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    Cannes 2022 : ces films qui auraient mérité la Compétition officielle
    28 mai 2022 à 13:30
    Cannes 2022 par AlloCiné
    Cannes 2022 par AlloCiné
    Du 17 au 28 mai 2022, nos expert(e)s passionné(e)s replongent au cœur de la folie cannoise. Responsable éditoriale : Laetitia Ratane Journalistes : Brigitte Baronnet / Mégane Choquet / Thomas Desroches / Maximilien Pierrette Vidéo : Ando Raminoson / Arthur Tourneret / Julien Ceugnart

    Sélectionnés dans des sections parallèles au Festival de Cannes, ces films ont conquis la rédaction d'AlloCiné, à tel point qu'ils auraient mérité de figurer en Compétition de cette 75ème édition, selon nous.

    Sélectionner des films à mettre en Compétition au Festival de Cannes n'est pas chose aisée et même si les 21 longs-métrages qui concourent pour la Palme d'Or n'ont pas manqué d'enthousiasmer les festivaliers, il y a toujours quelques oeuvres dispersées dans d'autres sections qu'on aurait aimé voir en Compétition officielle.

    A quelques heures de la révélation du Palmarès de cette 75 édition du Festival de Cannes, on vous partage 4 films qui nous ont ému, touché, bouleversé et dérouté qui auraient, selon nous, mérité une place dans la sélection de la Compétition officielle.

    La nuit du 12 de Dominik Moll

    Haut et Court

    Il faut réunir les bons ingrédients pour faire un thriller digne de ce nom et Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien, Lemming, Seules les bêtes) a réussi à en faire un remarquable. Faisant partie des derniers films annoncés au Festival de Cannes, La Nuit du 12 n'a pas été rajouté en Compétition mais dans la section Cannes Première, et c'est bien dommage.

    Car ce long-métrage nous a chamboulé avec une enquête sordide irrésolue de la police judiciaire. Cette investigation sur le meurtre de Clara, une jeune femme qui a été brûlée vive une nuit où elle rentrait chez elle après une soirée, va profondément marquer Yohan, l’enquêteur en charge de cette affaire.

    Malgré l’âpreté et la violence du meurtre au coeur de l’investigation,- dont le récit est basé sur une partie du livre de Pauline Guéna "18.3 - une année à la PJ" -, La nuit du 12 est empreint d’une véritable douceur et d’une grande sensibilité qui se dégagent de son interprète principal Bastien Bouillon. Alors que la liste des suspects s’allonge, l’enquête va profondément marquer le policier dans sa chair et le questionner sur le monde qui l’entoure et les violences permanentes faites aux femmes.

    Chaque étape de l’enquête le bouscule un peu plus et nous retourne aussi pour nous laisser un goût doux-amer et un sentiment de désarroi face à la singularité et la fascination que représente une affaire criminelle irrésolue. Grâce à une fine écriture, une mise en scène hypnotisante et un casting sincère et impliqué, La nuit du 12 se révèle être un polar sensible, viscéral et captivant.

    Mégane Choquet

    Men d'Alex Garland

    Kevin Baker/A24 Films

    Sélectionné "seulement" en séance spéciale à la Quinzaine des réalisateurs, Men aurait pu avoir une jolie place en Compétition officielle après la Palme d'Or accordée à Titane de Julia Ducournau l'an dernier. Car le réalisteur Alex Garland, à qui l'on doit Ex Machina et Annihilation, revient avec une nouvelle proposition radicale et maîtrisée qui mêle le fantastique et le drame psychologique au body horror.

    Le cinéaste britannique aurait donc pu titiller Les Crimes du futur de David Cronenberg en Compétition avec l'histoire d'Harper, une femme partie s’isoler dans la campagne anglaise afin de se reconstruire après un drame personnel qui va être traquée par une présence étrange. Ce qui devait être un temps de paix et de résilience se transforme en véritable cauchemar.

