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    Les Soprano : Michael Imperioli, l'inoubliable Christopher Moltisanti, publie son premier roman

    Connu pour son rôle de Christopher Moltisanti dans la série culte "Les Soprano", Michael Imperioli publie Wild Side, son premier roman. L'occasion pour nous de retracer sa carrière et de son lien indéfectible avec la ville de New York !

    HBO

    AlloCiné : Quel a été le point de départ de cette histoire ?

    Michael Imperioli : Tout est parti du personnage de Matthew. Quand j'ai commencé l'écriture de ce livre en 2013, mon fils avait 16 ans et il était en pleine crise d'adolescence. J'ai essayé de me mettre dans sa peau, et c'est ainsi que j'ai imaginé ce personnage, mais trois mois après avoir commencé l'écriture du livre, Lou Reed est mort. Son décès m'a affecté bien plus que je ne l'aurais cru, d'une part parce que je le connaissais personnellement, mais aussi parce qu'il a beaucoup compté pour moi en tant qu'artiste. J'ai donc décidé de réunir ces deux personnages dans une seule et même histoire.

    Pourtant, Wild Side n'est pas un livre sur Lou Reed, puisqu'il n'occupe qu'une place secondaire dans l'histoire.

    Je n'avais pas envie d'écrire une histoire biographique sur lui, car cela a déjà été fait, mais j'ai eu l'idée de faire de lui une sorte de figure paternelle, car le héros perd son père et son grand-père dès les premières pages du livre.

    Le roman s'ouvre avec une citation de Marguerite Duras. Pourquoi avoir choisi cet auteur ?

    Après avoir terminé le manuscrit du livre, j'ai lu L'Amant de Marguerite Duras. Je suis tombé sur ce passage alors que je ne savais pas quelle citation mettre, et à l'époque j'hésitais à choisir des paroles de Lou Reed, par exemple extraits de sa chanson Romeo Had Juliette qui a inspiré le titre original du livre (The Perfume Burned his Eyes, ndlr). Quand je l'ai lu, ce passage m'a profondément marqué car il résumait parfaitement les thèmes du livre. Je précise d'ailleurs qu'elle est également présente dans la version originale, pas seulement dans la traduction. Je ne l'ai pas mise juste pour faire plaisir aux lecteurs français ! (rires)

    L'histoire se déroule dans le New York des années 1970, une période troublée dont l'une des plus éminentes figures est désormais président des États-Unis. Qu'est-ce que cela a changé pour vous ?

    Le livre a été écrit avant l'élection de Trump et il aurait certainement été différent si je l'avais rédigé après. D'un point de vue politique, nous vivons dans une époque très étrange, je n'aurais jamais imaginé que nous en arriverions à un tel résultat. 

    L'intrigue de Wild Side se déroule au même endroit et à la même époque que le film Summer of Sam dont vous avez coécrit le scénario ou que Les Affranchis, un de vos tout premiers films. Que vous inspire le New York de cette période ? De la nostalgie ? 

    Il existe chez n'importe quel artiste des connexions entre ses œuvres. On tire de l’expérience de tout ce que l'on fait, et j'ai vécu la majeure partie de ma vie d'adulte à New York, il était donc naturel pour moi de situer l'action du livre dans cette ville. En tant qu'acteur originaire de New York, on a tendance à me proposer des rôles de new-yorkais ce qui explique pourquoi la plupart de mes films s'y déroulent. Il faut savoir que New York est très différente du reste des Etats-Unis, c'est une ville cosmopolite, avec des habitants originaires des quatre coins du monde, et très tolérante à l'égard des religions, des préférences sexuelles etc... Une ouverture d'esprit que l'on ne retrouve pas dans la majorité du pays, bien au contraire ! Bizarrement, je dirais que je me sens davantage new-yorkais qu'américain.

    Je me suis senti attiré par cette période, même si 1976 je n'avais que dix ans. Un nombre incalculable de chansons et de films de cette époque ont été importants pour moi. Je n'ai commencé à arpenter les rues de Manhattan qu'à partir de 1983, mais New York n'a véritablement changé qu'à partir des années 1990, donc le New York de 1983 était très similaire à celui de 1976. Oui, je suis très nostalgique de cette ère. Je pense que la ville n'est plus aussi intéressante qu'auparavant, car le coût des loyers a explosé, et beaucoup d'artistes ne peuvent plus se permettre financièrement d'y vivre. A mes yeux, la ville n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était auparavant.

    Aimeriez-vous transposer Wild Side en film ? Qui verriez-vous incarner Lou Reed ?

    Je commence à éprouver l'envie d'en écrire et d'en réaliser l'adaptation, oui. Pour jouer Lou Reed, pourquoi pas moi... Je ne suis pas sûr de le faire, je suis plus âgé qu'il ne l'était en 1976, mais cela ne me dérange pas, car il n'est pas question de coller à la vérité historique, mais de respecter le point de vue du héros. Je ne suis pas certain de jouer dedans, mais en tout cas j'ai très envie de l'adapter au cinéma.

