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    Black Lightning : entre Luke Cage et The Dark Knight, la série super-héroïque a-t-elle tenu ses promesses ?
    25 avr. 2018 à 19:00
    Maximilien Pierrette
    Journaliste cinéma - Tombé dans le cinéma quand il était petit, et devenu accro aux séries, fait ses propres cascades et navigue entre époques et genres, de la SF à la comédie (musicale ou non) en passant par le fantastique et l’animation. Il décortique aussi l’actu geek et héroïque dans FanZone.

    Lancée en janvier, "Black Lightning" nous avait surpris et impressionnés avec ses deux premiers épisodes solides. Le reste de la saison 1 a-t-il été à la hauteur de ces débuts électrisants ? Il est l'heure de faire le bilan.

    Lancée le 16 janvier sur la CW (et une semaine plus tard sur Netflix, qui en détient les droits de diffusion en France), Black Lightning était attendue avec un peu de perplexité : entre un personnage très peu connu du grand public, une première bande-annonce peu engageante et le risque de saturation sur la chaîne qui diffuse déjà Flash, ArrowSupergirl et Legends of Tomorrow, nous n'aurions pas franchement misé sur le bébé de Salim AkilMara Brock Akil et Greg Berlanti. Et nous avions tort.

    Ayant eu accès aux deux premiers épisodes, nous vous avions en effet fait part de notre étonnement et notre enthousiasme face à ces débuts prometteurs, qui troquaient la sempiternelle origin story pour un retour aux affaires : celui de Jefferson Pierce, contraint de ressortir la tenue du super-héros Black Lightning dans laquelle il peut exercer sa maîtrise des champs électro-magnétiques. Pour sauver le monde d'une menace extra-terrestre ? Affronter le plus grand méchant de tous les temps ? Non, "juste" protéger sa ville de Freeland de la corruption et la criminalité qui y règnent, en plus du travail d'éducation qu'il fait, le jour, en tant que proviseur d'un lycée.

    Politique et familiale, puisque le mouvement "Black Lives Matter" y est aussi important que la femme et les filles de Jefferson, et portée par le charisme de Cress Williams, la saison 1 a-t-elle tenu toutes ses promesses. On fait le bilan alors que le dernier épisode est disponible sur Netflix. Avec des spoilers à la clé bien sûr, donc veuillez passer votre chemin si vous n'êtes pas à jour.

    La réponse est : oui. Black Lightning n'a pas tout donné pendant ses deux premiers épisodes pour enclencher le pilotage automatique ou déraper ensuite. Malgré un certain classicisme dans la forme et la construction de son récit, qui nous offre ainsi peu de surprises, la série a eu la bonne idée de rester à hauteur d'hommes, pour mieux privilégier les liens entre les personnages au détriment de l'action (bien filmée sans être particulièrement mémorable malgré de beaux effets spéciaux électriques lorsque Jefferson fait usage de ses pouvoirs) ou du fantastique. Cela vaut aussi bien pour le héros que le méchant, Tobias Whale, dont la personnalité et les activités criminelles importent finalement plus que d'apprendre que c'est grâce à des stéroïdes qu'il paraît si résistant et vieillit si lentement.

    Une approche qui permet de lier passé et présent de façon organique, afin d'évoquer des thèmes comme la justice et la vengeance, grâce notamment à Gambi (James Remar), mentor du héros qui lui sert de boussole morale malgré des actions troubles, et à Tobias (Marvin 'Krondon' James III), reponsable de le mort du père de Jefferson trente ans plus tôt, ce qui a pour effet d'embrouiller l'esprit de Black Lightning quant au choix à faire. Et d'appuyer une autre notion inhérente à cette saison 1 : la culpabilité, présente en chacun de façon plus ou moins forte. Un thème qui va de pair avec la religion, que l'on retrouve par petites touches dans les titres des épisodes, où il est question de "Résurrection" (le pilote), de "Jésus Noir" (le 4) ou de livres (de l'éspoir, du destin, de la crucifixion...), comme dans la Bible ; ou lorsque Pierce est envoyé en prison comme un martyr, sur fond de Bob Marley and the Wailers.

