Cinéaste britannique connu pour son esthétisme et son amour de la musique, Ken Russell s'est éteint ce dimanche, dans son sommeil, à l'âge de 84 ans, révèle le site artsjournal.com. C'est dans les années 70 qu'il signe ses oeuvres les plus fameuses : Love, Les Diables ou encore Tommy, inspiré d'un album des Who.
Marin, danseur, photographe...
Avant de devenir cinéaste, Ken Russell a d’abord été marin en 1945 et danseur au Ny Norsk Ballet en 1950. Il s’est ensuite rapproché du milieu du cinéma en s’essayant à la photographie et au métier d’acteur à partir de 1951. Il effectue ses premières réalisations en tant que cinéaste amateur à la fin des années 50, notamment avec le court métrage Amelia and the Angel. Ken Russell entre ensuite à la BBC-TV et y tourne ses premiers téléfilms, notamment Isadora Duncan qui porte sur la célèbre danseuse russe inventrice de la danse moderne; Dance of the Seven Veils, autour du musicien Richard Strauss dont la sympathie pour les nazis est mise en avant, et Dante's Inferno, consacré non à l’auteur de La Divine Comédie mais au peintre et poète britannique nommé Dante Gabriel Rossetti.
Un cerveau d'un milliard de dollars
Love et Les Diables, entre érotisme et violence
Ken Russell fait ses premiers pas au cinéma en 1963 avec une comédie légère et tournée à la va-vite, French Dressing, forme d’hommage à celle qui, à l’époque, enflamme les écrans de cinéma et envoûte les spectateurs, Brigitte Bardot. Il tourne aussi un film d’espionnage avec Michael Caine et Françoise Dorléac , intitulé Un Cerveau d'un milliard de dollars et situé en pleine Guerre Froide. Au début des années 70, il réalise deux adaptations qui lui apporteront une certaine reconnaissance critique : Love (qui lui vaut une nomination à l'Oscar du Meilleur réalisateur en 1971) d’après Femmes amoureuses du sulfureux et censuré D.H. Lawrence (l"auteur de L’amant de Lady Chatterley), et Les Diables, d’après le roman d’Aldous Huxley. Si le premier est marqué par une violence iconoclaste, des séquences débridées et un propos morbide, le second est d’un érotisme troublant en plus de ses scènes de tortures et autres formes de supplices.
De Malher aux Who : Ken Russell, music lover
Tommy
Alors que le cinéma britannique est dominé par les œuvres aristocratiques et les films à costumes, Ken Russell se démarque complètement de ses contemporains pour son style baroque, son esthétique flamboyante et son discours subversif. Ses films dérangent profondément l’opinion publique et sont interdits aux plus jeunes spectateurs. Par la suite, le cinéaste tourne des biopics sur des artistes célèbres, délaissant le vrai pour une vision complètement subjective, fantasmée et hallucinatoire. Que ce soit avec Music Lovers (qui évoque le musicien russe Tchaïkovski), Le Messie Sauvage (sur le sculpteur français Henri Gaudier), Mahler (autour du compositeur autrichien du même nom), Lisztomania (sur un autre compositeur, cette fois de nationalité hongroise) ou avec Valentino (sur le célèbre acteur hollywoodien de l’époque du muet), Russell s'intéresse moins à l’authenticité des faits et gestes qu'aux aspirations et aux désirs éventuels de ses personnages. Il réalise durant la même période deux films musicaux : The Boy Friend, qui se déroule dans le Broadway des années 20, et Tommy, un opéra-rock avec le groupe de rock The Who.
SF et fantastique
Au-delà du réel
Dans les années 80, le cinéaste anglais s’essaye à la science-fiction avec Au-delà du réel, au fantastique avec Gothic et au polar érotique avec Les Jours et les Nuits de China Blue. Par la suite, il réadapte D.H. Lawrence avec The Rainbow, expérimente une nouvelle fois le biopic détourné avec Salomé et tourne un faux-documentaire sur une prostituée, intitulé La Putain. Il revisite une nouvelle fois le film fantastique avec Le Repaire du Ver Blanc (d’après un roman de Bram Stoker) et la SF avec Mindbender. Mais ses derniers longs métrages sont nettement moins appréciés des spectateurs et des critiques. Ken Russell se consacre désormais à la réalisation de films calibrés pour le petit écran. Parmi elles, on peut noter Treasure Island, version féminisée du mythique roman de Robert Louis Stevenson, et The Fall of the Louse Usher, variation musicale autour du roman d’Egdar Poe. Dernièrement, il a fait également une apparition dans Mr. Nice de Bernard Rose, un film qui nous replongeait dans les années 70, la décennie dorée de Ken Russell.
Louis Daubresse avec la rédaction d'AlloCiné