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    La chronique des Bridgerton : que vaut la première production Netflix de Shonda Rhimes entre Downton Abbey et Gossip Girl ?

    Pour sa toute première fiction produite pour Netflix, quasiment trois ans après avoir signé un contrat d'exclusivité avec la plateforme, la productrice Shonda Rhimes ("Grey's Anatomy", "Scandal", "Murder") revient à ses premières amours...

    De quoi ça parle ?

    À Londres, pendant la Régence, Daphne Bridgerton, fille aînée d'une puissante dynastie, est censée se trouver un mari, mais la concurrence est rude et ses envies sont ailleurs...

    Disponible sur Netflix. 4 épisodes vus sur 8. 

    La Chronique des Bridgerton
    La Chronique des Bridgerton
    Sortie : 2020-12-25 | 60 min
    Série : La Chronique des Bridgerton
    Avec Nicola Coughlan, Luke Newton, Sam Phillips (III)
    Presse
    3,8
    Spectateurs
    3,7
    Voir sur Netflix

    C'est avec qui ?

    Surtout portée par des comédiens britanniques peu connus, La Chronique des Bridgerton mise sur un couple star décalé formé par Phoebe Dynevor dans le rôle de Daphne, vue dans Younger et la série Snatch, et Rege-Jean Page dans celui de Simon Basset, déjà croisé chez Shonda Rhimes dans la série judiciaire For the People. Autour d'eux, on retrouve avec plaisir Jonathan Bailey, découvert dans Broadchurch et dans la première série de Phoebe Waller-Bridge, Crashing; et la voix-off de la mythique actrice Julie Andrews, dans le rôle de Lady Whistledown, que le monde entier connaît pour avoir incarné Mary Poppins et l'héroïne de La Mélodie du Bonheur

    ça vaut le coup d'oeil ?

    On dit qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture et il en va de même pour La Chronique des Bridgerton, justement adaptée d'une saga littéraire populaire, qui vaut mieux que ce que l'on pourrait s'imaginer d'elle au premier regard. Pour sa toute première série à destination de Netflix, avec qui elle avait signé un contrat d'exclusivité à 9 chiffres en 2018 -faisant d'elle au passage la femme la mieux payée de la télévision américaine- Shonda Rhimes opère ici comme un retour aux sources. Avant de créer ou produire des séries devenues cultes comme Grey's Anatomy et ses 16 ans d'âge, son spin-off Private Practice, ou encore Scandal et Murder, des succès qui ont participé chacun à leur manière à redéfinir la télévision américaine de network, elle avait démarré sa carrière en écrivant le scénario du film... Un mariage de princesse en 2004 !

    Bridgerton est au fond l'antithèse de cette comédie romantique tout ce qu'il y a de plus classique et balisée avec Anne Hathaway et déjà Julie Andrews, qui se déroulait dans un univers similaire mais plus contemporain, avec des enjeux pas si différents. Sauf que la Shonda Rhimes d'aujourd'hui n'est plus la débutante de l'époque qui exécutait ce que Disney attendait d'elle. Et si cette nouvelle proposition se déroule au 19e siècle, elle est dans le propos bien plus moderne que ne l'était le film ! La productrice n'a jamais caché sa passion pour la série britannique Downton Abbey et après un essai raté pour en faire sa propre variation avec Still Star-crossed pour ABC, un véritable ratage artistique et audimatique, elle retente ici sa chance mais avec des idées plus convaincantes et des moyens offerts par Netflix autrement plus conséquents. Rendons toutefois à César ce qui lui appartient : Shonda Rhimes n'a pas écrit Bridgerton, elle l'a "seulement" produite et a confié le bébé au scénariste Chris Van Dusen, avec qui elle avait déjà collaboré sur Grey's Anatomy et Scandal. 

    Les fans du Shondaland, qui auront remarqué que la créatrice se voit offert le luxe d'avoir le logo de sa société de production en début d'épisode, en lieu et place de l'habituel "Toudoum" de Netflix, ne devraient pas être totalement dépaysés par Bridgerton tant on y retrouve les marqueurs de son oeuvre. Résolument féministe et portée par une héroïne d'apparence fragile mais en réalité très forte et prête à en découdre avec le patriarcat et les traditions de son époque, elle prend un malin plaisir à déjouer les codes du genre de manière irrévérencieuse, mais pas complètement punk non plus. A travers la voix-off de Lady Whistledown, sorte de Gossip Girl âgée par qui le scandale arrive toujours, via les dialogues entre les personnages qui ne manquent jamais de piquant et de cynisme, ou la tension sexuelle constante qui aboutit parfois à des scènes de sexe moins corsetées que prévu, il y a là une forme de jubilation qui permet de suivre les épisodes un peu trop longs avec délectation. 

    Il y a de l'argent à l'écran, une débauche de moyens des décors aux costumes en passant par les perruques; la production a clairement mis les petits plats dans les grands pour rendre cette cour merveilleuse à regarder; les comédiens sont beaux et plutôt bons, bien qu'aucune prestation ne se distingue vraiment; mais la mise en scène, ni ambitieuse ni singulière, n'épouse pas du tout le propos et empêche Bridgerton de réellement sortir du lot, au contraire de The Great par exemple, proposée cette année par Hulu qui était beaucoup plus intéressante à tous les points de vue. C'est sans doute le prix à payer pour séduire un public le plus large possible sur Netflix, qui a certainement envie de voir en cette période de noël un programme léger et romantique à souhait qui ne peut pas se permettre de trop sortir du cadre.

    La chronique des Bridgerton ne correspond pas vraiment à ce que l'on pouvait attendre du partenariat de Shonda Rhimes avec Netflix qui devait en théorie lui permettre plus de liberté et plus d'audace encore, mais elle est une première étape, une mise en bouche, un bonbon acidulé qui lui ressemble, avant on l'espère des projets plus ambitieux et différenciants. Courant 2021, elle lancera sa première création depuis Scandal : Inventing Anna ou l'histoire incroyable mais vraie d'une femme qui a réussi à berner l'élite new yorkaise en se faisant passer pour une riche héritière allemande... 

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