50 ans après la mort du réalisateur Pier Paolo Pasolini, l'enquête est rouverte : va-t-on enfin connaître la vérité ?
par Olivier Pallaruelo
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Sauvagement assassiné et découvert sur un terrain vague le 2 novembre 1975, le meurtre du sulfureux écrivain, journaliste et cinéaste italien Pier Paolo Pasolini n'a jamais été résolu. 50 ans après, la Justice italienne annonce réouvrir l'enquête...

Ce lundi 2 novembre, la Justice Italienne a annoncé la réouverture de l'enquête sur le meurtre, en 1975, du très fameux écrivain, cinéaste et journaliste italien Pier Paolo Pasolini, à qui l'on doit quelques unes des oeuvres les plus radicales et choquantes du cinéma.

L'avocat à l'origine de la demande, Stefano Maccioni, qui réclame depuis des années une nouvelle enquête, a déclaré à l'AFP qu'il espérait que la réouverture des investigations "puisse mettre un point final à cette histoire". "Je fais appel à ceux qui savent quelque chose et qui n'ont pas eu le courage de parler, afin qu'ils le fassent maintenant" a-t-il ajouté.

Un crime atroce

La date de l'annonce a soigneusement et symboliquement été choisie. Cela fait exactement 50 ans que le corps de Pasolini fut retrouvé sur un terrain vague de l’Idroscalo, à Ostie. Il fut tué à coups de barre de métal, puis écrasé à plusieurs reprises par sa propre voiture. Ses os sont brisés et son corps a été partiellement brûlé à l'essence. Rapidement, ce crime odieux est attribué à un dénommé Giuseppe Pelosi, dit "Pino la grenouille".

Le jeune homme de 17 ans, qui se prostitue, est surpris au volant de l'Alpha Romeo Giulia du réalisateur italien et il avoue le meurtre, pour lequel il est condamné à neuf ans et sept mois de prison en 1976 par le tribunal des mineurs de Rome, qui le déclare "coupable du crime d'homicide volontaire avec le concours d'inconnus".

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Le réalisateur David Griesco, qui a bien connu Pasolini et lui avait consacré un film sorti en 2019, sobrement intitulé L'affaire Pasolini, raconte :

"Je fus parmi les premiers à arriver sur les lieux, avec le médecin légiste Faustino Durante, le père de ma petite amie de l’époque, et un jeune avocat du nom de Guido Calvi. En 1976 se tint le premier procès contre Pino Pelosi, au tribunal des mineurs [...].

À cette occasion, la famille Pasolini me pria d’écrire le mémorandum dit "culturel" pour la plaidoirie assurée par l’avocat Guido Calvi. À la fin de ce procès, le 26 Avril 1976, Pino Pelosi fut reconnu coupable de l’assassinat de Pier Paolo Pasolini, en responsabilité partagée avec des complices "inconnus" et une partie du jugement explicitait la réticence du prévenu à donner ces noms".

La cour d'appel de Rome confirma la condamnation pour homicide volontaire le 20 avril 1977, mais estima manquante "la preuve que le crime d'homicide ait été commis en concours avec d'autres". Le 26 novembre 1982, Pelosi obtient un régime de semi-liberté puis une libération conditionnelle le 18 juillet 1983. Cependant, il est arrêté un an plus tard pour différents vols.

L'enquête explosive de Pasolini sur la mafia et le pouvoir

Alors qu'il s'était accusé du crime, Pelosi fait volte-face le 7 mai 2005, lors d'une interview accordée à la chaîne TV italienne Rai. Pelosi prétend avoir tu la vérité durant plusieurs années afin de protéger sa famille et ses proches, par crainte de représailles :

"On l'a exécuté" expliquait Pelosi. "Ils étaient cinq. Ils lui criaient : "Sale pédé, sale communiste !" et ils le tabassaient dur. Moi, ils m'avaient immobilisé. Je ne l'ai même pas touché. J'ai même essayé de le défendre..."

L'une des hypothèses touchant la mort de Pasolini est que le réalisateur, au terme d'une enquête de plus d'un an, avait mis en cause le parti politique italien et centriste Démocratie chrétienne, des groupes pétroliers, la CIA et la Mafia, dans la mort d'un homme dénommé Enrico Mattei.

Responsable de l'ENI (Ente Nazionale Idrocarburi, groupe nationalisé du pétrole italien), il fut assassiné le 27 octobre 1962. Sa mort aurait pu être commanditée par son successeur, Eugenio Cefis, dans le contexte de ce que l'on a appelé "la stratégie de la tension".

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Une expression qui désigne en fait une théorie expliquant les troubles politiques violents survenus en Italie (attentats, assassinats...) durant les années de plomb, de 1964 à 1980. Selon la thèse de la "stratégie de la tension", une partie des actes commis et attribués à l'extrême gauche et l'extrême droite, visaient à susciter délibérément un climat de violence politique, dans le but de favoriser l'émergence d'un État autoritaire qui se serait appuyé sur l'armée.

Quoi qu'il en soit, dans cette perspective, le meurtre de Pasolini résonne comme une exécution politique, pour s'être approché un peu trop près des liens entre le Pouvoir et la Mafia à propos de cette question du pétrole.

Cinq ans auparavant, un fameux journaliste du nom de Mauro De Mauro paya aussi de sa vie sa curiosité pour ce même sujet. Disparu le 16 septembre 1970 à Palerme, son corps n'a jamais été retrouvé.

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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