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    Les Hirondelles de Kaboul : un film d'animation poétique sur l'intégrisme religieux [INTERVIEW]
    Par Emilie Schneider - Propos recueillis à Cannes le 16 mai 2019 — 8 janv. 2020 à 05:30

    Présenté à Un Certain Regard au 72e Festival de Cannes et couronné du Valois de Diamant (qui récompense le meilleur film) au dernier Festival d'Angoulême, "Les Hirondelles de Kaboul" sort en DVD ce mercredi. Rencontre avec ses deux réalisatrices.

    Memento Films Distribution

    AlloCiné : Comment est né Les Hirondelles de Kaboul ?

    Eléa Gobbé-Mévellec : Le projet a été initié par Julien Monestiez, qui dirige Mysteo Production. Il s'est emparé du scénario et a souhaité le faire en animation. Il s'est adressé à la société des Armateurs qui ont choisi Zabou Breitman pour qu'elle réalise le film. En parallèle, il y a eu un appel d'offres auquel j'ai contribué en proposant un choix graphique et artistique pour accompagner Zabou. De fil en aiguille, elle s'est retrouvée dans la vision que j'offrais et on a commencé à travailler ensemble. La fabrication elle-même a duré entre 2 ans et demi et 3 ans mais le projet, lui, a sept ans. Pendant tout ce temps, il y a eu la rencontre avec Zabou, les recherches et un échantillon du film, le pilote, qui a été fait en 2014. 

    Il s'agit de votre 1er long métrage en tant que réalisatrice Eléa. Vous avez notamment été animatrice sur Le Chat du rabbin

    Eléa Gobbé-Mévellec : Oui, j'ai travaillé sur plusieurs longs métrages et j'avais déjà l'ambition d'en réaliser un quand j'étais à l'école des Gobelins où j'avais signé des courts. Ensuite j'ai intégré la chaîne de l'animation sur des longs. J'avais envie de réaliser mais je n'en avais pas les moyens. Les Hirondelles est arrivé alors que j'essayais de développer un projet personnel. Le fait de co-réaliser me plaisait car j'allais pouvoir me lancer avec Zabou qui comblerait mon absence d'expérience.

    Et vous Zabou, pourquoi vous lancer maintenant dans l'animation ?

    Zabou Breitman : Parce qu'on me l'a proposé ! Si on me fait une proposition et que ça me branche, je me lance. Tout m'a plu. Faire de l'animation déjà : j'avais plein d'idées parce qu'il y avait des choses qui ne me plaisaient pas dans l'animation, parfois je trouvais que ça ne jouait pas forcément très bien... Je me suis dit que j'allais faire comme j'aime. Ensuite le sujet bien sûr m'a plu. J'ai réécrit le scénario pour mieux l'adapter. Il était destiné à l'origine à un film en prises de vue réelles. C'est le temps qui a permis de faire tout ça. Le projet remonte à 2012 ! Je voulais d'abord travailler avec les comédiens et choisir un graphisme.

    AlloCiné

    Commet vous êtes-vous réparties les tâches ? 

    Zabou Breitman : J'ai beaucoup travaillé sur la dramaturgie et le montage. Mais aussi sur les images parce qu'au final, quand j'écris, il y a des images. Le cahier des charges était lourd pour Eléa : il fallait que les personnages soient les acteurs dans les gestes. Je la reprenais et elle a accepté de retravailler de cette façon. Ensuite au montage, j'ai collaboré avec Françoise Bernard qui a été extraordinaire. On m'avait dit "on ne peut rien faire au montage, il n'y a pas de rushes, ...". Alors qu'on peut allonger une scène, utiliser les décors, ...

    Eléa Gobbé-Mévellec : Certaines choses ont été circonscrites à chacune de manière distincte mais globalement les choses se sont faites naturellement. Le scénario, elle l'a réécrit de son côté à partir du scénario original. Elle a également pris en charge la direction d'acteurs, qui est quelque chose que je ne connais pas. Le dessin, la partie technique étaient plus dans mes cordes même si elle avait une vision du dessin qui était très appréciable. On se faisait confiance mutuellement. C'était un travail fluide et complémentaire.

    Zabou Breitman : Ce qui m'a aussi beaucoup plu chez Eléa, c'est qu'elle est musicienne, comme moi. Ça compte car sur le son comme sur la musique, on travaillait totalement ensemble. Je ne crois pas que j'aurais pu faire ce film avec quelqu'un de trop expérimenté. Eléa a le talent mais était d'accord pour revoir son jugement quand il le fallait. À 26, 27 ans, on peut faire ça. C'est plus compliqué quand on a 40 piges. Ce qu'elle a fait est fabuleux. Elle est extrêmement intelligente et cultivée.

    Pourquoi avoir choisi une animation qui rappelle l'aquarelle ?

    Zabou Breitman : Autant je voulais de l'hyperréalisme dans le jeu, autant pour le graphisme, je ne savais pas trop. Je savais ce que je ne voulais pas : de la caricature, du Disney. Mais je ne voulais pas d'une image trop dure et en regardant les différents dossiers des graphistes, on en a gardé deux, ceux de deux femmes, dont Eléa. C'était à mes yeux le plus intéressant.

    Memento film distribution

    Comment s'est déroulé le processus d'animation ?

    Eléa Gobbé-Mévellec : On a la chance d'avoir des techniques numériques incroyables qui nous permettent de retranscrire des graphismes très plastiques qui sont de l'ordre de la technique traditionnelle. Aujourd'hui c'est compliqué de faire un long métrage d'animation avec du papier. Mais on a essayé de conserver tout cet aspect graphique de manière numérique. On a travaillé de manière traditionnelle par contre car les outils de l'ordinateur sont quand même limités : chaque dessinateur s'est attelé à faire dessin après dessin les mouvements à raison de 2 secondes d'animation/jour. C'était très fastidieux.

    Aviez-vous des références en tête ? 

    Eléa Gobbé-Mévellec : J'avais un bagage technique et une expérience dans le cinéma d'animation qui m'ont influencée dans mon graphisme. Ainsi que la documentation que j'ai trouvée sur Kaboul. C'est un mélange de tout ça mais je n'avais pas de référence directement en tête. Kaboul est une ville qui porte beaucoup de choses en elle, la lumière, les contrastes qu'elle génère, les couleurs saturées, ...

    Les comédiens ne se sont pas contentés de doubler le film. Vous avez travaillé de manière particulière avec eux.

    Zabou Breitman : Oui, ils n'étaient pas juste installés à la barre à lire leur texte. Ils ont tout joué en étant en costumes. Il y a des choses qu'ils ont joué qui n'étaient pas prévues, des approximations, des improvisations, ... Même quand ils toussaient, on n'a pas coupé mais on s'en est servi pour animer. Le casting a été une évidence. Il ne fallait pas faire n'importe quoi : Simon Abkarian a un accent et il connaît les ablutions, Hiam Abbass sait lire le Coran... 

    Eléa Gobbé-Mévellec : On a d'abord casté les acteurs car les personnages devaient leur ressembler. Il y a eu ensuite un gros travail de stylisation. Il ne fallait pas que ce soit trop réaliste ni trop caricatural. Le juste milieu demandait un vrai travail de recherche.

    La bande-annonce des Hirondelles de Kaboul : 

     

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    Commentaires
    • Plaza13
      QUE du cinéma ;)
    • Casimir27
      Ca change d'entendre parler des Afghans en dehors de la rubrique crimes et faits divers... Mais bon là, c'est du cinéma.
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