    D.R.

    Vous avez travaillé avec des artistes au style visuel très prononcé : Martin Scorsese, Spike Lee, David Chase… Qu'avez-vous appris à leurs côtés ?

    Ce que j'ai particulièrement appris à leurs côtés est l'attention à apporter aux détails. Prenez le cas de David Chase, qui écrit pour la télévision : dans une scène donnée, un personnage qui n'apparaîtra pas dans le reste de la série livre une pizza aux personnages. Dans le script, on le décrit comme un homme habillé d'un maillot des New York Yankees, avec une casquette de l'équipe de foot du Brésil sur la tête. Le jour du tournage, il y a intérêt à ce que ces vêtements précis soient présents sur le plateau. Tout ce qui est dans le scénario se doit d'être fidèlement transposé à l'écran, car ce sont ces éléments qui, mis bout-à-bout, forment l'oeuvre dans son ensemble.

    Les métiers d'acteur, de scénariste et de romancier ont en commun de se plonger dans des personnages. Comment compareriez-vous ces différentes fonctions ?

    Ces trois métiers ont en commun le pouvoir de l'imagination et c'est particulièrement le cas pour l'écriture, car on invente quelque chose à partir de rien. Quand on est acteur, il y a toujours un script sur lequel se reposer, mais l'imagination permet ensuite de se projeter dans le personnage. Cela me rappelle quelque chose que David Chase m'avait dit un jour. Nous étions tous les deux interviewés, et le journaliste lui avait demandé d'où il puisait son inspiration. Pour David, il y a évidemment l'importance de maîtriser son sujet, si sa série traite de la mafia alors il faut faire des recherches, mais au final c'est l'imagination qui permet de donner naissance à une histoire, rien d'autre.

    Quelle a été votre réaction quand vous avez découvert la scène de la mort de Christopher dans l'ultime saison des Soprano ?

    J'ai appris que mon personnage allait mourir environ un an avant le tournage de l'épisode, car j'étais également scénariste sur la série donc j'avais accès à certaines informations confidentielles. J'ai trouvé que la scène était vraiment bonne, car elle en disait beaucoup sur le personnage de Tony. Je pense qu'on peut facilement s'attacher à lui, et même l'apprécier, pour son côté macho et l'amour qu'il porte à sa famille, mais c'est également un assassin, et il était très intéressant de le voir tuer l'un de ses proches. On réalise alors qu'il n'agit que par instinct de survie.

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    Comment interprétez-vous la fin de la série ? Pensez-vous que Tony meure ?

    A titre personnel, oui je le crois. Cela a toujours été mon interprétation, mais je n'en suis pas certain à 100 %, car c'est justement le but de cette scène. En tant que scénariste, David Chase n'est pas quelqu'un qui aime clore ses histoires. Habituellement, à la fin d'une série, l'intrigue est bouclée et tous les arcs narratifs sont résolus. Mais selon David, ce n'est pas quelque chose de réaliste.

    Personne ne savait comment la série allait se finir, donc quand l'épisode final a été diffusé à la télévision, nous nous sommes tous réunis à Miami pour le regarder ensemble. C'était un moment très émouvant, car cet épisode ne marquait pas simplement la fin de la série, mais aussi la fin notre collaboration. Tout le monde a été stupéfié par cette fin inattendue. Je me rappelle notamment que Tony Sirico qui incarnait Paulie était complètement perdu et ne savait pas quoi en penser. Aucune fin n'aurait pu plaire à tout le monde, c'était impossible. Mais je pense que c'était une bonne décision, et qu'en tout cas c'était un choix très audacieux que cette fin ouverte.

    Que pouvez-vous nous dire sur The Many Saints of Newark, le film prequel des Soprano, dont le tournage est imminent ?

    Je ne suis pas du tout impliqué dans ce projet. David Chase a écrit le film, Alan Taylor va le réaliser. Ce que je sais, c'est que l'action se déroule dans le New Jersey des années 1960, sur fond de tension entre les communautés italo et afro-américaines. Connaissant David, je ne pense pas qu'il s'agira d'un nouvel épisode des Soprano, mais que cela sera tout à fait autre chose, avec peut-être quelques connexions entre la série et le film. Mon personnage n'était pas né à cette époque, et Tony Soprano avait probablement une dizaine d'années, je pense donc que cela sera une histoire indépendante de la série, mais je n'en sais pas davantage. La première fois que j'ai entendu le titre du film The Many Saints of Newark, je n'ai pas immédiatement fait le rapprochement avec Christopher, mais on m'a ensuite fait remarquer que Many Saints se traduit en italien par Moltisanti (le nom de famille de son personnage, ndlr). Est-ce que le film s'intéresse à la famille Moltisanti ? Honnêtement, je n'en sais rien !

    Wild Side de Michael Imperioli (Editions Autrement) est disponible en librairie depuis le 29 août dernier.

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