    Alex Garland offre une nouvelle fois une expérience cinématographique choc et visionnaire, en convoquant symboles, métaphores et légendes mêlées à l’horreur et le fantastique pour décortiquer les rapports de violence entre les hommes et les femmes. Outre son imagerie travaillée et très graphique sur la renaissance et la reproduction physique et psychique, le cinéaste dirige avec une grande force ses comédiens Jessie Buckley et Rory Kinnear, époustouflants, dans un film inspiré et envoutant.

    Mégane Choquet

    Chronique d'une liaison passagère d'Emmanuel Mouret

    Pyramide Distribution

    Faute de festival, Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait n'avait eu droit qu'à un label Cannes 2020. Deux ans plus tard, Emmanuel Mouret est bien présent sur la Croisette avec une nouvelle exploration de la carte du tendre qu'on aurait aimé voir en Compétition : Chronique d'une liaison passagère. "Le titre est un programme car il contient aussi la fin", disait le réalisateur et scénariste au moment d'annoncer la projet, qu'il a aussi envisagé d'appeler "Scènes de la vie extraconjugale".

    Le réalisateur ne manque d'ailleurs pas de citer ouvertement le classique d'Ingmar Bergman, dont l'ombre plane dans ce récit où, comme toujours, les mots et sentiments priment. Et où l'alchimie entre Sandrine Kiberlain et Vincent Macaigne fait des étincelles. Dès la première scène, leur complicité crève les yeux, leur opposition d'énergie (son côté pétillant à elle face à sa gaucherie à lui) séduit, et rend d'autant plus difficile cette fin inéluctable, autour de laquelle Emmanuel Mouret bâtit un suspense sentimental.

    Vif, fluide et attachant, Chronique d'une liaison passagère laisse les vies de ses personnages principaux hors-champ pour ne se concentrer sur leurs entrevues, bâties autour d'un lieu, d'une idée. Souvent très drôle, toujours très juste. Cannes 2021 avait eu Julie (en 12 chapitres), autre histoire de sentiments morcelée. Au vu des rires, réactions et applaudissements nourris, l'édition 2022 a peut-être trouvé son équivalent… et ses nombreuses qualités auraient pu lui offrir une place en Compétition.

    Maximilien Pierrette

    Retour à Séoul de Davy Chou (Un Certain Regard)

    Les Films du Losange

    Six ans après Diamond Island, son très remarqué premier long métrage de fiction, c'est l'heure de la confirmation pour Davy Chou. Toujours à Cannes, mais dans la sélection officielle (à Un Certain Regard) et non à la Semaine de la Critique, là où il aurait mérité la Compétition. Et eu de quoi figurer au palmarès. Cap sur la Corée, où l'héroïne de Retour à Séoul, Freddie, se rend sur un coup de tête à la recherche de ses origines. Sans savoir que cette quête la poussera à questionner son identité.

    Une histoire qui s'étale sur une décennie et débute en 2011, année au cours de laquelle Davy Chou s'est rendu au Festival du Film de Busan pour présenter Le Sommeil d'Or, son premier long métrage documentaire, en compagnie d'une amie née en Corée du Sud mais adoptée en France à l'âge d'un an. Et c'est après avoir été ému par des retrouvailles avec son père et sa grande-mère biologiques qu'il a songé à en tirer l'un des plus beaux films de cette édition.

    Passant avec aisance d'une émotion à l'autre et sachant aussi bien nous faire rire que nous émouvoir, sans perdre de vue le parcours de son héroïne, le réalisateir impressionne. Bien aidé par son actrice principale Ji-min Park, vraie révélation dont le talent éclate notamment dans une magnifique scène de danse, face à laquelle il est difficile de retenir ses larmes. En 2021, Davy Chou était producteur d'Onoda, qui avait fait l'ouverture d'Un Certain Regard et dont beaucoup avaient regretté l'absence en Compétition. Doté de l'une des meilleurs bandes-originales entendues depuis le début de cette édition, Retour à Séoul le rejoint clairement dans cette catégorie.

    Maximilien Pierrette

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