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    Iron Man : comment le film a failli tuer Marvel
    Par Corentin Palanchini x SensaCine — 21 avr. 2019 à 18:20

    Souvenons-nous d'un temps où Marvel Studios jouait sa survie avec un film, "Iron Man" de Jon Favreau, qui a failli couler la firme.

    SND

    En 2008, Warner s'apprête à sortir The Dark Knight de Christopher Nolan en plein été. De son côté, Marvel Studios prépare un film Iron Man qui doit sortir pour le mois d'avril. Sauf que la Maison des idées joue gros. Depuis 2005, elle s'est engagée à produire des films qui seront distribués par la Paramount.

    Un contexte tendu

    En 2005 toujours, Marvel a souscrit un prêt bancaire de 525 millions de dollars en s'engageant à produire des films pour Paramount sur ses personnages emblématiques : Captain America, Nick Fury, les Avengers, Doctor Strange, Ant-Man, Puissance 4, Shang-Chi, Hawkeye, Cloak and Dagger ou Black Panther. Ces films seraient destinés à rembourser la somme à la banque et à défaut de pouvoir rembourser, Marvel devrait céder les droits de ces personnages.

    Marvel a passé cet accord alors même qu'elle avait déjà vendu plusieurs autres personnages à des studios comme Sony (le Spider-verse), la 20th Century Fox (les X-Men, les Quatre fantastiques), New Line Cinema (Punisher, Iron Man) et Universal Studios (Hulk et Namor).

    Mais c'est aussi en 2005 que Marvel récupère à New Line les droits du personnage de Tony Stark. La firme se met donc en marche pour produire seule un long métrage centré sur ce personnage pivot des comics. En avril 2006, Jon Favreau est choisi pour mettre en scène le film, suite aux échanges qu'il avait eu avec le fondateur de Marvel Studios, Avi Arad, pendant le tournage de Daredevil en 2002.

    Une production houleuse

    Une fois engagé, Favreau convainc la direction de Marvel Studios d'engager Robert Downey Jr., alors que  Nicolas Cage ou Tom Cruise avaient manifesté leur intérêt et que Clive Owen et Sam Rockwell seront aussi envisagés.

    Le tournage d'Iron Man commence en mars 2007 à Los Angeles dans un climat particulièrement tendu. Marvel avait absolument besoin d'un succès pour rembourser ses 525 millions (plus intérêt) à la banque. Or, lorsque le premier clap retentit, le scénario n'est pas prêt, ne comporte pas tous les dialogues et les acteurs viennent chaque jour improviser leurs répliques sur le plateau. Marvel voit cela d'un mauvais oeil et commence à prendre peur, et Favreau sent cette pression sur le tournage.

    Après quelques avants-premières, le film sort le 30 avril et récolte 585 174 222 de dollars dans le monde, pour un budget estimé de 140 millions. Marvel est sauvée, une suite est lancée très rapidement, pour sortir en 2010 et le MCU se met en marche. 

    Dès 2009, sentant le succès poindre, les pontes de Disney rachèteront Marvel Studios et en juillet 2013, récupèreront les droits de distribution d'Iron Man 1 et 2Captain America et Thor à Paramount Pictures. En 2018, ils rachètent la Fox et récupèrent dès l'année suivante les personnages de mutants comme les X-Men et les Quatre fantastiques. Une success story comme les aime Hollywood...

