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    Skam France : on débriefe la saison 6 avec le réalisateur David Hourrègue
    9 mai 2020 à 14:30
    Mégane Choquet
    Mégane Choquet
    -Journaliste
    Journaliste spécialisée dans l'offre ciné et séries sur les plateformes quel que soit le genre. Ce qui ne l'empêche pas de rester fidèle à la petite lucarne et au grand écran.

    Alors que la saison 6 de Skam France est en pleine diffusion, AlloCiné s'est entretenu avec son réalisateur David Hourrègue. L'occasion de revenir sur le succès de la série et les thématiques abordées dans la nouvelle saison centrée sur Lola.

    Thibault GRABHERR/ GTV

    Attention, spoilers. Il est conseillé d'avoir vu les trois premiers épisodes de la saison 6 de Skam France avant de poursuivre la lecture de cette interview.

    AlloCiné : La saison 6 de Skam France est arrivée dans un contexte très particulier. Comment avez-vous abordé cette diffusion ?

    David Hourrègue : J'avais préparé une petite vidéo où j'expliquais que la saison avait été écrite et tournée bien avant l'épidémie de Covid-19 et que, si elle reposait sur le temps réel, il fallait faire attention à ne pas reproduire ce que l'on voyait à l'écran. On aime tellement cette saison donc il nous était impensable de la mettre à dispo en binge-watching. On a tellement senti les gens en demande de pouvoir converser, débattre et se projeter qu'on a décidé de continuer la diffusion classique. Mais la question s'est posée parce que cette saison 6 est très sombre et très âpre même si elle est pleine de belles émotions aussi. On s'est demandé comment on allait l'accompagner mais on a décidé de faire comme d'habitude et on reste très présent sur les réseaux.

    Comment est venue l'idée du personnage de Lola ? Est-ce que d'autres personnages étaient considérés au début pour être le personnage central de la saison 6 ?

    A la base, on avait plusieurs idées. On voulait parler d'Arthur, de Daphné, d'Alexia, d'Elliot. Après, on s'est adapté en fonction de ce qu'on nous a laissé faire. On considérait que de ne pas parler de Daphné était quasiment impossible dans le sens où elle est un des personnages centraux de toutes les saisons et son arche narrative devait être bouclée. Quand on se projetait à l'époque, j'avais très vite émis l'envie qu'elle ait une petite soeur et la mort de la maman était là dès les prémisses du scénario. Après avoir essuyé un refus pour une saison sur Daphné, l'idée de la petite soeur nous est vite revenue avec Niels [Rahou, scénariste de Skam, ndlr]. On a reçu des centaines de courrier de "Lola" après les projections, de ce rapport à l'auto-destruction dans un climat de non-écoute parentale, de cette impression de solitude, de manque d'oreille bienveillante.

    Flavie Delangle est vraiment bluffante dans son interprétation de Lola. Etait-ce une évidence lors du casting ?

    Non, mais pour moi, oui. Quand Flavie est arrivée, elle n'était que lumière, l'inverse de ce qu'on cherchait. J'avais une méfiance, je ne voulais pas tomber dans la condescendance. J'essaie de ne pas avoir de méfiance parentale par rapport à mon sujet et là j'étais un peu obligé d'avoir ce rôle parce que Lola traverse des évènements que je ne souhaite à personne. Je voulais constamment avoir de l'empathie pour elle et quand j'ai vu Flavie, tout était là. Le fait qu'elle soit éloignée du personnage et qu'elle soit mature a été bénéfique. J'ai eu un regard paternel sur ce personnage et Flavie est renversante. Je suis très fier d'elle.

    Thibault GRABHERR/ GTV

    Cette saison centrée sur Lola est aussi l'occasion de mettre en avant Elliot (Maxence Danet-Fauvel), qui vivait un peu à travers sa relation avec Lucas (Axel Auriant).

    Oui, Lola et Elliot vont construire une relation magnifique dans cette saison. Dès l'épisode 1, Elliot reconnaît en elle cette faille. Ils ont une souffrance commune. Je trouvais ça très intéressant. Lola paraît plus enfant avec lui, elle a besoin qu'on la réconforte et qu'on passe du temps avec elle. Maxence a tellement aimé aborder ce rôle-là. Il a aussi aimé se détacher de l'existence de son personnage à travers Lucas. C'est vrai que Lucas/Elliot est un couple phare mais on avait le sentiment d'avoir encore beaucoup de choses à raconter sur Elliot et surtout de dire que bipolaire ou non, tu peux venir en aide aux gens.

