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    Parler de la torture en Algérie
    19 sept. 2001 à 10:00

    Avec la ressortie de "La Question", Laurent Heynemann alimente le débat sur la torture pendant la guerre d'Algérie. Retrouvez également son interview.

    "Ce que je voulais raconter, c'était l'histoire de la victoire de l'intelligence sur la barbarie", explique Laurent Heynemann. En 1976, alors qu'il a 28 ans, il porte à l'écran le roman La Question d'Henri Alleg, ancien directeur d'Alger Républicain, journal communiste interdit qu'il a cofondé avec Albert Camus. Un livre que le cinéaste a découvert en cours de philosophie et qui l'a bouleversé. Henri Alleg y raconte les sévices qu'il a subi après avoir été arrêté en juin 1957 au domicile de Maurice Audin, un professeur de mathématiques qui a, lui aussi, été embarqué et torturé par les parachutistes.

    En raison de l'amnistie, Laurent Heynemann, ancien assistant d'Yves Boisset (R.A.S) et de Bertrand Tavernier (La Guerre sans nom) a changé les noms de ses personnages. Ainsi Henri Alleg et sa femme, incarnés par Jacques Denis et Nicole Garcia, sont devenus Monsieur et Madame Charlègue et Maurice Audin est appelé Maurice Oudinot. Ce dernier est mort pendant sa détention, mais les militaires ont fait croire à une évasion. Le corps n'a jamais été retrouvé. Sa veuve a déposé à nouveau une plainte en mai dernier pour séquestration et crime contre l'humanité.

    La Question montre de manière très sobre les souffrances endurées pendant les séances de torture effectuées dans les "centres de tri" : la gégène (utilisation de l'électricité), le supplice de l'eau pendant lequel Henri Alleg a failli mourir étouffé (un linge était appliqué sur son visage pendant qu'un militaire faisait couler de l'eau), l'injection d'un sérum de vérité... Mais Laurent Heynemann n'est pas allé aussi loin que le livre, par pudeur. Impossible pour lui de montrer les tortures infligées aux parties génitales, les brûlures, les mutilations de la langue. Mais l'absence de ces moments insoutenables n'enlève en rien les sentiments de dégoût et de révolte éprouvés à la vision du film. Les moments où Henri Alleg entend les cris des co-détenus et attend, se demandant ce qu'il va advenir de lui, participent grandement au sentiment de malaise.

    Des bombes dans les salles

    A sa sortie en 1977, le film subit de nombreuses pressions et est rapidement déprogrammé malgré un net intérêt du public. "A la fin des années cinquante, au moment des faits, on ne voulait pas savoir. Vingt ans plus tard, à la fin des années soixante-dix, ceux qui ne voulaient pas que l'on sache étaient encore nombreux et influents", explique Alain Lacourbe, le distributeur. "Jamais je n'aurais pu imaginer que des gens iraient mettre des bombes dans les salles", raconte Laurent Heynemann.

    Le film ressort donc 45 ans après les faits, dans un contexte particulier. Le général Aussaresses doit comparaître en novembre pour apologie de crimes de guerre, pour avoir justifié la torture. L'Education nationale se penche sur la manière d'expliquer cette période de l'histoire aux enfants : une université d'été a eu lieu fin août sur le thème "Apprendre et enseigner la guerre d'Algérie et le Maghreb contemporain".

    Pour sa ressortie, La Question a été restauré par le Centre national de la cinématographie. Les copies disponibles comportaient des coupes, collures et rayures et les couleurs avaient viré au rouge.





    A.C. et M-C.H.
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