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    The Handmaid's Tale saison 3 : "La culture du viol n'a jamais été aussi présente"
    Par Léa Bodin, propos recueillis à New York le 4 juin 2019 — 22 juin 2019 à 14:00

    L'équipe de "The Handmaid's Tale", rencontrée à New York à l'occasion du lancement de la saison 3 il y a quelques semaines, est unanime : à l'ère de Donald Trump, la série est de plus en plus proche de la réalité.

    Sophie Giraud/Hulu

    Alors que des projets de loi ont été déposés dans plusieurs Etats des Etats-Unis pour durcir les législations contre l'avortement et que Donald Trump veut débloquer plus de cinq milliards de dollars pour poursuivre la construction d'un mur entre les Etats-Unis et le Mexique, l'équipe de The Handmaid's Tale, rencontrée à l'occasion du lancement de la saison 3 il y a quelques semaines, est unanime : la série est de plus en plus proche de la réalité. 

    « Notre show est censé être une exagération, mais il devient un peu trop proche de la réalité lorsqu'on vit dans un pays où à certains endroits, on est puni plus durement si un raciste vous viole et vous met enceinte et que vous avortez, que quand vous violez quelqu'un », se désole Bradley Whitford, qui interprète le Commander Lawrence depuis la saison 2. « On vit à un moment où la culture du viol n'a jamais été aussi présente, insiste-t-il. Je pense que la misogynie en est à l'origine et ce n'est pas simplement un bug, non, c'est le système. C'est une période très étrange. Ce n'est même plus controversé de dire que le leader du monde libre est un raciste et un misogyne. J'aimerais qu'on puisse se rassurer en se disant que c'est une aberration, mais ça arrive partout dans le monde. Qu'est-ce qui crée les conditions pour que ces voyous, partout dans le monde, utilisent le régime de la peur pour gagner du pouvoir. Il va falloir arrêter ça très vite, car on est en train de revenir à l'époque de Cro-Magnon. »

    Ce n'est même plus controversé de dire que le leader du monde libre est un raciste et un misogyne.

    Pour Madeline Brewer, qui prête ses traits à Janine, le constat est terrible également : « Il y a des gens dans le monde qui vivent presque dans les mêmes conditions que les gens à Gilead, sans les costumes. » Et c'est de pire en pire, ainsi que le confirme le créateur de la série dystopique, Bruce Miller : « Nous avons commencé à écrire cette saison il y a un an et demi. Nous ne pensions pas tomber aussi juste. Ce n'est pas un objectif, de suivre ce qui se passe aux Etats-Unis, je pense que je peux parler pour tout le monde en disant qu'on aimerait tous que la série soit à côté de la plaque. Et je parle autant de ce qui se passe avec les réfugiés que de la question de l'avortement. »

    Chacun des comédiens déplore le fait de pouvoir si facilement puiser dans le réel pour nourrir son personnage. C'est le cas de Samira Wiley : « Même si la situation de Moira est très différente, car elle est la bienvenue au Canada. Savoir qu'il y a tellement de situations de déracinement desquelles je peux m'inspirer, ça me brise le cœur », commente-t-elle. L'un des producteurs du show, Warren Littlefield, insiste quant à lui sur le fait que même si le récit original était déjà très plausible, les choses ne vont pas en s'arrangeant. Bien au contraire. « A l'époque où Margaret Atwood a écrit La Servante écarlate, elle s'est inspiré d'événements réels qui avaient pu se produire au cours de l'Histoire, et ça semblait très pertinent, rappelle-t-il. Aujourd'hui, ça semble plus pertinent et plus réaliste que jamais. Malheureusement, on vit dans un mode où chaque jour est un nouveau combat pour les droits humains et les droits des femmes. »

    On vit dans un mode où chaque jour est un nouveau combat pour les droits humains et les droits des femmes.

    « Quand on s'est réveillés, au milieu de la saison 1, se souvient-il, dans un monde dans lequel Trump était président, on a senti une responsabilité encore plus grande. Et ça nous a donné comme l'impression qu'on faisait un peu partie de la résistance. » La veille de notre rencontre avec l'équipe, une partie du casting s'est rendus aux Nations Unies, où travaille la cousine de Bruce Miller : « Nous étions aux Nations Unies hier et nous avons rencontré des gens qui travaillent avec les réfugiés et des gens qui s'occupent des droits des femmes. On crée de la fiction, bien sûr, mais on a vraiment envie de donner le meilleur de nous-mêmes », souligne Amanda Brugel, qui incarne Rita, la Martha qui travaille au service des Waterford, depuis la saison 1. 

    La manière dont les femmes s'unissent dans la série est très inspirante pour les spectatrices et les spectateurs.

    Cette saison plus encore que dans les précédentes, les femmes des différentes castes définies par Gilead commencent à s'unir. Un message positif que Samira Wiley souhaite voir trouver une résonnance au-delà de la série. « Pour une raison que j'ignore, on cherche toujours les différences entre les gens. On oublie parfois qu'on est tous bien plus semblables que différents. On devrait pouvoir utiliser nos forces de manière collective contre l'oppresseur, qui lui cherche à nous diviser. » Sa partenaire Elisabeth Moss espère de son côté que la série aura un véritable impact et que « les gens ne se contenteront pas d'en parler et qu'ils vont utiliser ce sentiment de peur provoqué par la série et l'impression terrifiante que c'est finalement très pertinent pour passer à l'action. » Tout n'est donc pas perdu et Amanda Brugel pense que « la manière dont les femmes s'unissent dans la série est très inspirante pour les spectatrices et les spectateurs ».

