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    La Fine fleur avec Catherine Frot : "Un film bucolique, assez fantaisiste, mais très profond sur l'être humain"
    30 juin 2021 à 10:00
    Vincent Formica
    Vincent Formica
    -Journaliste cinéma
    Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent Formica découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

    Catherine Frot nous entraîne dans le monde des roses dans La Fine fleur, mis en scène par Pierre Pinaud. Rencontre avec la comédienne, rôle principal de cette comédie horticole.

    Dans La Fine fleur, réalisé par Pierre PinaudCatherine Frot incarne Eve Vernet. Cette dernière a été la plus grande créatrice de roses. Aujourd'hui, elle est au bord de la faillite, sur le point d'être rachetée par un concurrent puissant.

    Véra, sa fidèle secrétaire, croit trouver une solution en engageant trois employés en insertion sans aucune compétence horticole... Alors que quasiment tout les sépare, ils se lancent ensemble dans une aventure des plus singulières pour sauver la petite exploitation.

    La Fine fleur
    La Fine fleur
    Sortie le 30 juin 2021 | 1h 34min
    De Pierre Pinaud
    Avec Catherine Frot, Melan Omerta, Fatsah Bouyahmed, Olivia Côte, Marie Petiot
    Presse
    3,3
    Spectateurs
    3,8
    Séances

    AlloCiné : Pouvez-vous présenter votre personnage et nous dire ce qui vous a séduit dans sa personnalité ? 

    Catherine Frot : Je joue le rôle d'une créatrice de roses qui s'appelle Ève Vernet. Fort tempérament, un certain panache, pas mal de mauvaise humeur parce que son exploitation de roses artisanale et familiale, est en train de péricliter.

    C'est sociétal, au sens où c'est les gros qui mangent les petits et que quand on est un artisan, c'est plus difficile dans certains domaines d'exister que les grandes entreprises commerciales. Mais il y a dans l'artisanat des qualités merveilleuses qui sont celles d'un travail extrêmement appliqué qui prend son temps. 

    Et donc, ce qui m'a plu, c'est cette valeur très généreuse et très porteuse d'espoir. La puissance d'un travail merveilleux. Et c'est aussi quelque chose sur la beauté puisqu'on est dans les roses et que c'est un sujet. C'est un film sur la beauté des roses et la beauté des relations humaines ; parce qu'il y a un chemin de relations humaines dans ce film qui m'ont semblé vraiment merveilleuses et rare. Mais c'est un film bucolique, assez fantaisiste, mais très profond sur l'être humain. 

    Ce qui m'a plu, c'est cette valeur très généreuse et très porteuse d'espoir. La puissance d'un travail merveilleux.

    Justement, par rapport à l'être humain, il y a une belle relation avec les trois personnages que vous prenez sous votre aile. Comment créer une complicité avec des acteurs qu'on ne connaît pas forcément ? 

    Ça s'est fait bien sûr avec Pierre Pinaud, le metteur en scène, qui est quelqu'un de fin. Il va chercher des perceptions qu'on n'attend pas forcément. On a bien bien travaillé avec ce groupe. En fait, il y a un côté choral dans le film, même si moi, je suis la créatrice de Rose, la patronne.

    J'ai affaire à ces personnages qui sont des exclus de la société alors qu'elle a été une gloire passée. C'est une femme qui a trouvé sa place même si elle est en difficulté. Mais là, on se retrouve face à trois exclus de la société, des bras cassés, presque des pieds nickelés dans ce domaine horticole, de la culture et de la recherche de la perfection des roses.

    ll y a une métaphore entre la recherche de la perfection dans un métier, dans la nature et la recherche de la perfection des relations qu'on peut créer et qui ne sont pas forcément ce qu'on attend. Evidemment, au début du film, cette Eve Vernet méprise complètement les trois glandus qui arrivent. Et eux aussi la regardent en se disant "Qu'est ce qui va se passer la dedans ? Nous, on cherche un CDI." C'est très authentique. On a bien travaillé.

    C'est un film bucolique, assez fantaisiste, mais très profond sur l'être humain.

    Ève Vernet a un look bien à elle avec des foulards, sa petite pipe. Comment avez-vous travaillé cet aspect ? 

    J'avais envie de lavallière. Il y a quelques lavallières dans le film, des corsages avec des espèces de cravates féminines qui se ferment avec un bijou. J'aime bien mitonner ma grande marionnette qui est moi-même pour en faire quelque chose avec une accessoirisation, des costumes.

    Il fallait une allure, il fallait une dégaine. Et voilà, c'est ça que j'ai cherché. Donc, un moment, il y a une petite pipe, effectivement, une masculinisation du personnage, un chapeau. Elle travaille dans la terre. Elle est dans l'air toute la journée. Il y avait une silhouette à proposer que j'ai aimé faire. 

    C'est un personnage qui, au premier abord, est justement très rigide, mais qui a également ses failles. Elle suscite aussi beaucoup d'émotions.

    Il y a une part de grande émotion dans le film parce qu'il est lié à la solitude de certains personnages, notamment face à ce jeune acteur, Melan Omerta, qui est merveilleux dans le film. Ils sont tous merveilleux.

    Franchement, il y a quelque chose de choral dans le film qui était très important. Bon. Oui, il y a des émotions, évidemment. Il y en a un qui n'a plus de parents et il y en a une qui n'a jamais eu d'enfants. Donc, il y a des rencontres possibles qui sont source de belles choses. 