    Quand on regarde les épisodes sur Lola, on ressent un peu les influences de SkinsEuphoria et même un peu Misifts. Quelles ont été les inspirations de cette sixième saison ?

    C'est marrant mais aucune des trois. J'avais regardé Euphoria évidemment et j'ai trouvé ça super. Mais il faut trouver un bon équilibre. Skam c'est différent. Après, Julie Andem ne cache pas qu'elle s'est inspirée de Skins à la base. Mais la bienveillance constante de Skam est devenue une marque de fabrique pour le programme quelle que soit la version. Pour la saison 6, qui est sans doute l'une de mes plus personnelles, je suis vraiment allé chercher au fond de moi, dans les moments les plus douloureux et sombres, le rapport à la violence physique, le conflit parental, etc. C'est à partir du moment où tu comprends le véritable visage du monde que tu peux en saisir toute la beauté. A partir du moment où on est dans les ténèbres, on a l'impression de marcher dans les pas des glorieux anciens ou des glorieux successeurs mais cette saison a sa nature propre, ne serait ce que par rapport à Lola même si je sais qu'elle rappelle Effy de Skins. Je me suis inspiré de tellement de choses, de Trainspotting mais aussi de Virginie Despentes.

    Thibault GRABHERR/ GTV

    On sent que depuis la saison 5, Skam s’est affranchie de la série originale. Vous avez senti une plus grande liberté créative ?

    C'est vrai qu'avec la saison 5, on gérait encore l'héritage. Parfois, on avait beaucoup de monde à l'écran et ce n'est pas toujours facile de contenter tout le monde. Sur la sixième saison, on a ce côté grisant et flippant de devoir gérer une conclusion satisfaisante pour la génération originale. J'avoue que j'ai senti une espèce de libération et je trouve cette saison 6 radicale, elle va marquer un tournant.

    Depuis deux saisons, les figures adultes et parentales sont plus présentes à l’écran. C’était important de les mettre un peu plus en avant ?

    Oui c’était important. Dans la saison 5, on ne pouvait pas traiter du handicap invisible et de la perte de l'ouïe sans parler des parents. Et dans cette saison, on ne peut pas parler du deuil sans évoquer le parent restant et on ne peut pas parler d'addiction chez les ados sans parler des parents. C'était important de parler du cocon familial qui peut autant te porter que te plomber.

    La toute fin de la saison 6, c'est vraiment la fin dont je rêvais pour Skam

    
Avez-vous abordé cette saison 6 comme étant la saison finale ou peut-on espérer des saisons 7 et 8 ? Comment était l’ambiance sur le tournage ?

    Les discussions existent, c’est un fait. Mais dans notre approche avec Niels, nous n’avons pas abordé cette saison comme une parmi tant d'autres. Objectivement, il y a une génération qui arrive au bout du lycée. C'est un cycle qui se termine. Je rappelais souvent l'importance de chaque scène, de chaque séquence parce qu'on arrivait à une fin. Il ne fallait vraiment pas se louper. Ça se ressent dans la saison, je pense. Il y avait des émotions réelles pendant le tournage parce que ça marquait la fin d'une époque et aussi parce qu'on dressait un portrait, celui de Lola, qui est différent des autres et plus dur encore. Moi j'ai la chance d'avoir vécu des super années au lycée et chaque moment, même difficile, était précieux. Et on a ressenti la même chose sur le tournage. Je doute de revivre une chose pareille dans ma carrière mais la toute fin de la saison 6, c'est vraiment la fin dont je rêvais pour Skam.

    Cette saison marque vraiment la fin d’une époque et symboliquement tout le monde était réuni puisque Marylin Lima (Manon) et Michel Biel (Charles) ont fait une apparition dans l’épisode 3 alors qu’ils sont absents depuis la fin de la saison 4.

    C'est vrai que ça a été compliqué avant la saison 5 parce que les auteurs ont dû la réécrire pour des problèmes de planning. Chaque personnage est porteur d'une saison puis revient en second plan donc ce n'est pas facile à gérer. Mais ça nous semblait très important d'avoir tout le monde à bord pour cette saison 6, même symboliquement. J'y tenais, on y tenait tous que ce soit les comédiens ou moi-même. C'est un peu ça l'esprit de Skam. On commence ensemble, on termine ensemble.

    (Re)découvrez notre interview live de Flavie Delangle sur notre compte Instagram en cliquant ici.

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