"Une véritable daube" : noté 4,1 sur 5, ce chef-d'oeuvre d'Al Pacino a failli coûter la vie au vrai braqueur du film
par Olivier Pallaruelo
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"Un après-midi de chien" a été un triomphe, en plus d'être un sommet dans la carrière d'Al Pacino. Mais a détruit la vie du véritable braqueur, John Wojtowicz. Présenté à tort comme un traître à l'écran, il a vécu l'enfer en prison...

L'industrie cinématographique utilise souvent la mention "basé sur une histoire vraie" pour captiver son public. Les scénaristes doivent aussi, de leur côté, parfois modifier profondément des événements pour accélérer l'intrigue et / ou accentuer davantage la dramaturgie.

Dans cette logique, il arrive que ces altérations transforment des personnes réelles en individus lâches et ignobles, avec des conséquences bien réelles et tragiques. C'est exactement ce qui s'est produit avec Un après-midi de chien, dont le scénario a failli coûter la vie à l'homme qui l'a inspiré...

"Attica ! Attica !"

Dans le chef-d'oeuvre de Sidney Lumet porté par un extraordinaire Al Pacino qui y signe une des meilleures performances de sa carrière, sans doute une des plus intenses, Sonny (Al Pacino) et Sal (John Cazale) braquent une banque mais se retrouvent vite cernés par la police. Ils prennent alors en otage les employés de la banque.

Les motivations de Sonny sont plutôt altruistes : l'argent doit servir à payer à son petit ami Léon (Chris Sarandon) l'opération qui fera de lui une femme. D'un banal fait divers, le braquage vire alors au cirque médiatique lorsque les badauds s'attroupent devant la banque et que les membres des mouvements gays manifestent leur soutien à Sonny. Pour la Police comme pour les braqueurs, la partie s'annonce serrée...

S'ensuivent plus de dix heures de négociations tendues, rythmées par les célèbres hurlements de Pacino : "Attica ! Attica !" Lorsque le FBI accepte de les conduire à l'aéroport, un agent prend Sonny à part et lui suggère de trahir Sal. Sonny s'indigne, mais ment ensuite à Sal sur cette conversation. Plus tard, dans une limousine, Sonny, nerveux, sait que les agents s'apprêtent à tuer son complice mais ne l'avertit pas. Sal est violemment abattu, et Sonny se rend immédiatement.

Warner Bros.

"J'ai trouvé que ce film était, au fond, une véritable daube"

La réalité de cette affaire est pourtant bien différente et beaucoup plus sombre pour le véritable braqueur, John Wojtowicz. Dans la vraie vie, Wojtowicz n'a jamais trahi son partenaire. Le drame absolu est qu'il n'a découvert cette trahison purement fictive que lorsque le film a été projeté devant 1300 autres détenus dans le pénitencier fédéral où il purgeait sa peine.

Ironie poignante : c'était Wojtowicz lui-même qui avait demandé à Warner Bros d'envoyer une copie du film à la prison, fier de voir son histoire à l'écran, sans se douter des terribles libertés prises par le studio.

Les conséquences furent désastreuses. Considéré comme une "balance" par ses codétenus, Wojtowicz a été passé à tabac avec une telle violence qu'il a dû passer plus d'un an à l'isolement (avec des blessures telles qu'il ne pouvait vraisemblablement plus s'asseoir). Il n'a d'ailleurs pas du tout apprécié certaines répliques inventées par le film, comme "Les gangs de prison sont pour les mauviettes" ou "Ça ne me dérange pas de me faire suriner".

Warner Bros.

Dans une longue lettre envoyée au New York Times expliquant ses griefs concernant le film, John Wojtowicz écrivait :

"J'ai trouvé que ce film était, au fond, une véritable daube. Il ne montrait pas toute la vérité, et le peu qu'il montrait était constamment déformé et faussé. [...] Hollywood veut gagner de l'argent, et si pour y parvenir il faut sacrifier la vérité ou exploiter la vie de personnes réelles, alors c'est ce qu'ils font".

L'intrigue du film s'inspirait d'un article du magazine Life consacré à l'histoire de Wojtowicz, mais nulle part dans cet article il n'est fait mention d'un quelconque accord avec le FBI. Le scénariste Frank Pierson a d'ailleurs admis avoir totalement inventé cette trahison de toutes pièces. Il a plus tard exprimé des regrets en apprenant ce qui était arrivé à Wojtowicz en prison.

Enfin, la véritable mort de Sal Naturile a également été déformée. Loin d'être l'homme de 40 ans montré dans le film, le vrai Sal n'avait que 18 ans à l'époque. Il n'a pas été abattu passivement dans une limousine : il est mort au cours d'une lutte acharnée pour conserver son arme face à un agent. Hollywood a peut-être créé un chef-d'œuvre, mais au prix de la vérité et de la sécurité d'un homme...

Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.
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