Les Sauvages : saviez-vous que Rebecca Zlotowski avait travaillé pour Plus belle la vie ?
Brigitte Baronnet
Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, elle est journaliste pour AlloCiné depuis 15 ans.

Non, "Les Sauvages" n'est pas tout à fait la première expérience de série pour la scénariste et réalisatrice Rebecca Zlotowski ! Saviez-vous qu'elle avait auparavant travaillé pour Plus belle la vie? Nous en avons parlé avec elle.

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Alors que les épisodes 3 et 4 des Sauvages, la nouvelle création originale de Canal+, ont été diffusés hier soir sur la chaine cryptée, focus sur une anecdote méconnue du parcours de Rebecca Zlotowski, coscénariste et réalisatrice des Sauvages.

AlloCiné : Contrairement à ce qu'on pourrait penser, Les Sauvages n'est pas tout à fait votre première incursion dans le monde des séries. Vous aviez travaillé sur Plus belle la vie auparavant...

Rebecca Zlotowski : Oui, c’est vrai. Je n’ai travaillé que trois mois pour eux. Mais je m’en suis vanté car ça a été un moment passionnant pour moi, entre Belle Epine et Grand Central (ses deux premiers longs métrages, Ndlr.). C’est un moment où je devais vivre et le cinéma d’auteur ne me suffisait pas en tant que scénariste. Il fallait vraiment travailler quoi ! Ce métier me permettait de vivre du scénario. On le voit d’ailleurs avec la série que c’est l’âge d’or du scénariste, c’est le moment. Donc j’avais adoré travailler pour Plus belle la vie.

C’était la première expérience de collectivisation vraiment totale du process d’écriture, parce qu’il y a d’un côté les arches, d’un côté les dialogues. C’est ce qui explique aussi que ce soit le premier programme de fiction français. Il n’est pas méga considéré car il y a un côté plus sitcom, feuilleton, que série, et les décisions sont prises tellement à plusieurs qu’on n'est pas du tout dans la même logique qu’une série ou une mini-série telle qu’on l’a faite avec Les Sauvages, c’est à dire un auteur, qui serait là et prévaudrait à toutes les décisions. Mais en même temps, le showrunner de Plus belle la vie, est quelqu’un de très important pour moi pour la télévision française, Olivier Szulzynger. Il y a une responsabilité politique très forte quand on a une audience si forte à savoir ce qu’on va raconter au quotidien aux Français. Sachant que la série, c’est  une journée dans la vie des Français. 

Donc j’avais déjà un peu travaillé pour la télévision, mais c’était le jour et la nuit. Ici avec Les Sauvages, j’ai eu l’impression de poursuivre mon travail de cinéaste, et à Plus belle la vie, j’étais dans un artisanat d’arches. C’était sans doute un plus politique à Plus belle la vie que dans Les Sauvages. Et juxtaposer une culture soit disant noble, c’est à dire celle à laquelle on m’aurait associée spontanément – la fille qui a fait Normale Sup, la Fémis, l’agreg’- et qui fait des notes de bas de page et qui s’exprime. Et en même temps, une espèce de sous-culture de téloche, et je trouve ça fascinant de mêler les deux, ce qu’une peut enseigner à l’autre, et tirer l’une de l’autre.  

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Il y a quelques points communs entre les deux séries, comme la multiplicité des personnages, le discours politique, la diversité...

C'est vrai que c'est important de le dire : Plus belle la vie, c'est quand même le premier programme de fiction français dans lequel une femme est morte d'un cancer en prime-time. Il y avait un personnage récurrent qui était homosexuel. Il y a eu un mariage homosexuel. Quand c'est fait de manière vertueuse, quand c'est fait par des gens pour qui c'est important de faire avancer, bouger les lignes… Il y a aussi un engagement écolo. C'est très important d'arriver à avoir pour des millions de spectateurs quotidiens une prise de conscience.

Je m'exprime également en tant que cofondatrice et porte-parole de mouvements comme 50/50 qui sont des courants de conscientisation politique, de rééquilibrage du pouvoir et de la répartition du pouvoir, sur tous les terrains, pas seulement le sexe, mais aussi la minorité ethnique, la diversité. En essayant de mettre un peu de lumière, d'entrouvrir un monde qui aurait tendance à se refermer... C'est vrai que la série est un outil passionnant pour ça. Parce que la télévision s'est rendue compte plus tôt que le cinéma qu'il y avait des spectateurs pour ça.

Notre urgence, nous cinéaste, c'est de faire en sorte de se réapproprier ces discours, ces représentations, les fracasser… Bref, de réinteresser des spectateurs qui ne se sentent plus représentés, sans que ce soit du cinéma de niche, sans que ce soit du cynisme. Sans que ce soit le film de lesbiennes pour les lesbiennes, le film de noir pour les noirs, le film de musulmans pour les musulmans… C'est inadmissible, ça va à l'encontre du projet de cinéma, du projet de mise en scène. La télé peut nous permettre de faire ça aujourd'hui, mais le cinéma aussi est en train de commencer à le faire.

Les Sauvages, création originale Canal+, en cours de diffusion

Propos recueillis par Brigitte Baronnet le 11 juillet 2019 à Paris 

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