayo’s Film Review, il reconnaissait toujours éprouver des difficultés à apprécier son œuvre, tout en laissant entendre qu’il pourrait peut-être la redécouvrir sous un autre jour.

“Je veux revoir Hook. Je n’aime toujours pas ce film. J’espère qu’un jour je le reverrai et que j’en apprécierai peut-être certaines parties.”

Trois ans plus tard, à l’occasion du Festival de Cannes 2016, le cinéaste était de nouveau interrogé sur Hook, cette fois en raison de possibles similitudes avec son adaptation du roman de Roald Dahl, Le BGG – Le Bon Gros Géant. Spielberg avait alors tenu à distinguer les deux productions. À ses yeux, Hook n’était d’ailleurs pas véritablement un “conte de fées”, mais plutôt “un énorme conte en technicolor sur l’amnésie, sur le fait de retrouver ses souvenirs, et donc son enfance”.

Il poursuivait, non sans une certaine sévérité envers son ancien film : “J’espère que [Le Bon Gros Géant] n’a rien à voir avec Hook. J’espère que c’est totalement différent. J’espère que c’est bien meilleur que Hook. Ceci dit, c’est intéressant, car je n’aime pas beaucoup Hook, mais mes enfants adorent ce film. Et il y a toute une génération de jeunes qui ont vraiment apprécié le film bien au-delà de ce que j’y avais mis.”

Un constat d’autant plus surprenant que le réalisateur a longtemps préféré ne pas évoquer cette expérience, y compris avec Robin Williams, son interprète principal.

Un film mal-aimé par Spielberg, mais devenu culte pour toute une génération

Il existe donc un véritable fossé entre le regard que Steven Spielberg porte sur Hook et l’affection que lui témoignent ses admirateurs. Là où le réalisateur voit surtout les faiblesses d’un scénario auquel il ne croyait pas entièrement, le public retient une aventure féerique, des personnages mémorables et un univers visuel immédiatement reconnaissable.

Trente-cinq ans après sa sortie, le film continue ainsi de séduire les spectateurs qui l’ont découvert pendant leur enfance, mais aussi de nouvelles générations. Preuve qu’une œuvre peut laisser un souvenir impérissable même lorsque son propre créateur peine à l’apprécier.

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet est disponible en streaming sur Netflix et Sony Pictures Core (via Amazon Channels), ainsi qu’en VOD.

(Re)découvrez les petits secrets du film dans la vidéo ci-dessous :

Aude Mackau
Aude Mackau
Passionnée de cinéma, Aude a grandi dans les salles obscures tout en tombant amoureuse des séries à côté. Jonglant entre le petit et grand écran, elle se spécialise désormais dans tout ce qui fait l'actualité, de l'anecdote du passé à la dernière info sensationnelle à relayer.
Co-écrit avec :
Thomas Imbert
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