     

     

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    Commentaires
    • Julien P
      Après le MCU marque un moment culturel qui est à la confluence d'un tas de phénomènes : le style de comics dont il s'inspire en est un exemple, et est un premier maillon vers l'idée que le MCU est aussi le premier moment d'hyper-conscience de la pop culture ancrée dans une oeuvre de fiction. L'âge des séries dans lequel nous nous trouvons, et la popularité de longues sagas de films tout au long des années 2000 en sont deux autres, et ont influencé le choix des décideurs du MCU de donner une forme sérielle à leur saga. Ces trois influences, qui donnent au MCU sa vitalité, ne resteront pas aussi vives éternellement. Les sagas de jeunes adultes qui ont toutes découlé de Harry Potter et ont imposé certains modèles de narration (le teasing intense d'un épisode à l'autre, le final en deux parties, etc) sont en train de s'essouffler lentement mais sûrement et il n'est pas dit que l'on ait à nouveau un jour à la télé un phénomène tel que celui qui a défini les années 2010 et qui est en train de s'achever sur HBO en ce moment même, et dont on pourrait supposer qu'elle est le chant du cygne du modèle de production télévisuel traditionnel (celui d'avant l'ère du streaming).Avec ces deux tendances culturelles générales, cruciales dans le développement originel du MCU, qui sont dans un moment de remise en question intense, ça ne laisse au MCU que ses racines comics de base pour être au coeur de la pop culture durant les prochaines années. Ce n'est pas un hasard si Feige a déclaré que le MCU changerait radicalement après Endgame et qu'il s'orienterait vers moins d'évènements du genre de ceux qu'ont été les Avengers et autres Civil War. Je pense qu'il sent que le momentum qui a permis l'avènement du MCU est en train d'atteindre un pic qu'il ne pourra pas retrouver tel quel.Du moins c'est ma théorie.
    • Sicyons
      J'espère que tu as raison. Je n'en suis malheureusement pas aussi convaincu que toi. Le risque est que dans l'esprit du grand public le MCU soit les comics et que ça perdure, les comics souhaitant aller dans le sens de ce que veut le public. Un grand public qui a en grande majorité découvert les comics par l'intermédiaire de ce cinéma-là.
    • Sicyons
      Exactement.
    • Julien P
      C'est vrai; la deuxième partie des 70s a donné de grands moments; c'est à ce moment là que des gens comme Byrne ou Claremont ont été engagés dans la compagnie.
    • Julien P
      Je dirais plutôt que le destin d'une sous-culture c'est d'être pervertie de son vivant, ou de mourir et d'être zombifiée ensuite.Sur les comics, tu as raison, c'est un mode d'expression à part entière. Et c'est vrai que c'est pour ça ne disparaîtra pas. En revanche, je pense que la fin du MCU et de l'exploitation au plus haut degré commercial des logiques narratives qu'on a évoquées marquera un moment fort aussi pour les comics et occasionnera sans aucun doute un changement radical. A bien des égards, le MCU est la concrétisation de toute une conception des comics et notamment du lien entre le fan et la propriété artistique que les comics et les films représentent. Quand le MCU disparaîtra, ce rapport changera aussi.
    • Julien P
      C'est le MCU qui a lancé la mode de récits de super-héros plus expansifs au cinéma, et qui a réorienté le genre super-héros notamment vers le space opera. Je ne pense pas qu'aucun film produit après 2010 ait été produit indépendamment du MCU. Quand tu vois la différence de ton net entre un First Class, développé avant le début du MCU (même s'il est sorti après) et un Days of Future Past, et quand tu vois la continuation de Days of Future Past dans X-Men Apocalypse (scène post-générique etc etc), l'influence de la logique narrative du MCU est claire et nette. Le fait de teaser une intrigue de plus grande ampleur, des multivers temporels, des intrigues cosmiques... Ca vient de choses qui étaient déjà dans les comics mais que le MCU a remis à la mode. La trilogie X-Men d'origine (X-Men I à III) était d'une échelle nettement plus réduite, et pourtant c'était des blockbusters.