    Une des scènes marquantes du film est la séquence du casse où vous allez dérober des fleurs dans un grand complexe. 

    J'adore cette scène. C'est comme une parenthèse dans le film, mais finalement, elle s'imbrique assez bien dans l'ensemble. Il n'y a pas de problème. Il y a plusieurs choses dans ce film en fait, il est assez nourri de pas mal de choses.

    Il est ambitieux et moi, j'ai adoré le passage du casse, on est dans la franche comédie. Et en même temps, il y a une réalité, c'est quoi la justice ? Qui est juste, qui est injuste ? Elle a raison. On me laisse pas travailler, on m'empêche.

    La grosse entreprise de roses avale tout. Elle prend tout. Je n'ai plus rien. On me laisse sur la paille. Elle dit oui, on va aller prendre, mais c'est pas nous, les voleurs. C'est eux. Bon, elle se fait justice toute seule. Mais on est dans le cinéma. 

    Laurent Thurin Nal
    Marie Petiot, Catherine Frot, Fatsah Bouyahmed et Melan Omerta

    Avez-vous fait un travail particulier pour parvenir à retranscrire la minutie des gestes d'une professionnelle des fleurs ? 

    Je trouve ça bien qu'on propose aux spectateurs de voir la qualité de ce travail, c'est à dire la fabrication d'une rose et le courage que ça demande, l'application. Effectivement, j'ai moi même travaillé là dessus. Donc j'ai travaillé avec la dame qui nous a reçu là où on a fait le tournage dans une roseraie, mme Dorieux.

    C'était à la Roseraie Dorieux, à Montagny, près de Roanne. J'ai appris les outils, les accessoires, la patience, la position des choses, exactement. J'ai passé plusieurs heures avec elle et sur plusieurs journées.

    Elle venait me guider à chaque fois qu'il le fallait. Donc voilà, j'ai appris, mais vous savez, mon métier, c'est quoi ? C'est l'illusion. Parce que moi, je n'ai pas la main verte du tout. C'est comme pour Les saveurs du palais. Je ne suis pas une bonne cuisinière, mais  ce que je sais faire, c'est mon métier d'actrice, faire semblant de, faire croire à... 

    Je trouve ça bien qu'on propose aux spectateurs de voir la qualité de ce travail, c'est à dire la fabrication d'une rose et le courage que ça demande.

    Est-ce que ce personnage d'Eve Vernet est proche de votre personnalité ? 

    Non, franchement, j'ai toujours l'impression de ne pas être moi-même. Mais si vous voulez, ma volonté, c'est de fabriquer ma grande marionnette et tirer les fils. 

    Ce film peut-il susciter des vocations selon vous ? C'est très rare un film autour des fleurs. 

    Oui c'est très rare. C'est une première, un film sur les fleurs. Ce n'est pas que sur les fleurs, bien entendu, mais ces fleurs sont très importantes. C'est symbolique. 

    Vous étiez une amoureuse des fleurs avant ce film ou pas du tout ?   

    Je suis très amoureuse de la nature. Je pourrais dormir dehors n'importe où. J'aime profondément la nature. Par contre, je ne suis pas plus fleurs que ça. Et surtout, je n'étais vraiment pas tellement roses. Et maintenant, je sais ce que c'est, je sais ce que ça représente. Sans vous parler du parfum. Il y un décor fabuleux dans le film et l'image est très travaillé sur les couleurs, etc.

    Et on a un décorum de roseraies. Il y a une nurserie, ça s'appelle une nurserie de roses naissantes. Ça a été créé par un décorateur vraiment merveilleux, avec du bois, du verre, des verrières, quelque chose d'un peu anglais dans l'ambiance, dans l'atmosphère. Et c'est vraiment très beau. 

    Je suis très amoureuse de la nature. Je pourrais dormir dehors n'importe où.

    Melan Omerta, qui joue Fred, est très touchant. Est-ce que vous avez conçu une relation particulière avec lui puisque vous le prenez sous votre aile, c'est un peu votre chouchou.

    En fait, le côté choral du film, c'est ces trois personnages en plus de l'assistante de Vernet qui est jouée par Olivia Côte. Mais sinon, que ça soit Fatsah Bouyahmed, que ça soit Marie Petiot ou que ça soit Melan Omerta, on était tout le temps ensemble à rechercher la note juste.

    Il y a dans le film un morceau assez particulier avec Melan Omerta, qui est l'histoire de cet enfant qui n'a plus de parents et elle, qui n'a jamais eu d'enfants. Donc, il y a ce qu'on appelle la transmission. Elle va lui transmettre quelque chose parce qu'elle décèle chez lui un don, le don de comprendre les parfums, les analyser et surtout les mémoriser.

    Donc, il y a une intention et elle va lui redonner confiance en lui alors qu'il n'a plus aucune confiance. Ses parents l'ont lâché. Il est paumé, vraiment paumé. Oui, ça, c'est la part d'émotions fortes du film. 

    Vous évoquiez la note juste. Dans ce genre de métier, il y a un jargon spécifique. Est-ce que c'est quelque chose de difficile à s'approprier pour que ça sorte naturellement ? 

    Oui. Au début, c'était assez compliqué pour moi. Mais j'ai dû tout mémoriser. Tout ce qui est l'hybridation, le bouturage. Bref, plusieurs choses comme ça. Effectivement, je dois me les incorporer.

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