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    Cannes 2021 - Bergman Island : rencontre avec Mia Hansen Love, Vicky Krieps et Tim Roth
    14 juil. 2021 à 09:57
    Brigitte Baronnet
    Brigitte Baronnet
    -Journaliste
    Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, Brigitte Baronnet est journaliste pour AlloCiné depuis 10 ans. Elle anime le podcast Spotlight.

    A l'occasion de la présentation en compétition de "Bergman Island" à Cannes 2021, rencontre avec la cinéaste Mia Hansen Love et les comédiens Vicky Krieps et Tim Roth.

    AlloCiné a rencontré l'équipe de Bergman Island, en salle ce mercredi. Découvrez notre entretien en vidéo avec Mia Hansen Love, Vicky Krieps et Tim Roth, et notre entretien en longueur à l'écrit avec la cinéaste ci-dessous;

    Le synopsis de Bergman Island : Un couple de cinéastes s'installe pour écrire, le temps d'un été, sur l’île suédoise de Fårö, où vécut Bergman. A mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille…  

    AlloCiné : Au coeur de ce film, il y a l'ile de Farö qui lui donne son titre ? Ce lieu a-t-il été l'inspiration première pour vous ?

    Mia Hansen-Love, scénariste et réalisatrice : L'inspiration première du film est plutôt la question du couple, ainsi que la création et la vocation au sein d'un couple. Mais le film s'est véritablement incarné quand Farö en est devenu le décor. Ça faisait plusieurs années que j'avais ce projet en tête. Je me disais qu'un jour je ferais un film qui explorerait cette question de l'inspiration et en même temps; C'était une idée qui m'accompagnait. 

    C'est vrai que les décors sont très importants dans mes films et c'est vraiment la confrontation entre les personnages et les décors qui font que mes films s'incarnent. C'est ce qui s'est passé avec Farö.

    A un moment donné, j'ai pensé que Farö serait peut être le décor, le lieu idéal pour raconter cette histoire, pour projeter cet imaginaire. J'y suis allé sans être complètement sûre de ce qu'il adviendrait. Et effectivement, ça a été une sorte de coup de foudre.

    Que ressent-on justement lorsqu'on se rend pour la première fois à Farö ?

    Pour moi, c'est un lieu un peu magique. C'est très beau. Alors bien sûr, quand on aime le cinéma de Bergman, c'est très émouvant d'aller là-bas parce qu'on ressent sa présence partout. Il y a aussi des gens qui s'occupent de faire vivre sa mémoire sur l'île. Il est présent aussi à travers les films qu'il a tourné là-bas. Il est présent à travers les maisons où il a vécu, mais il est aussi présent à travers les gens qui transmettent leur amour de Bergman. 

    Quand on est sensible au cinéma de Bergman, c'est un lieu très fort, très émouvant. Évidemment, c'est aussi un lieu hanté. Mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi la beauté propre de cette ville et ses paysages auxquels je suis très sensible.

    Il y a bien sûr la puissance de l'œuvre de Bergman et la façon dont elle était inscrite dans le paysage, mais aussi la beauté sauvage, le caractère préservé, le silence de cette île qui me laissait un espace possible pour l'investir avec ma propre sensibilité, mon propre regard.

    Bergman Island
    Bergman Island
    Sortie le 14 juillet 2021 | 1h 52min
    De Mia Hansen-Løve
    Avec Vicky Krieps, Tim Roth, Mia Wasikowska, Anders Danielsen Lie, Hampus Nordenson
    Presse
    3,5
    Spectateurs
    3,3
    Séances

    On garde en tête de ce film notamment des paysages gorgés de lumière, un film globalement très lumineux. Aviez-vous envie justement de ça, d'un film solaire et lumineux, probablement le plus lumineux de votre filmographie ?

    Je ne sais pas si c'était formulé ainsi, mais en effet, il y avait une quête de lumière. Je crois que tous mes films le sont plus ou moins, même si certains peuvent parfois aborder des sujets difficiles, sombres. Mais malgré tout, le rapport du cinéma est tel, que j'ai besoin que mes films, d'une façon ou d'une autre, aillent vers la lumière. Et c'est vrai qu'à Farö, c'était pour moi la chance de pouvoir filmer la lumière du Nord, qui est aussi celle de mes origines.

    J'éprouve depuis longtemps une attirance pour cette lumière. Essayer de la capter et de la faire vivre, de sentir la vibration, à travers la pellicule. C'était une des choses qui, à vrai dire m'excitait beaucoup dans ce projet.

    De film en film, vous semblez avec une obsession pour ce thème de l'inspiration, et comme vous le disiez précédemment, il vous a fallu un peu de temps pour l'aborder aussi frontalement...

