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    Polémique à la Cinémathèque : l'auteur de la lettre ouverte s'explique pour AlloCiné
    Par Thomas Destouches — 3 févr. 2016 à 17:00

    Dans une vidéo postée le dimanche 31 janvier, une ex employée d'un société en sous-traitance pour la Cinémathèque a dénoncé les conditions de travail de l'institution de la Rue de Bercy. Elle revient sur cette missive pour AlloCiné...

    Petit rappel...

    Ce dimanche 31 janvier, une vidéo est postée sur la plateforme Youtube. Intitulée "Lettre ouverte à la Cinémathèque", elle montre une jeune femme, ex-employée d'une société de sous-traitance liée à l'institution de la Rue de Bercy, pour laquelle elle occupait la fonction d'hôtesse d'accueil.

    En un peu plus de 13 minutes, elle y exprime une désillusion à la hauteur de son adoration pour la Cinémathèque, y dénonce les conditions précaires et la gestion de la société qui l'employait, met en cause l'absence de considération de Serge Toubiana (désormais ex-Directeur Général du lieu) et interpelle le nouveau DG Frédéric Bonnaud (qui vient à peine de prendre ses fonctions).

    A la fin de sa lettre ouverte (visible ci-dessous), véritable cri d'alarme et de désenchantement, la jeune femme souhaite que "la Cinémathèque française soit à la hauteur du mythe qu'elle entretient" Là est aussi, et peut-être même surtout, son objectif...

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    AlloCiné a contacté Anna, cette jeune étudiante en Master de cinéma, pour revenir sur les origines de cette lettre ouverte et sur son message : la dénonciation de l'"universalité de la précarité"...

    AlloCiné : Est-ce que la Cinémathèque vous a contacté depuis la mise en ligne de cette vidéo ?

    Anna : Aucune nouvelle. Il semblerait qu'un communiqué de presse ait été diffusé par la Cinémathèque cet après-midi.

    Quel était le but in fine de cette vidéo ?

    Le but in fine c'est simplement de changer les conditions de travail des personnes qui travaillent à la Cinémathèque. En interne (la cinémathèque use aussi de contrat précaire avec ses propres salariés notamment en librairie et avec les conférenciers) et ceux embauchés par des sociétés extérieures travaillant à la Cinémathèque. Y compris les femmes de ménage et la sécurité. Chacun a le droit d'être traité dignement. Si la sous-traitance est inévitable, que la Cinémathèque travaille avec des boîtes correctes. Il y en a. J’espère que cela peut avoir des retentissements dans d'autres institutions culturelles, et d'autres institutions tout court.

    Quels sont les 3 messages principaux de votre lettre ouverte ?

    Dénoncer, rendre justice à ceux qui ont connu cette situation, obliger la Cinémathèque Française à prendre ses responsabilités.

    Souhaitez-vous réintégrer à terme l’équipe ?

    Cela me semble plutôt mal parti...

    Quelles sont vos aspirations pour la Cinémathèque avec l’instauration d’une nouvelle direction ?

    Plus de justice et d'égalité, une cohérence entre le discours et l'action, qu'elle prenne au sérieux l’ensemble de ses personnels.

    En combien de temps avez-vous écrit ce texte ?

    J'ai commencé à écrire en Octobre et puis j'ai abandonné l'idée. C'était trop éprouvant émotionnellement. Beaucoup de gens m'ont encouragé à finir cette lettre. Quand j'ai appris la date de passation de direction, je me suis dit que c'était le bon moment. J'ai commencé une nouvelle version vendredi (ndlr : le 29 janvier). Mais elle était trop personnelle et avait plutôt un rôle d'exutoire. Sa portée militante me semblait par conséquent plus limitée. Puis une autre version samedi (ndlr : le 30 janvier) que j'ai lue à d'anciens collègues.

    On sent beaucoup de tristesse, légitime, dans votre message. Il y a sûrement eu de beaux moments aussi. Pouvez-vous m’en citer un ou deux ?

    Il y en a trop pour les citer. C'est dans cet endroit que j'ai construit ma vie de jeune femme. Je retiens surtout la découverte de certains films, mes amitiés avec des abonnés et mes collègues. Les conversations que nous avions. Et puis la diffusion de mon court-métrage en Janvier 2014, grâce à Monsieur Bernard Payen.

    Cette vidéo révèle aussi une vraie connaissance du format Youtube et une conscience du phénomène « social » (posté ainsi, à cette date…) En clair : même si vous ne pouviez pas prévoir l’ampleur du retentissement, vous savez manier les symboles (Metropolis) et maitrisez la communication « moderne » (personnalisée et incarnée, directement en rapport avec les utilisateurs…), finalement plus marquante et « relayable » / relayée. Est-ce que je me trompe ?

    En effet, pour le format vidéo je savais que c'était le meilleur moyen d'être vue et diffusée. Le cinéma est une arme, Internet un formidable moyen de diffusion. N'étant pas une personne qui aime s'exposer, assez mal à l'aise avec son image, j'ai beaucoup hésité à publier la vidéo. Mais cela me semblait un mal nécessaire.

    Vous ne séparez jamais votre constat de la situation de la portée humaine qu'elle engendre...

    En effet, je suis désenchantée. Comme j'ai beaucoup de mal à retourner dans les salles de la cinémathèque, il est compliqué pour moi de compter encore sur ce lieu pour jouer ce rôle. Même si le programme me fait de l’œil.

    Que souhaitez-vous faire désormais ? Vos aspirations professionnelles ?

    Terminer mon master. Nous verrons ensuite.

    Propos recueillis par Thomas Destouches à Paris le 3 février 2016

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