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    Caroline Anglade (Sauver Lisa) : "Il y a peu de séries avec des personnage féminins aussi forts en France"
    16 nov. 2021 à 21:00
    Jérémie Dunand
    Jérémie Dunand
    -Chef de rubrique télé / Journaliste
    Bercé dès l’enfance au rythme de Sous le soleil, de P.J., ou des sagas de l’été, il se passionne de plus en plus pour les séries françaises au fil du temps. Et les dévore aujourd’hui (presque) toutes, de Balthazar à Scènes de ménages, en passant par Hippocrate, Candice Renoir, Ici tout commence.

    À l'occasion du lancement ce soir sur M6 de "Sauver Lisa", rencontre avec Caroline Anglade, la star de la série, qui évoque pour nous ce drame haletant sur la maltraitance, son personnage complexe, et sa collaboration avec les autres comédiennes.

    Déjà disponible depuis plusieurs mois sur la plateforme Salto, la mini-série Sauver Lisa, réalisée par Yann Samuell (Jeux d'enfants, Grand Hôtel) débute ce soir sur M6 avec la diffusion des deux premiers épisodes, qui nous plongent dans le quotidien de Rose Keller, une institutrice qui va tout risquer pour sauver une de ses élèves, victime de maltraitance chez elle. Quitte à enfreindre la loi et à se lancer dans une cavale qui va bouleverser sa vie à tout jamais.

    Un drame haletant porté par Caroline Anglade, vue notamment dans Lebowitz contre Lebowitz et Divorce Club, qui se révèle excellente dans le rôle de Rose, et qui, à l'occasion du lancement de Sauver Lisa, nous a parlé de ce personnage complexe, des thématiques fortes du récit, et du travail avec le réalisateur et les autres comédiens de la série, dont la révélation Capucine Sainson-Fabresse.

    AlloCiné : Sauver Lisa marque votre retour à la télévision, dans un rôle principal, trois ans après Lebowitz contre Lebowitz. Qu'est ce qui a fait que c'était le bon projet ?

    Caroline Anglade : Le scénario, avant tout. J'ai tout de suite été happée par cette histoire, par la manière dont les auteurs se sont emparés du sujet de la matraitance, et par la force du rôle de Ross Keller. J'ai aimé sa ténacité, son envie de tout risquer, et sa folie, quelque part aussi. Parce que l'acte qu'elle commet, en "enlevant" Lisa, est déraisonné. Mais elle sait que si elle n'agit pas, la petite risque de mourir.

    Et puis, dès la lecture du scénario, je me suis laissé embarquer dans l'histoire personnelle de Rose, qu'on découvre au fur et à mesure des épisodes. Au début, tout ça, c'est très mystérieux. Elle est très mystérieuse cette femme. On se demande ce qui la fait agir ainsi. C'est hyper prenant. Et plus je lisais, plus je prenais conscience des autres rôles féminins, très forts, très puissants. Et c'est devenu une évidence. Il fallait que je signe direct, je voulais jouer Rose Keller.

    Les séries qui offrent des rôles de femmes aussi beaux, ou du moins qui en offrent autant, restent finalement assez rare en France, contrairement aux États-Unis, où on peut citer des exemples tels que Desperate Housewives ou Big Little Lies

    C’est vrai. Il y a peu de séries en France avec des personnages féminins aussi forts et aussi présents. Il y a évidemment plein de personnages masculins dans Sauver Lisa, mais ce sont les femmes qui tiennent le sujet. Ça change, ça fait plaisir. Chaque personnage a son importance.

    Et puis, ce qui est super dans le scénario de Sauver Lisa, c’est le rapport à la maternité. Parce que ce sont des femmes, des filles, des sœurs. Mais la série parle aussi du rapport différent qu'on peut avoir à la maternité. Il y a la mère qui adopte, celle qui va abandonner son enfant, celle qui maltraite son enfant, celle qui n’en veut pas par rapport à son histoire et qui finit par tisser un lien avec cette petite fille.

    C'est ça le message de la série : qu’on peut ne pas porter un enfant et être une mère quand même, dans tous les sens du terme.

    Cecile ROGUE/ GOLDEN NETWORK / M6

    Aviez-vous vu la série japonaise Mother, dont Sauver Lisa est l'adaptation ?

    Non, parce que je savais que ça allait être traité très différemment. Donc, je ne me suis pas senti l'envie de la voir parce que je savais que ça n’allait pas avoir grand-chose à voir avec ce qu’on allait raconter au final. Ce n’est pas à l’opposé, puisque c'est la même histoire, mais ce n’est pas la même culture. Ce n'est pas du tout la même façon de traiter les sujets.

