Une réalisatrice de cinéma iranienne, Tahmineh Milani, a été arrêtée sur ordre du Tribunal révolutionnaire de Téhéran, a annoncé jeudi le quotidien réformateur Hambasteghi. Un acte qui a eu lieu dimanche "pour une raison inconnue". Le journal a ajouté qu'un responsable du ministère de la Culture avait indiqué que son interpellation reposait sur un "malentendu", sans autre précision. "D'après nous, les accusations contre Tahmineh Milani sont fondées sur un malentendu que nous essayons de dissiper. Nous espérons pouvoir annoncer sa libération le plus tôt possible", a indiqué ce responsable.
Le dernier film de Tahmineh Milani, La Moitié cachée, traite de la révolution culturelle qui a suivi la révolution islamique de 1979 en Iran. Le journal a précisé que, selon des informations non confirmées, la réalisatrice a été accusée d'avoir "insulté les valeurs de la révolution islamique" à travers ce film.
La cinéaste aime brosser le portrait de la société iranienne. En 1999, dans Deux femmes, elle racontait l'amitié entre deux ex-amies de l'université de Téhéran qui s'étaient perdues de vue depuis des années. Elles faisaient partie des "Apaches", un groupe de femmes refusant de se laisser enfermer dans un monde machiste. Le film dénonçait le mariage arrangé et le manque de liberté des femmes.
Cette arrestation est un signe supplémentaire illustrant le nouveau tournant adopté en Iran. La vague de détente survenue lors de l'arrivée au pouvoir en 1997 du président réformateur Mohammad Khatami semble de plus en plus compromise. Dans un discours retransmis par la radio d'Etat le lundi 23 juillet, le Guide de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, avait demandé aux cinéastes de se consacrer à "un art fidèle à la révolution".
Cette déclaration intervenait quelques jours après la démission du vice-ministre de la Culture chargé du cinéma, Seifollah Dad, proche de Mohammad Khatami. Celui-ci avait expliqué qu'il souhaitait réaliser des films. Mais des rumeurs sur ce départ avaient circulé dans les milieux professionnels où l'on affirmait que Seifollah Dad était de plus en plus soumis à la pression des conservateurs.
M-C.H. avec AFP