    • Julien P
      Sur X-Men on est d'accord sur les films en question, même si First Class est largement meilleur que X-Men III, probablement en termes de réal un des pires de la saga. Ensuite par rapport aux comics, les X-Men ne sont pas issus d'une logique de crossover. Le grand nombre de personnages est un parti pris artistique dés le départ. C'est pour ça que c'est difficilement comparable à Avengers qui est le premier exemple d' 'event' dans l'histoire de Marvel.Moi je distingue l'avant MCU de l'ère du MCU, parce que l'avant MCU c'était un moment où les films adaptés de comics étaient intéressés autant par l'iconographie que par les thèmes des oeuvres dont ils s'inspiraient (ou intéressés par rien du tout, comme dans des films comme Ghost Rider ou Les 4 fantastiques) et moins par le fait de construire des 'évènements' comme c'est le cas dans le modèle scénaristique qu'est le MCU, qui est un modèle inspiré, je le répète de tout un versant de Marvel qui existait déjà dans les comics et qui n'était déjà pas bon. Enfin, je suis désolé si tu aimes, mais les comics de Starlin, ceux qui introduisent Thanos face à Iron Man, ou ou Drax, ben je les trouve nuls, et affligés des mêmes problèmes scénaristiques que les récits du MCU; à part peut-être Warlock, qui est le seul vrai bon perso qu'il ait créé à l'époque. L'extension space opera du MCU, les intrigues de retour dans le temps, les pirouettes pour garder des personnages en vie ou les dédoubler, ça n'a jamais été le fort de Marvel. Ils n'ont jamais su en faire quoi que ce soit de bien.Et ce que je dis, c'est que du coup, la transition au cinéma n'est pas le problème en soi. Des films comme Spider-Man I et 2, Blade II, ou Hellboy (en ce qui concerne Vertigo) sont des visions honnêtes, passionnées et créatives des comics dont ils s'inspirent.ET sur Shyamalan, ben... tu as tout dit x) Split était autant la promesse d'une vision alternative pour le récit de super-héros, son échelle, son iconographie... Glass est venu doucher tous ces espoirs, combinant finalement les pires défauts de son réalisateur avec des réflexions méta sans aucun intérêt, dans un film qui est une sorte de trailer de deux heures sans aucune signification, finalement très à l'image du genre super-héros moderne.
    • Sicyons
      Je te rejoins sur le fait que c'est le destin sans doute inévitable d'une sous -culture : mourir ou être pervertie. On en revient donc à ce que je disais au début : je préférerais voir les comics disparaître plutôt que de se fondre totalement dans le moule. mais je n'y crois pas. Et j'ai expliqué pourquoi plus haut : ce n'est pas un simple mouvement culturel temporaire. c'est un mode d'expression à part entière, dont le succès est en partie dû au fait qu'il a su depuis longtemps se rendre indépendant de l'époque et (dans une moindre mesure) des différences culturelles.Et les facilités scénaristiques dont tu parles sont une des principales raisons qui m'ont fait arrêter la lecture des comics au milieu des années 80.
    • Sicyons
      Là-dessus on se rejoint.Même si la seconde moitié des années 70 a permis de voir des arcs narratifs magnifiques. Je m'en souviens en particulier dans les X-Men par exemple. Arcade, Proteus, futur antérieur ont été de très grands moments. Et les personnages y étaient encore très bien développés. L'adaptation de Futur Antérieur au cinéma est bien la preuve de l'aseptisation des comics, et cela indépendamment du MCU.
    • Sicyons