    Est-ce que le fait de travailler avec le réalisateur Yann Samuell était une motivation pour vous ? Vous étiez familière de son travail ?

    Je n'avais jamais rencontré Yann avant Sauver Lisa, mais je connaissais évidemment son film Jeux d'enfants, qui est un peu un film culte pour moi. Et je me suis dit que s’il avait fait ce film, c'est qu'il était forcément exceptionnel (rires). Et il l’est ! C’est quelqu'un de très proche de ses acteurs, qui fait confiance et qui est très respectueux du travail des comédiens. C’est les acteurs avant tout le reste. Il les protège, il les encadre. Et donc, franchement, c'était très agréable de travailler avec lui.

    Sauver Lisa
    Sauver Lisa
    Sortie : 16 novembre 2021 | 52 min
    Série : Sauver Lisa
    Avec Caroline Anglade, Victoria Abril, Cristiana Réali, Déborah François, Foëd Amara
    Presse
    3,3
    Spectateurs
    3,7
    Voir sur Salto

    Est-ce que ça se ressent qu’il vient à la base du cinéma, même si depuis quelque temps il s’est mis à réaliser davantage pour la télévision ?

    Là où ça se ressent c’est qu’il prend vraiment le temps pour le jeu. Il prendra le temps de faire sa scène, quoi qu'il arrive. S'il doit y avoir dix prises, il y aura dix prises. Et pourtant c’est de la télé, il faut rentrer le minutage chaque jour. Là, pour le coup, j'avais la sensation de faire du cinéma parce qu'il ne nous aurait jamais laissé galérer ou ne pas être content d’une séquence.

    Rose est un personnage complexe, qui ne doit pas être facile à appréhender. Avez-vous beaucoup discuté avec les scénaristes en amont du tournage pour préparer au mieux le rôle ?

    Je n'ai pas tant discuté que ça avec les scénaristes. On a fait une lecture, ils m'ont dit un peu ce qu'ils avaient envisagé pour cette femme. Yann aussi, mais il m'a fait confiance, il m'a laissée libre d'insuffler dans le personnage ce que j'avais envie d'y mettre. Je pense que j'ai peut-être apporté un petit peu plus de fragilité, par rapport à ce qui était écrit au départ. Un peu plus d’empathie aussi. Car au départ Rose est une nana qui fonce vraiment.

    Tout ça s'est fait au fur et à mesure. Et j'ai beaucoup travaillé le personnage toute seule, de mon côté. Ce qui m’importait c’était de trouver comment aborder le lien avec chaque personnage. Le lien avec sa mère adoptive, son mari. Qu’est-ce que les autres personnages suscitent chez elle ? Il fallait que je trouve un axe et que j'apporte le plus de nuances possibles.

    Cecile ROGUE/ GOLDEN NETWORK / M6

    Vous êtes entourée de super partenaires de jeu. Est-ce que ça a tout de suite matché avec Cristiana Reali, Victoria Abril, et le reste des comédiens de la série ? Vous en connaissiez déjà certains ?

    Je connaissais un peu Foëd Amara, qui joue Mehdi, parce qu’on avait un petit réseau commun. On s’était déjà croisés, mais on n'avait jamais joué ensemble. Cristiana Reali, j'avais vu tous ses films et surtout toutes ses pièces, parce que j'ai été beaucoup la voir sur scène quand j'étais plus jeune. Alors c’était assez émouvant de l’avoir pour maman de fiction. Et on a tout de suite créé de vrais liens.

    Cette famille de fiction marche super bien à l'écran, je trouve, et c'était pareil sur le tournage. Je suis devenue très amie avec les comédiennes qui jouent mes deux soeurs à l’écran, Flore Bonaventura et Claudia Bacos. C'est hyper fort entre nous.

    Et puis, il y a eu la rencontre avec Victoria Abril aussi, qui est incroyable, d'une intensité folle. C'est très agréable de voir une grande actrice comme elle, qui fait ce métier depuis des années, et qui s'investit encore avec autant de joie, d'amour, de passion. Mais en fait, quand j'y pense, non, je n'avais encore jamais côtoyé personne sur un plateau. C’était de vraies découvertes, et quelles découvertes ! J'ai eu beaucoup de chances avec mes partenaires.

    Il faut évidemment mentionner la petite Capucine Sainson-Fabresse, qui est bluffante dans le rôle de Lisa. Comment s'est passé le travail avec elle ?

