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    "Teddy est plus qu'un film de loup-garou" selon Anthony Bajon et Christine Gautier
    1 juil. 2021 à 10:00
    Maximilien Pierrette
    Maximilien Pierrette
    -Journaliste cinéma
    Happé par la galaxie lointaine de Star Wars à la vitesse lumière, estomaqué par Matrix, envoûté par 2001, captivé par les batailles de la Terre du Milieu, effrayé par les dinos de Jurassic Park… Il doit quelques-unes de ses plus belles claques à ces univers qui l’ont fait voyager en restant assis.

    Les héros de "Teddy", ce sont eux : Anthony Bajon, l'un des plus grands espoirs du cinéma français, et Christine Gautier, révélée par cette comédie fantastique. Deux acteurs qui reviennent avec nous sur le long métrage.

    Auréolé du label "Cannes 2020", donné aux films qui auraient dû faire partie de la sélection, et porté par un bouche-à-oreille positif né de ses passages réussis dans divers festivals, Teddy peut enfin hurler à la lune dans les salles obscures françaises. Mais c'est avec beaucoup plus de calme qu'Anthony Bajon, l'acteur principal, et la révélation Christine Gautier évoquent le long métrage de Ludovic et Zoran Boukherma.

    Teddy
    Teddy
    1h 28min
    De Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma
    Avec Anthony Bajon, Christine Gautier, Ludovic Torrent, Guillaume Mattera, Noémie Lvovsky
    Presse
    3,6
    Spectateurs
    3,2
    louer ou acheter

    AlloCiné : "Teddy" est un film très particulier. Car c'est un film de genre, ce qui est rare en France, et une histoire de loup-garou, ce qui est encore plus rare. Est-ce ce qui vous a marqués quand on vous en a parlé pour la première fois ?

    Anthony Bajon : Pour moi ce n'est pas qu'un film de loup-garou. Il y a un fond de film de genre et de loup-garou, mais ce n'est pas que ça. C'est beaucoup plus, car c'est un film drôle et touchant, qui nous fait passer du rire aux larmes comme le voulaient Zoran et Ludo. En ça, Teddy était déjà très ambitieux.

    On pourrait même parler de film de "genres", au pluriel : c'est une comédie, un drame, il y a de l'horreur et une référence littéraire à "La Bête humaine"… Tout en restant cohérent.

    Christine Gautier : Oui. L'avantage, c'est que tout le monde est surpris. Ceux qui veulent aller voir un film de genre seront par exemple contents de voir qu'il y a aussi de la comédie. Il y en a un peu pour tout le monde.

    Plus on suggère, plus le spectateur peut s'imaginer des choses

    Et c'est la preuve que, en France, on sait faire du cinéma de genre. Parce qu'il y a ce cliché qui veut que les Français copient les Américains ou voient leurs tentatives échouer. Mais là on a un film réussi et très français, qui se passe dans un village du Sud, avec des petites gens : c'est ce qui fait sa force et son identité.

    Anthony Bajon : L'identité du film, c'est Zoran et Ludo. Ce n'est pas leur histoire du tout, mais ils ont été très influencés par tout ça. Il y avait cette maîtrise du genre, dont ils ont une connaissance pointue, et le fait qu'ils ont vécu dans un milieu un peu reculé, à la campagne, qui fait travailler l'imaginaire.

    En ça, effectivement, ils ont un univers assez aiguisé, et le résultat est là. Après, est-ce que ça veut dire qu'en France on sait à nouveau faire du cinéma de genre ? La question est peut-être plus compliquée que cela, mais, eux, ils ont leur univers et le genre s'y prête bien.

    On sent qu'ils viennent du Sud car il n'y a aucune moquerie de leur part. Il y a une vraie tendresse envers tous les personnages, celui de Teddy comme les plus méchants.

    Christine Gautier : Bien sûr. Comme ils ont grandi dans le Sud, c'est un endroit qu'ils voient aujourd'hui avec un regard adulte. Et ce qui fait que le film est crédible, je trouve, c'est justement ce travail d'ancrage local sur lequel ils ont particulièrement insisté.

    Peut-être que quand on dit que le cinéma français de genre est raté, c'est à cause d'un manque de soin dans les détails et parce qu'on cherche à faire de l'américain en France, alors qu'on ne l'est pas. On n'a pas la même culture.

    Il faut juste l'assumer et réussir à faire ce que l'on sait faire, ce que Zoran et Ludovic semblent avoir compris.

    Anthony Bajon : Surtout qu'ils avaient un budget qui est celui du film, et ils ont dû composer avec ça. Donc ça rend encore plus créatif, et on voit qu'au final, on peut réussir un film sans avoir un budget monstrueux comme ont les Américains pour ce type de film.

    The Jokers Films
    Anthony Bajon et Christine Gautier dans "Teddy"

    Et au final la suggestion fonctionne mieux que montrer la créature sous toutes ses coutures.

    Anthony Bajon : Eux l'expliquent très bien. Parce qu'ils disent que plus on suggère, plus le spectateur peut s'imaginer des choses. Et ça le rend créatif aussi, donc son rapport au film n'en est que meilleur. Et puis ça fait souvent pétard mouillé quand on voit les monstres dans les films : on se dit "Tout ça pour ça"

    Alors qu'en suggérant au maximum - et même après l'avoir dévoilé, en continuant à le montrer un tout petit peu - ça permet de garder un mystère et de faire en sorte que le personnage fasse plus d'effet.

    Comment avez-vous abordé ce rôle, et ce personnage dont la sauvagerie est de moins en moins intériorisée au fur et à mesure du récit ?

    Anthony Bajon : De manière très simple. On savait tous que ça passait par quelque chose de très instinctif et organique. Donc dans nos discussions avec Ludovic et Zoran, il y avait cette idée de progression dans le comportement, à l'image du scénario.

    Quelque chose d'un peu physique, qui devient animal, très instinctif, un peu sombre et dangereux pour tout le monde. C'est ce qu'ils voulaient, et c'était pour moi la seule manière de tenter le coup pour que ça marche. De le faire en crescendo.

    Vous ont-ils donné des références de films, séries ou livres par rapport à ce qu'ils recherchaient ?

    Christine Gautier : Je ne crois pas, non. Mais c'est ce qui est bien, aussi, dans le travail avec eux : leur scénario est très précis, mais après ils nous laissent beaucoup de libertés pour se préparer et composer comme on veut. Même sur le tournage.

    Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Deauville le 5 septembre 2020

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