      Encore une fois relis-moi : je n'ai pas parlé du MCU mais des comics au cinéma. Ce qui est valable pour les Avengers l'est aussi (dans une moindre mesure peut-être) pour les X-Men par exemple (qui eux se sont inspirés des arcs narratifs de Futur Antérieur dans les années 70), ou même les personnages de la Ligue Des Justiciers.On est d'accord sur le fait que c'est sans doute le MCU qui a initié le mouvement de nivellement global par le bas. Mais pour moi le MCU n'a juste rien à voir avec ce que je lisais dans les années 70. Si la forme peut en partie s'en approcher, il ne reste pas grand chose du fond. et le MCU n'est pas responsable de tout. X-Men 3 et X-Men First Class ont déjà commencé à tirer vers le bas un série qui avait pourtant bien démarré. Et même celle-ci avait fait des choix contestables (Diablo ou Colossus ont été totalement délaissés au profit d'autres persos sans intérêt par exemple), mais qui encore pouvaient être acceptables. Maintenant on a plus qu'une seule recette, celle des équipes de super-héros, où les personnages s'effacent totalement devant les scènes d'actions hyper-démonstratives et finalement sans intérêt.Donc oui, perversion il y a. Chez DC autant que chez Marvel. Là où je n'ai par contre pas été assez clair, c'est en omettant de préciser que ce n'était pour l'instant qu'au cinéma, bien sûr. Je ne lis plus de comics depuis longtemps, mais j'ai peur que ce raz-de marée cinématographique ne finisse par pervertir également le matériau original (s'il ne l'a pas déjà été, encore une fois je ne le sais pas).D'ailleurs ça mérite je pense d'être souligné, le succès des films de Shyamalan repose sans doute sur le fait qu'il est un des très rares à proposer une vision plus honnête, passionnée et créative des comics. Même si à mon avis c'est peut-être moins vrai pour Glass, finalement assez décevant.
    • Julien P
      Tu fais bien de rappeler l'existence des hipsters des années 40-50, ceci dit, c'est vrai qu'ils ont disparu assez vite pour laisser place à l'ère dominante d'un authentique mouvement dans les années 60-70.Et c'est également vrai que pour les hippies, il y a un vrai moment de disparition du mouvement, de mort, si l'on veut, avant que des hipsters modernes ne viennent faire de la récupération iconographique.Je suis globalement d'accord avec toi sur la différence entre la perversion d'un mouvement existant et la disparition puis la récupération ultérieure d'un mouvement. Ce que je dis, c'est que l'un ne vaut pas mieux que l'autre, et surtout que les deux sont des exemples du destin presque systématiquement d'une sous-culture. Comme son principe actif originel est généralement radical et de contestation d'une culture dominante, les tenants de la culture dominante finiront toujours par trouver un moyen de se la réapproprier, de la priver de son pouvoir de contestation en la marchandisant. Ils ne sont pas toujours responsables de la mort d'une sous-culture en premier lieu, mais ils finissent toujours par tenter de la réexploiter à un moment donné, généralement en troquant la puissance idéelle par l'attrait iconographique, l'iconisation à outrance, et en s'appuyant donc sur un degré de conscience du grand public qu'ils sont en train de s'approprier une sous-culture (ce qui rapproche la situation des comics de celle de récupérations comme celles qui ont frappé les cultures punk et hippie), en jouant sur les deux tableaux : flattant l'ego des consommateurs qui pensent que parce qu'ils sont conscients du processus de réappropriation, ils sont encore dans une démarche authentique, et jouant aussi sur leur ignorance profonde des idées qui fondent les sous-cultures en question pour leur faire acheter le produit.La sous-culture est au départ presque toujours placée du côté du public. C'est un mode de consommation ou un style de vie qui se veut alternatif, à celui proposé par les institutions qui incarnent le modèle dominant. Ce que font les institutions systématiquement, c'est s'emparer d'une sous-culture, donc d'une culture alternative ou de contestation (morte ou vivante), et de se la réapproprier pour avoir l'air d'être du côté du public, pour avoir l'air d'être du côté d'un style de vie alternatif, alors qu'elles sont en train de le vampiriser. Mais c'est une stratégie commerciale très efficace.
    • Julien P
