"Ca commence pour Elles"
Deux mères de famille d'Anzin, près de Valenciennes (Nord) ont interprété "Histoires d'elles", la pièce de théâtre qu'elles ont écrite en hommage à Bertrand Tavernier.
Après avoir été figurantes dans Ca commence aujourd'hui du réalisateur de Capitaine Conan, Yamina Duvivier et Corinne Aghte, deux bouts de femme à l'énergie débordante, ont mal réagi à la fin du tournage.
Durant huit semaines, les deux quinquagénaires ont vécu aux cadences des prises de vue dans l'école maternelle de leur quartier, celui de la Place de Gaulle à Anzin, ancienne bourgade minière de 16 000 âmes à la périphérie de Valenciennes.
Quand le clap de "fin" est tombé, fin juin 98, leur conte de fées (participer à un film) s'est soudainement envolé. Désespérées, minées, après avoir connu une expérience "unique", les deux femmes ont alors sombré dans la dépression.
Jusqu'à ce que Tiffany Tavernier, fille du cinéaste et co-scénariste avec son mari, Dominique Sampiero, de Ca commence aujourd'hui, leur suggère, pour s'en sortir, d'écrire. Et de décrire la réalité du vide laissé dans le quartier après le passage de l'équipe de tournage.
Dès lors, elles s'attèlent à l'écriture. En deux mois, elles mettent sur papier, Histoires d'elles, ou cinq flashes de vie sur des femmes confrontées aux maux endémiques de la société, comme l'alcoolisme, la drogue, le chômage, la prostitution, la solitude, le racisme, et qui décident de se prendre en main pour améliorer leurs conditions.
Vision sociale pessimiste, empreint d'un réalisme noir édifiant, à l'instar de Ca commence aujourd'hui qui narrait la vie et le combat quotidien d'un instituteur de maternelle (Philippe Torreton) dans une région (toujours le Nord et ses corons) sinistrée par le chômage.
Les deux dramaturges-en herbe- analysent leur pièce comme "un message d'espoir, pour réveiller les consciences, un appel au partage, à la tolérance, à la solidarité". Ce projet leur a servi de thérapie et de catalyseur pour mieux rebondir et repartir de plus belle : "Depuis que nous avons commencé à écrire, nous avons refait surface. Finis les anti-dépresseurs".
Cette première expérience théâtrale constitue un formidable message d'espoir.
L'écriture achevée, elles ont fondé une troupe de théâtres avec des non-professionnels, composée pour l'essentiel de membres de leurs familles, d'amis et d'anciens figurants, pour monter leur pièce de trois actes, entrecoupés par un Monsieur Loyal clownesque qui annonce les scènes pour "meubler".
Après six mois de répétitions et quelques galères de mise en scène, toc, toc, badaboum, les voilà sur les planches du théâtre municipal d'Anzin (prêté gracieusement par la mairie), où la première représentation a eu lieu dimanche dernier. Sans Bertrand Tavernier, excusé pour raisons personnelles, mais avec les membres de l'équipe de production. Bref, une belle note d'optimisme pour ces comédiens. L.B