    Oui, c'est un thème qui parcourt tout mon cinéma, j'ai du mal à m'en défaire. A vrai dire, j'aimerais pouvoir faire un film qui nen parle pas du tout. Je dirai qu'il s'agit davantage de la vocation, peut être plus que le thème de l'inspiration.

    En tout cas, la question de la vocation est présente dans mes films, depuis le premier. Mais ça n'avait jamais été de façon aussi frontale, puisque c'est la première fois que je mets en scène un film où l'héroïne est cinéaste comme je le suis. 

    Il y a cette dimension qui peut faire penser que c'est le plus autobiographique de mes films. Je ne crois pas que ce soit le cas. Je crois que tous mes films sont extrêmement personnels, chacun à leur façon, mais celui là l'est disons d'une façon peut être plus frontale. Le temps qu'il m'a fallu pour arriver à ce film, c'est le temps d'être capable d'aborder cette question de façon aussi directe.

    Pensez-avoir fait le tour de la question avec ce film justement? Ou sans doute ne répond-on jamais vraiment à cette question? 

    La question : qu'est ce que le cinéma pour moi? À quoi ça sert? Quel lien entre le cinéma et la vie? Comment écrit-on? Comment, malgré des fragilités qui peuvent sembler insurmontables, quelque chose quand même advient? Et cela finit par devenir un film, par une forme de magie ou par l'opération qui est  cette transition d'une forme de souffrance en quelque chose de joyeux;

    Comment ça marche? Ça m'intéressait d'essayer de le saisir à travers un film et de trouver une forme qui reflète exactement ce qu'est le processus de l'écriture. Pour moi, on n'y répond jamais vraiment. C'est fascinant à explorer. Bien sûr que je n'ai pas fait le tour de la question et de façon générale, mes films, je crois, posent davantage de questions qu'il n'apporte de réponses. Et ce film est un autre exemple de cette façon là, de faire du cinéma. 

    Je ne fais pas un cinéma démonstratif; je ne fais pas un cinéma à message. J'espère faire un cinéma qui interroge. Le film ne donne pas forcément toutes les réponses, mais il cherche à explorer des questions qui m'accompagnent depuis que j'ai commencé à faire des films.

    Le casting du film est très intéressant, avec notamment la présence de Tim Roth dans un rôle assez différent pour lui. Aviez-vous en tête de tourner en anglais dès le départ, et pourquoi ce choix pour Tim Roth? 

    Le film a toujours été pensé en anglais. Je n'ai jamais imaginé faire ce film en français. Je crois que peut être, c'est lié au fait que le film soit si personnel et puisse paraître si autobiographique à cause du fait qu'il s'agissait d'une femme cinéaste. Du coup, cette langue apporte de la distance, pour pouvoir vraiment me projeter dans une fiction. Dans chacun de mes films, s'il y a une part d'autobiographie, il y a une part de réinvention, de transpositions. 

    Et pour ce film là, ça passait par le fait d'imaginer un couple qui ne soit pas un couple de cinéastes français. Je n'aurais jamais pu faire ce film en mettant en scène un couple de cinéaste français, ça aurait été d'une certaine façon trop proche de moi. J'aurais eu l'impression de faire une sorte de documentaire sur ma vie. Ce qui m'intéressait pas malgré tout, et aussi personnels que soient mes films, ce sont résolument des fictions, et c'est toute la question qu'aborde le film.

    Tim Roth est un acteur que j'admire énormément. Je l'avais vu, comme beaucoup, dans beaucoup de films, mais aussi dans des films moins connus que ceux de Tarantino, comme le premier, celui dans lequel il a joué, celui d'Alan Clarke, un cinéaste que j'admire énormément.

    Il est arrivé assez tard sur le film parce que l'histoire du film est assez compliquée. Ça a été une grande épopée. Nous l'avons tourné sur deux. Au départ, ça devait être un rôle pour un acteur américain et Tim est anglais d'origine irlandaise, donc j'ai mis du temps à arriver à lui.

    Je crois que ce qui m'a attiré vers lui, ce n'est pas tant son aura de personnage face à ses personnages très virils, inquiétants, durs, qu'il a joué, même si ça fait partie aussi, évidemment, de lui. Mais c'est plus la complexité qui est la sienne. En fait, il y a quelque chose de paradoxal chez lui parce qu'il y a cette dureté. Il y a cette violence qu'il incarne à l'écran, qu'il a souvent incarné. Et en même temps, il y a une forme d'opacité et fragilité chez lui que je crois avoir essayé de saisir dans le film. C'est un rôle très simple. Ce n'est pas un rôle de composition comme d'autres rôles qu'il a pu jouer.

    Propos recueillis au Festival de Cannes 2021

    La bande-annonce de Bergman Island, en compétition à Cannes et à l'affiche dès ce 14 juillet :

     

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