      Je pense donc que parler de perversion en se cristallisant sur le MCU, c'est un peu facile là encore. Le MCU, en tant que fan de comics, n'incarne simplement qu'une version encore plus light de tout un versant de Marvel qui était déjà problématique et le moins intéressant sous sa forme comics, à savoir l'obsession du crossover, et les facilités d'écriture qui sont venus avec l'extension de l'univers de fiction de Marvel. L'intrigue du Gant de l'Infini qui est tout de même la fondation dramatique du MCU, date de 91, et bon autant esthétiquement, il y a sans doute de l'ambition, autant narrativement, ce n'est pas un arc intéressant et il est plutôt mal écrit en termes de construction et de caractérisation. Ca n'était pas intéressant dans les comics, et ça ne l'est pas non plus spécialement au ciné. Cet arc a influencé toute la prod de comics Marvel dans les années 90; tout un tas de Thanos bis pas plus intéressants que lui ont été créés, tout un tas d'arcs cosmiques récupérés des années 70 et amplifiés.C'est simplement que ce qui a toujours été très rentable en comics est logiquement devenu ce qui est rentable au cinéma. Pourtant, on le sait tous que les meilleurs films Marvel sont arrivés avant la domination sans partage du MCU, que ce sont les sagas autonomes, comme Spider-Man de Raimi ou les premiers X-Men de Singer, ou même des trucs plus niche comme Blade d'où on a vu accouché les meilleures oeuvres. Et franchement, même le Daredevil avec Affleck est certes kitsch par moments, mais a plus de sincérité émotionnelle et de moments visuellement frappants que les trois quarts des films du MCU (la version longue n'est pas si mal). Idem pour le Hulk d'Ang Lee, très sous-estimé. Mais le MCU a suscité ce succès monstre parce qu'il s'appuie sur le crossover, l'interconnection des récits, qui est le type de récit favorisé par les fans, par excellence, celui le plus raccord avec le rapport moderne qu'on entretient à la pop culture, un rapport d'appartenance presque clanique. Le MCU finit ce que Marvel avait commencé dans les années 70, la première époque de pic de sa popularité, et continué vingt ans et quarante ans plus tard.
    • Sicyons
      Pour la sous-culture punk tu as en partie raison. J'idéalise sans doute un peu les choses. Même si encore une fois ce n'est qu'une appropriation mercantile des codes superficiels (vestimentaires surtout) du mouvement punk. Pour les hipsters je maintiens que ça n'a rien à voir. Ils ne font que s'inspirer très vaguement des codes des hippies, des décennies après que ceux-ci aient disparu. Ce n'est pas une perversion du mouvement initial mais la création d'un nouveau mouvement qui essaie de cacher sa superficialité et sa vacuité au travers de vagues ressemblances avec un mouvement depuis longtemps oublié. A ne pas confondre d'ailleurs avec les véritables hipsters des années 40 / 50. Entre les deux, là par contre on peut peut-être parler de récupération et de perversion d'un mouvement culturel.Difficile de rapprocher ça de ce qui se passe pour les comics, une sous-culture plus vivante que jamais, et qui a même gagné en popularité ce qu'elle a perdu en profondeur au travers de sa sur-commercialisation, qui plus est initiée par ses fondateurs eux-mêmes. D'ailleurs le sujet n'est pas le même. Loin de n'être qu'un mouvement culturel ponctuel, le Comic est devenu une forme d'expression artistique reconnue à part entière, dérivée de la BD tout comme peut l'être le Manga (qui s'en est inspiré d'ailleurs je crois). Spécificité qu'elle est justement en train d'abandonner en partie par son passage au cinéma, ce que je déplore. Ce qui n'enlève rien aux véritables comics eux-même.Et l'évolution du genre, en bien comme en mal, est très loin d'être terminée, j'en suis certain. Ça n'est donc véritablement pas comparable aux mouvements punk ou hippie disparus à défaut d'avoir su s'adapter à une société qu'ils rejetaient en grande partie.
    • Julien P
