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    Dix pour cent : Fanny Herrero réagit au malaise des scénaristes en France
    10 févr. 2021 à 12:38
    Julia Fernandez
    Julia Fernandez
    -Journaliste Séries TV
    Elevée à « La Trilogie du samedi », accro aux séries HBO, aux sitcoms et aux dramas britanniques, elle suit avec curiosité et enthousiasme l’évolution des séries françaises. Peu importe le genre et le format, tant que les fictions sortent des sentiers battus et aident la société à se raconter.

    Suite à la création du groupe "Paroles de scénaristes" sur Facebook, plus d'une centaine de témoignages dénoncent la précarité et l'invisibilisation de la profession en France. La créatrice de "Dix pour cent" milite pour faire entendre leurs droits.

    RACHID BELLAK / BESTIMAGE

    Après avoir quitté la direction d'écriture de la dernière saison de Dix pour cent en 2018, sa créatrice, Fanny Herrero, s'était confiée aux Inrocks en octobre dernier sur les raisons de son départ. Epuisement, besoin de passer à autre chose après près de dix ans consacrés à la création de la série phare de France 2 sur des agents de stars, mais aussi des conflits dans sa relation de travail avec Dominique Besnehard, ex-agent et coproducteur de Dix pour cent. Des conflits ayant entraîné une dégradation de ses conditions d'exercice. 

    "Comme je sentais une surcharge de travail, j'ai par exemple demandé l'embauche d'un second pour m'aider. On m'a signifié que si c'était le cas, son salaire serait prélevé sur le mien. Cette décision manquait de professionnalisme et était empreinte d'une naïveté et d'un fonctionnement à l'affect qui sont très français”, expliquait-elle. De façon plus générale, j'ai toujours dû lutter pour m'imposer comme la patronne de la série. Si j'ai mené cette bataille, ce n'est pas par mégalomanie mais parce que je pense qu'une bonne série contemporaine se bâtit autour de la vision d'une personne (...) J'ai dû me battre pendant trois saisons pour garder les clés du camion, pour faire en sorte que Dix pour cent ne soit pas un pudding où chacun met son grain de sel, mais au contraire une série subtile, cohérente et pleine de nuances.

    Se battre pour garder la main sur la cohésion artistique d'une série et garantir sa bonne fin, être rémunéré.e.s à sa juste valeur, mais aussi avoir la reconnaissance nécessaire de ses pairs sur un travail de l'ombre titanesque et un artisanat trop souvent négligé : autant de raisons qui ont poussé des scénaristes à créer le collectif "Paroles de scénaristes" sur InstagramFacebook et Twitter. En quelques semaines, des dizaines de témoignages se sont accumulés, dénonçant la précarité de la profession et le manque de considération pour leur travail. Un appel à la création d'états généraux du scénario a ensuite été formulé dans tribune adressée à la Ministre de la culture et relayée par Télérama début février. 

    Dans une nouvelle interview pour France Culture, Fanny Herrero affirme la nécessité d'une revalorisation du travail des scénaristes dans la fiction, en dénonçant le fait que les réalisateurs s'accaparent encore trop souvent la parternité d'un récit.

    Adoubés aux Etats-Unis, où le statut de showrunner prévaut dans la création d'une série et est extrêmement valorisé, les scénaristes français peinent encore à faire reconnaître l'importance de leur travail et à obtenir une rémunération conséquente. "Les producteurs là-bas disent “writing is gold”. Ça je ne l’ai jamais entendu [ici]. En France, on est entre 3 et 5 % du budget d’une série alloué à l’écriture. Aux États-Unis, c’est entre 10 et 15 %", souligne la créatrice.

    "L'argent montre aussi les rapports de force (...) Souvent, on oublie de nous accorder la paternité de notre travail, donc ça, c’est le rapport avec les réalisateurs ; on oublie de nous rémunérer quand notre travail a du succès, ça, c’est le rapport avec les producteurs. On fait en sorte qu’on ne prenne pas trop de place dans la fabrication de la série… A plein d’endroits comme ça, on commençait à se sentir à l’étroit. Et à un moment, ce métier-là est trop important aujourd’hui, il est en train de devenir majeur sur l’échiquier artistique, pour qu’on soit ignoré encore plus longtemps."

    Ecoutez le dernier épisode de notre podcast Spotlight dans lequel trois scénaristes français s'expriment sur leur métier :

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    Commentaires
    • Daflen 5.
      Vouloir qu’une profession soit reconnue à sa juste valeur est une bonne chose mais argumenter avec « oui mais aux États-Unis ils gagnent plus, aux États-Unis on est plus reconnus, aux EU ci, aux EU ça «  ben va bosser la bas. Les USA c’est les USA la France c’est la France , pas les mêmes pays , pas la même économie etc faut t’y faire ^^
    • Happy_Evil_Dude
      Adoubés aux Etats-UnisMouais, n'éxagérons rien. Aux États-Unis les scénaristes sont engagés, virés, remplacés, réécrits, réengagés, re-virés et re-remplacés à tour de bras.
    • JackFreeman
      C'est pareil avec tous les métiers artistiques ! Si on veut de la stabilité, on choisit une autre voie.
    • Jessica Tandy1
      Ceci explique sans doute cela... À voir beaucoup de fictions française sans scénario cohérent on comprend d'où vient le problème.
    • Jessica Tandy1
      Sérieux, vous râlez pour le rémunéré.e.s ? Je n'y avais même pas fait gaffe et j'ai dû faire un ctrl+f pour le trouver. Faudrait voir à faire soigner ses obsessions, non ?
    • Florens (GG)
      Je pense qu'il y a beaucoup de malaises dans le cinéma français.
    • adlertar
      Non mais sérieusement, vous pouvez pas nous épargner l'écriture inclusive dans vos articles ? Si vous écrivez même plus français...
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