    En ce qui concerne la situation aux Etats-Unis, reste à voir comment les choses évolueront dans les prochains mois, mais Warren Littlefield pense que les menaces de boycott des studios et du monde de l'audiovisuel devraient porter leurs fruits : « Si la Georgie, le Missouri, l'Alabama, ou même l'Ohio devaient vraiment faire passer ces lois, je ne travaillerais certainement plus dans ces Etats. Un seul épisode de série injecte des millions de dollars dans l'économie locale. Si le studios commencent à se retirer, on parlera de milliards et je pense que ces Etats vont sentir la pression. Je l'espère. »

    Le teaser de l'épisode 5, diffusé mercredi 26 juin sur Hulu et disponible sur OCS en US +24 :

    The Handmaid’s Tale : la servante écarlate - saison 3 - épisode 5 Teaser VO

     

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    Commentaires
    • Julien P
      Bon, je te laisse tes propos sur le féminisme appuyé et les répliques mal écrites, ou sur les quotas, ça c'est ton point de vue, ou en tout cas, j'aimerais bien des exemples concrets qui illustrent ce que tu dis, si c'est si frappant que ça, je maintiens que ça concerne la communication autour des séries à 70%, 80% et ce que les gens disent en interview parce qu'on leur en parle à chaque fois, et peut-être à 30% (je suis gentil) les séries elles-même. A part The Handmaid's Tale et The Good Wife, personne dans les chaînes majeures ne produit de séries en les vendant comme des oeuvres engagées anti-Trump.Si c'est le progressisme qui est souvent visible dans les séries modernes en termes de représentation de ce qu'on a appelé des minorités ethniques ou sexuelles qui te dérange, ça date de bien avant Trump, c'est le cas depuis la fin des années 2000 au moins. Le progressisme n'a pas attendu Trump pour exister, figure-toi. Les auteurs progressistes n'ont pas attendu Trump pour se demander si ce ne serait pas intéressant d'explorer autre chose dans la fiction que le point de vue d'un mec blanc. Qu'il exacerbe la mise en valeur de ce progressisme chez les auteurs qui s'en revendiquent, en termes de communication, de marketing, évidemment, mais le phénomène date d'au moins une dizaine d'années avant l'élection. Ne confonds pas tout.
    • Meric D
      Bien entendu, je parle pas que de cette série mais du climat actuel au niveau des séries et des blockbusters gros budget. Cela étant dit j'ai vu la saison 1 et dire que les Etats unis se rapproche de cette vision juste parce que le débat sur l'avortement continu me paraît légèrement exagéré.
    • Meric D
      Ha bon? Presque tout les blockbusters actuels font du féminisme appuyé que ce soit par des répliques souvent mal écrites ou par des scènes souvent mal amenés et ridicules et tout ça en réaction à la misogynie de Trump. Et je ne parle pas des quotas qu'il concerne les afro-américain ou bien les personnes LGBT. C'est clair il n'existe plus une seul série où tu peut t'autoriser à mettre que des personnages blancs et hétéro. La preuve avec la futur série witcher et j'attend de voir le casting de celle qui portera sur le seigneur des anneaux... Bref faut être aveugle pour ne pas voir que toute les productions actuels sont gangrenés par un cahier des charges qui fait réaction à l'élection de Trump.
    • Julien P
      Les trois quarts du temps c'est du marketing et ça ne concerne pas l'intention artistique concrète des oeuvres concernées... The Handmaid's Tale, que ce soit le roman ou le développement de la série, c'est antérieur à l'élection... Tu confonds un peu tout je trouve. A part The Good Wife, où tu as un point de vue libéral (gauche américaine) qui est déployé et où l'élection est directement intégrée au récit (ce qui n'est pas non plus la norme), y a très peu de séries qui portent la dessus de façon explicite ou pas. Les médias mainstream américains en font des tonnes sur les séries en question, dés que tu as un acteur/showrunner invité sur un plateau, Trump arrive toujours dans les questions, mais dans le processus de production, je vois très peu d'oeuvres qui rentrent dans ce que tu dis.
    • Jessica Tandy1
      Sauf que The Handmaid's Tale est à la base une dystopie écrite dans les années 80. Le problème est que la réalité rattrape la fiction. Comme dit dans l'article, les auteurs n'ont jamais voulu coller à la réalité et sont au final plutôt horrifiés de la pertinence de leur histoire (et dans le cas de The Handmaid's tale, on ne peut pas dire que ce n'est pas une bonne histoire). S'il y a du sous texte anti trump, ce n'est pas la faute des scénaristes mais plutôt celle de trump (et de ses alliés politique).
    • Meric D
      Ceci dit depuis l'élection de Trump c'est quand même très appuyé dans pratiquement tout les divertissements à gros budget. Et même en lisant cette article on ressens une sorte de psychose et d'angoisse permanente qui devient franchement lourde. Oui ils sont pas d'accord avec leur président, mais depuis qu'il a été élue c'est pas non plus la fin du monde. Je pense qu'on a compris le message à force et ce serait cool de pouvoir à nouveau regarder de bonnes histoires sans pour autant avoir des sous-texte anti-trump absolument partout.
    • andiran23
      C'est vrai qu'il n'y avait jamais de séries engagées avant 2016. C'est marrant, mais les pleurnicheries, je les vois dix fois plus du côté des gens comme toi, qui font ouin ouin les méchants SJWs politiquement corrects à tout bout de champ. Toujours dans le déni de la moindre discrimination.
    • The Toxic Avenger
      Ca va devenir pénible les séries us engagées de 2019-2020.Manquerait plus que le grand satan roux soit réélu, on en aurait alors jusqu'en 2024 de ces pleurnicheries.
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