      Et enfin, Marvel n'a pas attendu le MCU pour sombrer dans le gigantisme médiocre et malavisé et les crossovers créés sans réflexion pour susciter du buzz. Les créateurs originaux comme Lee, Kirby, Ditko et d'autres, cloisonnaient davantage leurs héros et même quand ils les rassemblaient (ce sont eux qui ont créé Avengers) essayaient le faire d'une façon intéressante et dynamique qui joue sur les différences idéologiques des uns et des autres. Mais quand l'écriture de ces héros est passée à d'autres dans les années 70, comme Jim Starlin on a très vite basculé vers les travers qu'on connaît aujourd'hui : des personnages qui ne peuvent plus mourir, une expansion des mondes et des univers qui vient se placer en travers de toute dramaturgie grâce à des postulats SF utilisés comme des pirouettes pour garder des personnages en vie au besoin. Il y a eu deux moments de retour à quelque chose de plus signifiant : les années 80 , où l'avènement d'arcs limités a permis à des auteurs de BD avec une vraie identité de s'exprimer comme Frank Miller avec Daredevil ou Chris Claremont et Jim Byrne avec les X-Men, et le début des années 2000 où il y a eu une sorte de remise en question de la boite sur ses héros et leur côté occidentalo-centré (le personnage de Miles Morales, le nouveau Spider-man Afro-hispano-américain, est né dans ce contexte). Mais presque toujours, dans les 70, 90, et dans la deuxième partie des années 2000 jusqu'à maintenant, Marvel a toujours fini par céder de façon superficielle et mercantile aux possibilités de son univers. Ce qui fait mal, c'est que le MCU tend à donner l'idée que Marvel c'est davantage les années 70, ou 2010, les crossovers sans queue ni tête, les histoires qui ne peuvent pas avoir de sens sans une menace extraterrestre abstraite, que les histoires des années 60, ou 80, les aventures spectaculaires mais très humaines d'un Spider-Man ou même sur un mode plus mystique et isolé d'un Daredevil.
    • Julien P
      Tu as raison de rappeler que pour les comics, ce sont les auteurs de cette sous-culture qui l'ont vendue aux marchands, c'est une distinction importante et qui fait des comics une sorte d'exception à ce niveau.En revanche, ça ne remet pas en question le fait que les adaptations de comics Marvel, notamment celles du MCU sont tout autant à leur échelle, des tentatives maladroites d'exploitation tardive de codes esthétiques et narratifs. Le processus qui y a mené n'est pas le même que celui d'une appropriation culturelle comme dans l'exemple des Doc Martens que je citais par rapport au mouvement punk, mais la conséquence en est la même, à savoir l'édulcoration d'un contenu radical dans le but d'une consommation de masse.Quand je parle de romantisme de ta part, je dis simplement que ce n'est pas parce que les phénomènes d'exploitation de sous-cultures sont différents dans leur déploiement que l'un vaut mieux que l'autre, et que c'est trop facile, sous prétexte que les auteurs chez Marvel avaient soi-disant vaguement plus de pouvoir sur leur propriété intellectuelle, et qu'en fait les responsables sont peut-être du coup plus visibles, de venir le condamner davantage que des phénomènes plus classiques d'appropriation culturelle tardive. Pour moi les deux sont logés à la même enseigne, en termes d'appauvrissement intellectuel d'une idée au départ forte. Tu as cette même idée qu'un produit tardif va être présenté au public et claironner qu'il incarne une sous-culture alors qu'il en incarne la perversion. C'est la rhétorique de ceux qui vendent aujourd'hui des Doc Martens à des bobos en leur disant qu'être à la mode et contestataire c'est la même chose; c'est la rhétorique des producteurs comme Kevin Feige qui mettent toujours 'les fans' en avant dans leur communication. Les deux font le même usage pervers de la nostalgie, d'ailleurs.PS : la culture punk n'avait pas disparu quand elle a commencé à être réappropriée par des stratégies commerciales; ça a commencé dés le début des années 80 quand elle était encore très puissante. Ce sont ces stratégies qui l'ont fait basculer de phénomène urbain extérieur à un phénomène étudiant nettement plus ciblé, via sa dilution dans d'autres sous-cultures plus romantiques idéalisant la marginalité (emo, goth, metal), qui l'ont arraché aux marginaux_ vieux ou jeunes_ des rues de l'Europe, pour la placer entre les mains aux étudiants des campus et des universités du monde entier.D'où également mon reproche de romantisme de ta part.
