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    Cannes 2017 : "Avec Ava, je voulais vraiment travailler sur une hybridation des genres"
    Brigitte Baronnet
    Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 12 ans. Elle anime le podcast Spotlight.

    En compétition à la Semaine de la critique, "Ava", premier long métrage de Léa Mysius, issue de la Fémis, a fait sensation lors de sa présentation. Un film sensuel, solaire et sombre à la fois, s'essayant à l'hybridation des genres. Rencontre.

    Bac Films

    C'est l'histoire d'Ava (la révélation Noée Abita), 13 ans, en vacances au bord de la mer.  La jeune fille apprend qu'elle va perdre la vue, plus vite que prévu. Sa mère (Laure Calamy) décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite…

    Commençant comme un film d'ado naturaliste, Ava va ensuite traverser différents genres, rappelant ainsi par certains égards, un autre film très remarqué à Cannes il y a trois ans, Les Combattants de Thomas Cailley. Nous avons rencontré Léa Mysius, 28 ans, diplômée de la section scénario de la Fémis (elle est également co-scénariste des Fantômes d'Ismael d'Arnaud Desplechin, présenté en ouverture de Cannes), et Noée Abita, 18 ans, qui tient de rôle d'Ava

    AlloCiné : Ava navigue entre différents genres. Etait-ce une idée qui vous a guidé dans ce projet ?

    Léa Mysius, réalisatrice et scénariste : Dès le début, je voulais vraiment travailler sur une hybridation des genres, et dès le scénario, commencer vraiment par quelque chose de plus naturaliste et au fur à mesure aller vers le conte puis vers le film de genre. C’est un peu le trajet que fait Ava aussi, dans le sens où, depuis qu’elle sait qu’elle va perdre la vue, elle est dans une urgence de voir, une urgence d’être dans quelque chose de plus romanesque, de réenchanter le monde un peu.

    On décolle du naturalisme pour aller vers le surréalisme, du réel pour aller vers le fantasme.

    Je voulais que le film ait ce trajet là aussi, c’est-à-dire qu’au fur et à mesure qu’elle perd la vue, elle est de plus en plus dans son corps. Elle découvre ses autres sens. Au début, elle est très pudique, elle est très agressive par rapport au monde, elle est très inquiète. Et petit à petit, elle s’ouvre. On décolle du naturalisme pour aller vers le surréalisme, du réel pour aller vers le fantasme.

    La perte de la vue d’Ava a aussi une portée symbolique, par rapport au monde qui s’obscurcit, avec l’inquiétude de la montée de la vague noire, du FN... Je voulais que ce soit un petit peu en arrière plan, mais que ça reste quelque chose de presque fantastique, avec les chevaux qui passent, et qu’Ava en fuguant avec Juan, en vivant cette petite parenthèse utopique avec lui soit vraiment un acte de liberté politique contre cette société un peu liberticide et cette montée de l’obscurantisme.

    Trouver l'actrice pour jouer Ava a dû être comme une quête de la perle rare...

    Le personnage a 13 ans dans le film, mais il fallait qu’elle ait plus de 16 ans dans la vie pour des questions de production, pour la DDASS et aussi parce qu’il y a des scènes de nu. C’était un peu compliqué. On nous avait dit que ce serait impossible de trouver quelqu’un de bien, qui en plus a quelque chose d’étrange dans le regard, qui soit super actrice, et qui est en plus de 16 ans et fasse 13 ans.

    Noée Abita a fait le mur avec une de ses amies pour se renseigner dans une agence de comédiens et l’agent venait de recevoir l’annonce pour notre casting. Elle est venue dès le premier jour de casting. C’était la 5ème personne qu’on voyait. Quand elle est rentrée dans la pièce, on a tout de suite su que ça allait être Ava. On l’a eue très vite.

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    On a eu du temps pour travailler sur son corps, sur le fait qu’elle ait 13 ans au début. On a travaillé sur la démarche, sur la voix. On allait dans la rue, on allait au restaurant… Sur le tournage, il y avait le costume. On lui bandait les seins pour la première partie du film. Je travaille beaucoup sur le physique dans la direction d’acteurs. Petit à petit, elle s’ouvre. Petit à petit, ses vêtements sont un petit peu plus féminins. On lui enlève le bandeau et elle devient une femme

    J’étais Ava avec tous ses désirs, ses peurs, ses questionnements, toute sa pensée. J’étais quelqu’un d’autre.

    Noée, ton personnage évolue au fil du film, d'ado à femme. Comment as-tu travaillé sur cet aspect ?

    Noée Abita (Ava) : En amont du tournage, on a beaucoup travaillé sur le corps d’Ava. Elle se tient un peu comme ça (elle se recroqueville, Ndlr.), elle baisse la tête. Elle tourne la tête un peu comme un oiseau. On a beaucoup travaillé là-dessus. Et il y avait ce mot magique : "action" ! Quand il y avait "action", j’étais Ava. Mon corps était comme une porte d’entrée. J’étais Ava avec tous ses désirs, ses peurs, ses questionnements, toute sa pensée. J’étais quelqu’un d’autre. Et quand il y avait "coupez", hop, c’était terminé !

    La bande-annonce d'Ava, premier long métrage de Léa Mysius, en salles le 21 juin 2017

     

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