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    Interdit aux moins de 16 ans, l'un des films les plus choquants de l'Histoire du cinéma ressort en salles
    1 juin 2022 à 07:00
    Vincent Formica
    Vincent Formica
    -Journaliste cinéma
    Le cinéma italien connaît une forte vitalité, embrassant l'héritage des Fellini, De Sica, Risi ou Pasolini. De Gomorra à La Grande Bellezza en passant par Jeeg Robot, nos amis transalpins ont su accoucher d'oeuvres puissantes et viscérales, qui savent particulièrement toucher le cœur de Vincent.

    Salò ou les 120 Journées de Sodome, l'un des films les plus choquants de l'Histoire du cinéma, ressort en salles le 1er juin. Si vous avez le coeur bien accroché, il faut absolument voir ce chef-d'oeuvre de Pier Paolo Pasolini.

    Pier Paolo Pasolini est sans aucun doute un des réalisateurs italiens les plus importants de l'Histoire du cinéma. Décédé dans des circonstances controversées en 1975, il n'a pas pu assister à la sortie en salles de son dernier film, Salò ou les 120 Journées de Sodome (En France, il a débarqué en salles en mai 1976).

    Ce long-métrage, qui ressort le 1er juin au cinéma, est une libre adaptation, transposée au 20ème siècle, de la grande œuvre du marquis de Sade (1740-1814), Les Cent Vingt Journées de Sodome. L’action du livre se déroulait à la fin du règne de Louis XIV (mort en 1715).

    Salò ou les 120 journées de Sodome
    Salò ou les 120 journées de Sodome
    Sortie : 19 mai 1976 | 1h 57min
    De Pier Paolo Pasolini
    Avec Paolo Bonacelli, Giorgio Cataldi, Umberto P. Quintavalle, Aldo Valletti, Caterina Boratto
    Presse
    4,6
    Spectateurs
    2,9
    Séances (8)

    Pasolini nous emmène au temps de la république fasciste de Salò. Dans un grand château italien, les détenteurs du pouvoir s’acharnent sur un groupe de jeune gens soumis à une série de sévices de plus en plus humiliants.

    Salò est une ville qui existe vraiment, se situant au nord de l’Italie. Le gouvernement fasciste de Mussolini l'avait désigné comme capitale en 1943 jusqu’à la chute de leur pouvoir en 1945. Triste anecdote : le frère de Pier Paolo Pasolini a été assassiné dans cette ville.

    LE FILM LE PLUS SCANDALEUX DE L'HISTOIRE ?

    Au moment de sa sortie au milieu des années 1970, Salò a créé un scandale retentissant en raison de ses scènes controversées d'humiliation, de violences sexuelles et de scatologie. Oeuvre sombre et pessimiste, le long-métrage a été interdit et censuré dans de nombreux pays.

    Avant de passer l'arme à gauche, Pasolini a livré une véritable bombe, créant sans doute une des controverses cinématographiques les plus marquantes du siècle. En Italie, l'oeuvre a été interdite aux moins de 18 ans. Chez nous, l'interdiction s'appliquera aux moins de 16 ans.

    En référence à L'Enfer de Dante, le cinéaste choisit de baptiser chaque partie de son film ainsi : "Le cercle des passions", "Le cercle de la merde" et "Le cercle du sang". Pamphlet radical contre le fascisme, Salò va de plus en plus loin dans l'horreur trash au fur et à mesure, laissant le spectateur absolument K.O. sur son siège.

    Pour certains critiques de l'époque, cette dénonciation du fascisme donnait "un film dégradant, insupportable et dont chaque spectateur se sentira sali, quel que soit le talent évident du cinéaste".

    Il est vrai que Pasolini ne nous épargne rien dans cette oeuvre. Il n'hésite pas à filmer en plan serré des sévices sexuels ou des jeunes gens forcés de manger des excréments.

    Le metteur en scène met en place un dispositif qui nous met à la place de ces puissants qui se délectent de ces tortures. Ainsi, lors d'une séquence insoutenable, les organisateurs de ces orgies démoniaques scrutent avec des jumelles d'horribles supplices et mises à mort.

    TORTURE ET DÉCADENCE

    Pasolini nous force à rester avec eux pour contempler ce spectacle morbide. Il nous met dans la peau de ces tortionnaires, ce qui est extrêmement dérangeant et perturbant, nous questionnant sur notre propre humanité. Il interroge aussi sur le pouvoir et l'exercice de celui-ci quand il devient totalement arbitraire.

    Pour parvenir au bout de ce film éprouvant, il faut vraiment avoir le coeur bien accroché et les nerfs solides. Pourtant, sur le plateau, l'ambiance était plutôt joyeuse, comme en a témoigné la comédienne Hélène Surgère, qui campait la Signora Vaccari.

    "Le tournage était plutôt joyeux et bon enfant ; le principal problème était d'empêcher les très jeunes acteurs de rire, notamment lors du banquet de la merde", a confié l'actrice.

    PASOLINI MENACÉ DE MORT POUR SES PRISES DE POSITION POLITIQUES

    Toutefois, le metteur en scène étant un personnage controversé, les menaces sont nombreuses et le tournage doit se dérouler sous protection policière. 

    "Pasolini s'inquiétait beaucoup de la montée d'un nouveau fascisme. Lors du tournage, nous avons assisté à d'inquiétantes manifestations. Il était préoccupé par la violence qui est en chacun de nous, il pensait que ceux qui veulent l'utiliser trouvent toujours un terrain favorable", a poursuivi Hélène Surgère.

    Après la sortie du film, la comédienne s'est demandée si le réalisateur n'était pas allé trop loin.

    "J'ai toujours été d'accord avec le projet. Pasolini me disait qu'il fallait se servir du cinéma comme d'une arme politique. J'ai revu Salo plusieurs fois et mon avis a changé selon les époques. Aujourd'hui, je pense qu'il est plus en phase avec notre temps. Les gens perçoivent mieux ce qu'il dit sur la société de consommation", a conclu l'artiste, malheureusement décédée en 2011.

    "Je pense que scandaliser est un droit. Être scandalisé, c’est un plaisir et le refus d’être scandalisé, c’est une attitude moraliste", scandait Pasolini dans les années 1970.

    En ces temps troublés, il est heureux que son long-métrage ressorte au cinéma et puisse être vu et étudié par les jeunes générations sans aucune censure.

    L'accueil mitigé du film en France par le journaliste François Chalais en 1976

     

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