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    Cannes 2014 : Abderrahmane Sissako, ému aux larmes, parle de Timbuktu
    Par M.D — 15 mai 2014 à 17:30

    Lors de la conférence de "Timbuktu", le réalisateur Abderrahmane Sissako n'a pas caché son émotion en évoquant son film et le courage de ceux qui ont vécu "un combat silencieux".

    Le Pacte

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    On devient indifférent à l’horreur si on ne fait pas attention
    Abderrahmane Sissako : L'élément déclencheur, pour moi, ça a été la lapidation de ce couple dans un petit village au nord du Mali. Pas l'évènement en lui-même, mais parce qu'on en a pas parlé. Le monde est fait de telle sorte aujourd'hui, que lorsqu'un nouveau téléphone portable sort, toute la presse en parle et on devient indifférent à l'horreur si on ne fait pas attention.
    Il faut que l'on puisse voir une fragilité, à chaque instant

    Dans chaque être humain, il y a une complexité. Il y a le mal mais aussi le bien. C'est important de se dire qu'un djihadiste, c'est quelqu'un qui nous ressemble aussi et qui certainement, à un moment de sa vie, à basculer dans quelque chose... Quand on raconte une histoire, on essaie de l'humaniser au maximum. Il faut que l'on puisse voir une fragilité, à chaque instant. Celui qui maltraite peut douter.

    Peut-être que je pleure à la place des autres

    (Emu aux larmes, Abderrahmane Sissako est applaudi par toute la salle). Peut-être que je pleure à la place des autres, de ceux qui ont véritablement vécu cela, qui ont eu une réelle souffrance. Nous on s’approprie tout. Tout me revient à moi, à l’équipe, on devient ceux qui ont eu le courage de faire ce film, ceux qui sont forts etc… Mais le vrai courage c’est ceux qui vivent, qui ont vécu au quotidien ces moments-là. Ils ont fait un combat silencieux, le vrai combat de l’homme, de l’être humain […] Le combat pour moi c’est ceux qui dansent, ceux qui jouent au foot sans ballon. Comme toujours, à la fin de toute chose, c’est une personne, un groupe de gens qui récupèrent tout… Le monde est fait comme ça.

    C’est très important de créer chez l’autre cette capacité de te faire confiance comme si tu savais

    Je ne suis pas à l'aise du tout sur un plateau de tournage, je ne supporte pas ça. On est seul face à une soixantaine de personnes qui travaille et on doit faire semblant que l’on sait tout. Je suis entièrement d’accord avec Otar Iosseliani, qui disait que ce qui est intéressant sur un plateau, c’est le silence. Quand il est face aux acteurs, la chose qu’il a vraiment envie de faire, c’est de retourner chez lui. Et puisqu’il ne peut pas, il prend sa tête entre ses mains, et là il y a un silence… Tout le monde pense qu’il réfléchit. C’est très important de créer chez l’autre cette capacité de te faire confiance comme si tu savais. Et c’est à ce moment-là que l’acteur va beaucoup plus loin. Moi, je le mets en situation, mais après j’ai envie de m’échapper et d’être surpris par ce qu’ils ont au fond d’eux-mêmes.

    On ne peut pas faire le film quand on n’est pas fragiles

    La magie du cinéma ne dépend pas du réalisateur. La magie du cinéma est dans les possibilités que t’offrent la vie et le cinéma, si tu fais confiance, si tu n’es pas dans des schémas établis, avec le casting vérifié trois mois à l’avance… L'important c'est quand tu fais confiance et que l’on te fait confiance aussi, comme la productrice Sylvie Pialat qui, a aucun moment, n’a douté de ce film. Un film il faut y croire dès le départ, aussi bien les acteurs, l’équipe, que ceux qui donnent l’argent… Tout repose sur la confiance. Je crois que c'est bon pour le cinéma quand on fait confiance aux gens. Quand on fait confiance, l’autre te rend fragile et c’est ta fragilité qui fait le film. On ne peut pas faire le film quand on n’est pas fragiles.

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