Mon compte
    Les Olympiades : après le western Les Frères Sisters, Jacques Audiard filme le désir
    3 nov. 2021 à 09:30
    Brigitte Baronnet
    Brigitte Baronnet
    -Journaliste
    Passionnée par le cinéma français, adorant arpenter les festivals, Brigitte Baronnet est journaliste pour AlloCiné depuis 10 ans. Elle anime le podcast Spotlight.

    Jacques Audiard, Palme d'or avec "Dheepan", multi-Césarisé avec "Un prophète", revient avec un nouveau long métrage au registre inédit. Dans "Les Olympiades", le cinéaste filme le désir et la jeunesse, avec une pointe de comédie.

    De quoi ça parle ?

    Paris 13e, quartier des Olympiades. Emilie rencontre Camille qui est attiré par Nora qui elle-même croise le chemin de Amber. Trois filles et un garçon. Ils sont amis, parfois amants, souvent les deux.

    AlloCiné : Les Olympiades est un film inattendu de votre part, comme un renouvellement. On entend parfois les réalisateurs penser un projet "contre" le précédent, le penser à l'opposé. Etait-ce le cas pour ce nouveau film justement ?

    Jacques Audiard, réalisateur et co-scénariste : Oui, bien sûr. Mais disons que ce n'est pas contre. Je dirais plutôt une déduction. Le projet précédent, de par les frustrations -par exemple, des choses que vous n'avez pas traité-, va vous indiquer un certain nombre de choses. Et donc, ça va créer du désir. Et puis, ça va donner un projet.

    Est-ce que le désir premier était d'aller davantage vers la comédie, vers quelque chose de plus léger ?

    Oui, j'avais envie de faire quelque chose de léger, d'aller vers un marivaudage. Mais pour des raisons simples. Quand vous faites un film dramatique, un film d'action le matin, ce n'est pas la même chose quand vous vous levez. Une comédie, c'est beaucoup plus léger. Votre vie est plus légère le temps vous le faites.

    Je suis toujours enthousiaste, même quand les projets sont lourds. Là, c'était rapide, donc c'était très agréable.

    J'avais envie de faire quelque chose de léger, d'aller vers un marivaudage.

    Pour ce film, vous avez travaillé pour la première fois avec les scénaristes Léa Mysius et Céline Sciamma. Comment sont-elles arrivées sur le projet ?

    Mon scénariste Thomas Bidegain travaillait ailleurs. J'ai contacté Céline Sciamma. J'ai beaucoup d'admiration pour son travail. Je sais que c'est vraiment une très bonne scénariste et en plus elle est réalisatrice.

    Elle a fait deux ou trois versions. Après, j'ai tourné Les Frères Sisters tout seul, et quand je suis revenu sur le projet des Olympiades, elle n'était plus libre. Elle faisait son film (Portrait de la jeune fille en feu). Donc je suis allé voir Léa Mysius, dont j'avais adoré le film Ava. Le truc important, c'est que ce sont deux réalisatrices. 

    Toujours à propos du scénario, le film est très dialogué...

    Je voulais que ça soit bavard. Mais c'est un souvenir d'une référence que je cite beaucoup : c'est Ma Nuit chez Maud. Ce sont ces gens qui n'arrêtent pas de parler, donc ils en oublient de faire l'amour. Là, ils font l'amour tout de suite... Et après, est ce qu'ils vont continuer à parler?

    C'est un film qui parle d'amour, ou plutôt d'amours. Certains disent qu'il s'agit de polyamour. Y a-t-il une étiquette pour définir l'amour tel qu'il est raconté dans votre film ?

    Polyamour, ça existe ça ? Je ne sais pas trop quelles pourraient être les étiquettes. Ce sont des personnages, au début de l'histoire, qui ont une idée fausse de l'amour. Ils se trompent. C'est toujours jouissif pour le spectateur de se dire : Mais quand est ce qu'il va prendre la leçon? Quand est ce qu'il va se prendre la porte dans la gueule? Ça, c'est un truc de comédie. Tous les personnages se trompent sur eux-même au départ, sauf le personnage d'Amber Sweet.

    Que ce soit le personnage de Camille qui dit "moi, je veux être libre; je veux avoir toutes les femmes, tous les désirs, etc." Il tombera amoureux comme un autre. Quant à Emilie, c'est une révoltée, une petite punk, tout ça. Elle perd beaucoup de temps à embêter ses parents. Quant à Nora, elle ne sait pas où elle en est. 

    Les Olympiades
    Les Olympiades
    Sortie : 3 novembre 2021 | 1h 46min
    De Jacques Audiard
    Avec Lucie Zhang, Makita Samba, Noémie Merlant, Jehnny Beth, Camille Léon-Fucien
    Presse
    3,7
    Spectateurs
    3,9
    Séances (204)

    Outre le sujet de l'amour que nous avons évoqué précédemment, le film parle aussi de la jeunesse aujourd'hui à travers le monde du travail...

    Oui, je voulais prendre des gens d'un certain âge, ce ne sont pas des ados. Ils ont déjà vécu. Ils ont fait des études. C'est comme s'ils avaient déjà fait un tour de piste un peu décevant. Ces gens sont soit déçus par la vie active, soit n'ont pas envie d'y aller parce qu'ils anticipent cette déception.

    Le 13ème arrondissement de Paris est beau.  

    Pourquoi avoir choisi de tourner dans le quartier des Olympiades (dans le XIIIe arrondissement de Paris) 

    Il y a deux raisons. J'y ai beaucoup vécu, donc je connais bien ce quartier. C'est un quartier que j'ai vu se transformer. Les Olympiades étaient presque comme la prévision de ce que ça allait devenir, ça avait une modernité qui a été accompagnée après sur la périphérie du 13ème.

    Je trouve que c'était le seul quartier vraiment moderne dans Paris. il y avait Beaugrenelle avant, mais ce n'est pas beau. Le 13ème est beau. Et puis, c'est mélangé, il y a toutes les populations, c'est socialement mélangé. Il y a tout.

    Travaillez-vous sur un nouveau projet ?  

    Je vais faire une comédie musicale, probablement l'année prochaine, pour le cinéma et peut être après pour la scène. Je verrai. Ça sera en espagnol. Ça se tournera à Mexico. La musique et les paroles sont écrites, et le scénario aussi.

    Propos recueillis au Festival de Cannes 2021

    Cannes 2021 : on parle des Olympiades en podcast (enregistré à l'occasion du Festival de Cannes)

    FBwhatsapp facebook Tweet
    Sur le même sujet
    Commentaires
    Voir les commentaires
    Back to Top