    • Sicyons
      Relis-moi. Je n'ai pas parlé de réappropriation mais de disparition. Il y a bien longtemps que la sous-culture punk a disparu. Ce que tu prends en exemple ne sont que des tentatives maladroites d'exploitation tardive de ses codes à des fins mercantiles. Mais le mouvement punk était déjà mort depuis longtemps. Et il en va de même pour les hipsters, qui n'ont rien à voir avec les hippies mais tentent des décennies après la disparition du mouvement initial de se donner une légitimité en en adoptant la forme (en partie) à défaut du fond.Personne aujourd'hui ne se réclame ouvertement de ces mouvements car ils n'existent plus depuis longtemps. Pour les comics c'est très différent : ce sont les auteurs même de cette sous culture (Marvel & DC) qui l'ont vendue aux marchands.Bref tu te trompes de débat : tu confonds une réappropriation tardive d'un vieux mouvement disparu et la dénaturation de celui-ci de son vivant. Vraiment rien à voir.
    • Sicyons
      Je ne pense pas. Il est légitime de déplorer le passage d'une sous-culture riche, créative et jouissant d'une certaine liberté de ton à une exploitation purement mercantile basée sur le consumérisme effréné. On est bien davantage dans le constat amer que le romantisme, là. Même si je t'accorde qu'il y a une forme d'utopisme dans le fait d'espérer le contraire à notre époque.
    • Julien P
      Bref, je pense que tu es un peu dans le romantisme ici, et que c'est un écueil à éviter. Je dis ça sans aucun mépris ou hauteur, en quoi que ce soit, attention, mais je pense que c'est un piège dans lequel il est facile de tomber quand on veut se rassurer sur des artéfacts culturels.
    • Julien P
      Les mouvements punk et hippie n'ont pas été dénaturés ? x) tu peux nous la refaire celle-là ? La culture punk y a très longtemps qu'elle a été réappropriée par des stratégies commerciales ou des phénomènes de mode bobos chic. A part peut-être en Allemagne, il n'y a pas un seul endroit dans le monde où la culture punk n'ait pas été d'une façon ou d'une autre arrachée à ses racines de contestation culturelle pour être refaçonnée de façon plus digestible par des commerciaux pour faire vendre des fringues ou des items mainstream du même genre (les Doc Martens achetés par tous les bobos branchés d'Occident aujourd'hui etc etc)La culture hippie il peut y avoir un peu plus débat, au sens où l'influence de cette contre-culture sur la culture de masse et la consommation modernes, particulièrement en Occident, est plus diluée, mais l'archétype du hipster est un exemple typique de distorsion de la contre-culture hippie, une sorte de réappropriation mercantile de la contestation sociale par le biais du style vestimentaire et du look plus général qui y était rattaché, passé de moment contre-culturel à style de vie mainstream (des tas de gens ont adopté la barbe hippie classique, le style vestimentaire coloré, etc etc)Je pense que tu idéalises un peu le destin de ces deux contre-cultures mon cher x) Elles ont connu leur réappropriation grand public consensuel. Ne pas le voir c'est finalement tomber dans un piège qui n'est pas moins dangereux que celui dans lequel tombent ceux qui achètent des produits mainstream inspirés de phénomènes contre-culturels.
    • Blasi B
      ah bah je suis conscient de pas avoir les même gouts que tout le monde :) mais personnellement ce film pour moi, c'est du classique marvel, union de l'humour et de l'action au service d'une histoire plutôt cool et d'une réinvention du personnage :) tout ce que j'aime quoi :) (ça et une alliance de héros , hulk thor, je me suis régalé :) )
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