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    "Echo Park L.A." : rencontre avec le réalisateur
    5 juil. 2006 à 07:00

    Plébiscité au Festival de Sundance où il a remporté les Grand Prix du Jury et du Public, "Echo Park L.A." débarque sur nos écrans ce 5 juillet. Rencontre avec le réalisateur Richard Glatzer.

    AlloCiné : Pourquoi avoir choisi Echo Park comme lieu de tournage ?
    Richard Glatzer : Et bien en fait, j'ai emménagé dans ce quartier avec mon compagnon et partenaire Wash Westmoreland (scénariste et co-réalisateur du film, NDLR) il y a maintenant cinq ans. Nous vivions à coté de Melrose dans un quartier très branché et touristique et nous cherchions un endroit plus calme. Nous y étions d'abord allés pour enregistrer des morceaux de musique pour notre dernier film et nous avons été séduits par le cadre, comme on peut le voir dans le film, il y a beaucoup d'espaces verts, de parcs... En plus les loyers étaient bien moins chers qu'à Melrose et les gens bien plus chaleureux et respectueux du bien d'autrui.

    Comment en êtes-vous venu à faire un film sur la Quinceañera ? (La grande cérémonie qui est organisée lors du quinzième anniversaire des jeunes filles hispaniques pour célébrer le passage à l'age adulte, NDLR)
    Un jour, des amis hispaniques nous ont engagés en tant que photographes pour la Quinceañera de leur fille, et ce fut une vraie révélation car nous ne savions pas vraiment de quoi il s'agissait. C'est une cérémonie qui demande une telle préparation et une telle organisation que la plupart des gens croient qu'il s'agit d'un mariage. En fait c'est une cérémonie encore bien plus formelle qu'un mariage, car les jeunes doivent apprendre des danses qu'ils répètent pendant des mois. C'était d'ailleurs assez drôle de voir ces jeunes dont certains avaient l'apparence de gros durs apprendre ces danses traditionnelles aussi sérieusement. Au final, quand nous avons assisté à la cérémonie, nous avons été très impressionnés par l'ampleur de l'évènement et nous nous somme dits que ce serait un excellent sujet pour un film. Nous ne pensions néanmoins pas que c'était un projet pour nous, car ce n'est pas notre culture. Puis de l'eau a coulé sous les ponts et en voyant le quartier évoluer pour devenir plus bourgeois et branché, on a réalisé à quel point cette cérémonie traditionnelle pouvait avoir de sens et était révélatrice d'une communauté à mi-chemin entre traditions ancestrales et modernité.

    A partir de cette idée comment avez vous développé votre projet ?
    C'est l'année dernière, le soir du nouvel an, que nous avons décidé de faire un film sur ce quartier en transition qu'est Echo Park. En quelques heures, nous avions créé les personnages principaux ainsi que les grandes lignes de l'histoire. Walsh connaissait quelques personnes qui souhaitaient investir dans des films indépendants, et étant donné que notre projet n'était pas trop cher et que ces gens étaient eux-mêmes des immigrés qui pouvaient s'identifier aux personnages, ils ont accepté. Le problème c'est qu'ils voulaient le produire immédiatement alors que nous n'avions pas encore de script donc nous avons écrit des passages de l'histoire pour faire passer les auditions ce qui nous a permis en plus de tester des passages du scénario tout en l'écrivant. Au final le script a été écrit en trois semaines. De février à fin mars, nous étions en pré-production, nous avons bouclé les auditions et on est parti en repérage puis début avril on a commencé à tourner.

    Le film présente la communauté hispanique de manière inhabituelle, sans passer par les clichés que sont les gangs, la violence, l'oppression. Etait-ce une vraie volonté de votre part ?
    En fait, nous avons essayé de montrer la diversité de la culture hispanique à travers des personnages aux âges différents et aussi issus de milieux sociaux divers. Il y a deux soeurs dans le film ; la mère de Magdalena qui vit de manière très traditionnelle et s'est mariée à un pasteur mexicain qui prend toutes les décisions au sein de la famille, et puis il y a sa soeur qui s'est mariée avec un riche hispanique né aux Etats-Unis, qui est très commère et qui a probablement un amant. C'est le genre de famille gouvernée par l'argent plus que par l'amour. Nous avons vraiment tenté d'éviter tout cliché. Ce ne sont pas que les blancs qui sont responsables de la réhabilitation du quartier... L'oncle Thomas était catholique et il a amené avec lui certaines traditions alors que Maria est évangélique. Nous voulions néanmoins pointer du doigt certaines choses dérangeantes comme une tendance à l'homophobie dans la culture hispanique ainsi qu'un certain racisme dans la communauté homosexuelle. Nous avons entendu parler de plusieurs journalistes hispaniques conservateurs qui sont totalement horrifiés à l'idée qu'un film dans lequel on voit deux hommes dans le même lit puisse s'appeler Quinceañera (titre original de Echo Park, L.A., NDLR) et cela me montre bien que je ne me suis pas trompé ! Par ailleurs la réaction de la communauté homosexuelle a globalement été positive et honnête : certaines personnes ont même reconnu que ce racisme qui consiste à fétichiser une communauté mais sans traiter les gens qui en sont issus de manière égalitaire était une réalité. C'est comme d'avoir des relations sexuelles avec quelqu'un qu'on n'inviterait pas à dîner. Puisque Walsh et moi sommes nous-mêmes homosexuels, on s'est dit qu'on pouvait se permettre de critiquer notre propre communauté. Evidemment, cette sorte de racisme n'est pas propre aux homosexuels : les gens ont tendance à être attirés sexuellement par la différence mais ne souhaitent pas effacer cette différence, juste l'utiliser.

    Propos recueillis par David Rich à Paris le 29 juin 2006
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