    C'était assez intense. En fait, la première fois qu'on s'est rencontrées, c'était à la lecture. J'arrive toute seule. Elle arrive avec ses parents. Et moi, je venais d’accoucher de mon deuxième enfant, et j’étais un peu pétrifiée à l’idée de quitter mon foyer pour me lancer dans cette aventure. Et Capucine savait qu'elle allait quitter ses parents, même s'ils sont venus évidemment souvent sur le tournage. Mais elle allait être prise en main par quelqu'un d'autre durant le tournage. Donc, il y avait ce point commun qui nous unissait : c'est qu'on allait partir loin de nos familles.

    Et du coup, quand on s'est vues pour la première fois, j'ai été immédiatement touchée par son regard. Je me suis un peu effondrée en larmes. J'ai dit à ses parents "Pardonnez-moi, mais elle me touche déjà tellement parce que je sais tout ce qu'on va vivre derrière elle et moi". J’ai été submergée par l'émotion. Et dès le premier jour, sur le tournage, il y a eu quelque chose d’assez puissant entre nous.

    Et aujourd'hui encore, on se tient au courant de ce qu’on fait. On s'appelle, on s'écrit des petits mots de temps en temps. C'est une vraie belle rencontre. Elle est déconcertante de naturel et elle fait ce métier pour les bonnes raisons. Elle s'amuse. Même dans les pires scènes, elle s’amuse. Ce qui nous nous permettait de garder du recul aussi par rapport à des scènes très violentes.

    Cecile ROGUE/ GOLDEN NETWORK / M6

    Lebowitz contre Lebowitz s’est arrêtée en 2018, après seulement deux saisons. Avez-vous digéré l’annulation un peu abrupte de la série ?

    La saison 3 était écrite, donc les producteurs étaient très frustrés. On avait des histoires hyper drôles pour la saison 3, des histoires hyper fortes. Lebowitz contre Lebowitz mélangeait vraiment drame et comédie. Ça marchait bien, on avait un casting très fun. Donc, oui, bien sûr, c’était frustrant au départ, assez triste aussi.

    Et en même temps, la série m’a permis d'aller vers le grand écran, et si la série avait continué, je n'aurais pas pu aller faire ces rôles au cinéma. Donc je me dis que, en ce qui me concerne, la vie est plutôt bien faite car j’avais un grand rêve de cinéma.

    Avez-vous d’autres projets à venir dont vous pouvez parler ?

    Après Sauver Lisa, on me retrouvera sur TF1 dans un unitaire qui s'appelle Noël à tous les étages et qui est réalisé par Gilles Paquet-Brenner. Une sorte de Love Actually à la française avec un beau casting.

    Et ensuite, au cinéma, on me verra dans un film de Bruno Chiche qui s'appelle La Scala, sur la musique classique, avec Pierre Arditi et Yvan Attal. Et dans Plancha, d'Eric Lavaine, qui est la suite de Barbecue, avec Lambert Wilson notamment. Et je viens aussi de tourner Belle et Sébastien : Nouvelle génération, une nouvelle adaptation pour le cinéma qui sortira fin 2022. Ce sont de beaux projets dans des univers très différents à chaque fois, je suis ravie.

    L’écriture ou la réalisation, vous y pensez ?

    Il y a un cheminement qui se fait. J’ai plein d’envies, mais parfois on se freine en se disant qu'il y en a d'autres qui savent mieux le faire, donc on n'ose pas se lancer. Mais parfois, j'ai besoin d'écrire des choses. Donc voyons comment ça évolue. En tout cas, aujourd'hui, je pars du principe que je ne veux rien m’interdire.

    On sait que vous êtes très amie avec Julie de Bona, avec qui vous aviez tourné dans Une mère sous influence. Est-ce que vous espérez tourner à nouveau ensemble très bientôt ? Y a-t-il déjà un projet dans les tuyaux ?

    Il n'y a rien de prévu à l'heure actuelle, mais on adorerait refaire un film ou une série toutes les deux, bien sûr. On adore être ensemble sur un plateau, on adore jouer ensemble. On aimerait beaucoup faire une comédie. Donc on attend les propositions (rires).

    Mais on tourne beaucoup toutes les deux donc il faut trouver un sujet qui soit fort, qui nous réunisse sur une période où on a de la disponibilité l’une comme l’autre. Ce n’est pas simple mais on ne désespère pas et on sait que ça arrivera. Mais autant attendre le vrai beau projet. Quitte peut-être à se l’écrire nous-mêmes. On verra.

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