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    Mort d'Anne Rice : elle ne voulait pas de Tom Cruise dans Entretien avec un vampire
    13 déc. 2021 à 10:15
    Olivier Pallaruelo
    Olivier Pallaruelo
    -Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
    Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

    Créatrice du personnage Lestat le vampire, la regrettée auteure Anne Rice avait peu goûté le choix de Warner de confier ce rôle à Tom Cruise dans "Entretien avec un vampire", et ne s'était pas privé de violemment le faire savoir...

    Warner Bros.

    San Francisco dans les années 90. Un jeune journaliste, Daniel Malloy, s'entretient dans une chambre avec un homme élégant, à l'allure aristocratique et au visage blafard, Louis, qui lui fait de bien étranges confidences. Malloy, subjugué par la séduction de son interlocuteur, lui demande, à l'aube, de le faire pénétrer dans son monde. Celui des vampires...

    Pour les plus anciens d'entre vous, vous aurez certainement reconnu le synopsis du formidable film Entretien avec un vampire. Une oeuvre sortie en décembre 1994, il y a presque 27 ans. Porté par son duo de vampires sous les traits de Tom Cruise et Brad Pitt, le film sera un joli succès en France, avec 1,63 millions d'entrées. Et même au Box Office mondial, avec plus de 223 millions $ de recettes.

    Tiré du best-seller d'Anne Rice sorti aux Etats-Unis en 1976 (et deux ans plus tard en France), Entretien avec un vampire a voyagé chez les agents de Hollywood pendant dix-sept ans, rebondi de Richard Gere à Cher, de John Travolta à Daniel Day-Lewis, avant de trouver du sang neuf : Neil Jordan aux commandes, et Tom Cruise dans le rôle de Lestat; vampire noble, amant, frère et père de Louis (Brad Pitt).

    En voici la bande-annonce, en guise de piqûre de rappel...

     

    Le succès du film a pu réchauffer le coeur passablement meurtri de Cruise. C'est que l'intéressé essuya publiquement les foudres de l'auteure, qui s'opposait catégoriquement à ce qu'il incarne le personnage principal.

    "Comme avant chaque début de tournage, j'étais angoissé. Le plus dur, devant tout ce déballage, a été de rester insensible. J'étais déjà suffisamment remué par le sujet du film : le combat pour la vie, la lutte contre la mort. A n'importe quel prix." lâchera dans une interview le comédien. Au magazine Esquire, il dira : "Quand j'ai eu vent de ça, ca m'a touché. Son venin fait mal... D'ordinaire, vous ne commencez pas un film avec quelqu'un qui ne veut pas de vous. C'est inhabituel".

    Au tournant des années 1980 - début des années 1990, les romans d'Anne Rice sont un authentique phénomène littéraire au succès colossal. Une sorte de J.K. Rowling avant l'heure, la dimension hyper-sexuée en plus. Une dimension qui prend une forme incarnée par le vampire Lestat de Lioncourt, au coeur de ses Chroniques des vampires.

    Associée à l'écriture du script, aux côtés de Neil Jordan, elle avait façonné son personnage en prenant pour modèle l'acteur hollandais Rutger Hauer. Son premier souhait, c'était de voir Daniel Day Lewis endosser les habits de Lestat. L'intéressé refusa le rôle, au motif qu'il "en avait assez des films en costumes". Elle suggéra ensuite le nom de Jeremy Irons à Warner. Non seulement la Major refusa, mais elle lui infligea un camouflet en choisissant directement la star Bankable de Top Gun.

    Bataille rangée et amende honorable

    David Geffen le producteur, qui a bataillé durant des années pour mettre sur pied le film, lança la contre-offensive contre Anne Rice. "Anne est, au mieux, quelqu'un de difficile, et comprendre quelles sont ses motivations [pour faire ce bashing anti Tom Cruise] est quelque chose qui me dépasse". Et d'ajouter : "faire ça alors qu'elle a été payée 2 millions $ [pour les droits] et gagne encore plus d'argent en vendant ses livres relève du caprice. Ca manque de générosité. Ca manque de discrétion. Et ca manque de professionalisme".

    A la faveur de la romancière, il faut quand même souligner que nombreuses furent les personnes qui estimèrent à ce moment là que le recrutement de Tom Cruise dans un film de costumes du XVIIIe siècle, qui plus est dans le rôle d'un vampire, était ni plus ni moins que l'erreur de casting du siècle...

    En dépit de son hostilité farouche sur Tom Cruise, la romancière fut la première à reconnaître son erreur de jugement, après avoir vu le film. Elle eu l'élégance d'acheter dans la bible hollywoodienne Variety deux pages pour y écrire une sorte de lettre ouverte, en forme d'amende honorable, en expliquant avoir aimé le film.

    Plus tard, elle écrivit ceci (vous pouvez lire le billet en intégralité ici): "Quand l'annonce fut faite que Tom Cruise incarnerait Lestat, j'ai eu de profondes réserves et de sévères critiques. Tout comme nombre de mes lecteurs. J'en ai ouvertement parlé. Un rideau s'est alors mis entre moi et la production du film, à raison. Personne n'aime être critiqué, et cela inclu les personnes travaillant dans le cinéma. [...] Je n'ai vu aucun rush, aucun extrait, je n'ai fait aucune projection test. Ce n'est que lorsque David Geffen a pris le risque de m'envoyer une copie VHS du film que j'ai pu le voir. Et j'ai approché cette VHS avec une peur profonde d'être déçue, blessée, anéantie par le travail final. [...]

    J'ai trouvé Entretien avec un vampire exceptionnel. [...] Dès sa première apparition, Tom était Lestat pour moi. Il avait cette immense présence physique et morale, [...]. Il était sublime au-delà de toute description, même si enclin à accomplir des choses cruelles. La beauté de Tom était incroyable; son jeu polissé, sa capacité à plonger dans l'âme de Lestat et de comprendre sa personnalité [...] étaient absolument exaltantes. [...] Je ne suis pas douée dans la modestie. J'aime à croire que le personnage de Lestat joué par Tom restera dans les mémoires, tout comme on se souvient de la performance de Laurence Olivier dans celle d'Hamlet".

    Difficile de faire plus beau compliment et hommage, en effet, surtout venant de la part de celle qui n'avait pas de mots assez durs concernant un comédien dont le talent n'est, depuis longtemps, plus à démontrer.

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