Interview : Mark Romanek

Robin Williams inquiétant : c'est "Photo obsession", présenté en compétition officielle à Deauville. Mark Romanek, son réalisateur, se confie à AlloCiné.

Retrouvez l'interview de Mark Romanek sur notre site spécial Deauville

"Photo obsession"

Mark Romanek : J'ai toujours été fasciné par les grandes surfaces aux États-Unis. Je sais qu'elles existent aussi en Europe. Ce sont, à mes yeux, des lieux visuellement intéressants et envoûtants, presque surréels même, à cause de l'éclairage, de la musique, des produits, des gens et des panneaux. Je me suis dit que ce serait un bon endroit pour tourner un film. Ensuite, je me suis demandé qui pourrait bien être le personnage le plus intéressant, travaillant dans un de ces centres commerciaux. Quand je me suis rendu compte qu'il pourrait s'agir de l'employé du laboratoire photo, tout le film a commencé à prendre forme dans ma tête. C'était pour moi un personnage génial, me rappelant les films que j'avais adorés quand j'étais adolescent dans les années 70, comme Taxi Driver, Conversation secrete, ou encore Le Locataire de Roman Polanski. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un film américain de ce genre, relatant l'histoire d'un homme existentiel, solitaire, marginal et quelque peu inquiétant. Je trouvais ça passionnant de pouvoir à nouveau créer ce genre de personnage.

La peur ancrée dans le quotidien

Je ne trouve pas que mon film fasse si peur que ça. Je ne tournais pas un film d'épouvante. C'est peut-être pour cela qu'il fait peur. Je cherchais plutôt à montrer le personnage de Sy d'un oeil sympathique. C'est presque une histoire d'amour ; autrement dit, c'est comme si Sy était amoureux de cette famille. Donc, au lieu de chercher à faire peur à tout prix, j'ai préféré aborder le sujet de façon à rendre les spectateurs mal à l'aise. Du coup, c'est peut-être plus troublant. Je ne l'ai jamais vraiment perçu comme un thriller.

Sy Parrish, le "Photo Guy"

Il est défini par son travail. C'est peut-être là son problème : il n'a pas de vie privée, en dehors de son travail. Un jour, j'avais vu un employé de laboratoire photo dans un centre commercial de ce type. C'est loin d'être le plus passionnant des métiers ! Or, cet homme faisait son métier avec un tel entrain, avec une joie exagérée ! Il était tellement accueillant, tellement aimable, qu'on aurait dit une mise en scène. J'ai trouvé ça triste parce que j'avais l'impression qu'il cachait quelque chose. C'est de là qu'est né le personnage de Sy.

Robin Williams

Robin Williams n'a pas hésité à se métamorphoser pour se glisser dans la peau du personnage tel qu'il était décrit dans le scénario. Ceci dit, ça collait bien. Vous savez, j'avais été épaté par le casting. Quand j'ai écrit le scénario, je n'avais pas imaginé une seconde que j'arriverais à avoir une vedette de cinéma pour le rôle. Au départ, je pensais en faire un film indépendant, avec un acteur indépendant intéressant. Mais, quand Robin a dit qu'il était intéressé par ce film, je me suis rendu compte que de le choisir pour ce rôle serait un choix bien plus subversif et captivant. Le film n'en devient que plus passionnant. Ma seule inquiétude était de savoir si Robin, grande star de cinéma, allait réussir à se faire oublier. Arriverait-il à étouffer toute cette énergie propre aux vedettes, pour laisser place à Sy Parrish, un homme qui, lui, est presque "oubliable" ? Je me suis dit que s'il y arrivait, alors, l'effet désiré n'en serait que renforcé parce que cela nous permettrait de créer une ambiance de haute tension.

Peur du développeur ?

Je ne donne pas très souvent mes photos à développer dans ce genre de laboratoire. Je prends des photos en noir et blanc et les fait tirer dans un laboratoire spécialisé dans le noir et blanc. Ceci dit, il pourrait très bien y avoir aussi des psychopathes travaillant dans le laboratoire professionnel !

Avant même d'avoir vu le film, de nombreuses personnes, n'ayant lu que le scénario, m'ont avoué que depuis, quand ils vont donner leurs rouleaux à développer, ils ne peuvent s'empêcher d'être un peu inquiets ! La grosse blague qui circule est que ce film risque d'être une véritable aubaine pour la photographie numérique !

Propos recueillis par Yoann Sardet et traduits par Camille Joubert

FBwhatsapp facebook Tweet