    Une chanson qui parle de rescousse et de prières, qui n'a bien évidemment pas été choisie au hasard et sert à illustrer un montage parallèle nous montrant aussi bien l'arrivée humiliante de Jefferson derrière les barreaux que des passants réagissant aux rumeurs à son sujet à la télévision. C'est dans ces moments-là que l'aspect politique de Black Lightning est le plus fort. Ou quand il pointe du doigt les injustices dont sont victimes les Afro-Américains et évoque des émeutes survenues trois décennies plus tôt, référence évidente à celles de Los Angeles du début des années 90, ce qui rapproche la série du récent Black Panther sur ce plan.

    Le show est en revanche moins subtil lorsqu'il fait dire au méchant Martin Proctor son envie de "Restaurer la grandeur de l'Amérique" ("Make America Great Again" en VO). Et la lui fait répéter un peu plus tard, pour ceux qui n'auraient pas compris. Incarné par Gregg Henry, cet agent du FBI corrompu est d'ailleurs l'un des points faibles de la saison qui se met à multiplier les méchants à mi-parcours et laisse le très charismatique et flippant Tobias hors-champ pendant plusieurs épisodes, pour que ce dernier puisse soigner les séquelles d'une rencontre musclée avec Black Lightning. Si son bras droit Syonide (Charlbi Dean Kriek), qui rappelle le personnage de Sofia Boutella dans Kingsman, assure, au même titre que Khalil (Jordan Calloway) après sa remise sur pieds et son retour sous le nom de Painkiller, il n'en va pas de même pour Proctor ou Lala (William Catlett), beaucoup plus anecdotiques.

    The CW

    C'est dans cette dérive que Black Lightning se rapproche des autres séries super-héroïques de la CW. Ou lorsqu'il fait grandir son équipe de super-héros à vue d'oeil et en moins de treize épisodes, puisque les filles de Jefferson développent elles aussi des pouvoirs et que l'aînée, Anissa (Nafessa Williams), a droit à sa tenue pour aller combattre le crime. Nous n'en sommes pas au niveau de la saison 4 de Flash, où il est plus rapide de compter qui n'a pas de pouvoirs parmi les personnages, et ce show parvient quand même à conserver le coeur humain de son récit en bouleversant les liens familiaux, et en présentant les pouvoirs comme une drogue néfaste à long terme en même temps qu'un fardeau, dont les effets se révèlent à l'adolescence, souvent suite à un traumatisme, et valent à certains d'être kidnappés pour des expérimentations. Un peu comme chez les X-Men, auxquels on pense fréquemment et qui oeuvraient aussi pour la diversité.

    Car c'est aussi de ça que parle Black Lightning, fruit de la collaboration entre Salim Akil (qui avoue s'être basé sur ses propres expériences pour des scènes telles que le contrôle de police injuste qui pousse Jefferson a ressortir son costume du placard dans le pilote) et Greg Berlanti, qui oeuvre pour la représentation des minorités sur petit écran (on pense notamment à The Ray, premier super-héros gay de l'Arrowverse aperçu dans le dernier cross-over en date) et triomphe actuellement sur le grand avec Love, Simon, où il est question de coming out avec tact et subtilité. En se focalisant sur ce sujet, en plus de la corruption, de l'éducation et du racisme (envers Tobias notamment, ce qui permet de nuancer le méchant), la série peut ainsi mieux veillir que celles qui misent tout sur l'action et les effets spéciaux.

    DE L'ARROWVERSE AU LIGHTNINGVERSE ?

    Portée par le charismatique Cress Williams, capable d'être dur à cuire dans sa tenue électrique et chaleureux sans, Black Lightning est une série familiale et doucement politque avant d'être super-héroïque. Et c'est en cela qu'elle se démarque des autres composants de l'Arrowverse. Au point d'empêcher Jefferson Pierce de participer au prochain méga cross-over de la chaîne ? Si ses aventures se déroulent dans le même univers (Vixen et Supergirl sont citées, au même titre que la chaîne fictive de fast food Big Belly Burger que l'on retrouve un peu partout), elles n'en font pas vraiment partie, comme l'a récemment rappelé son acteur principal. À tel point qu'un Lightningverse, plus "adulte" et regroupant des héros dotés du même niveau de réalisme pourrait voir le jour.

    "Si nous essayons de nous intégrer dans l'Arrowverse, il nous faudrait complètement changer le style du show", explique Cress Williams à Innovation & Tech Today. "Et si l'Arrowverse essaye de s'adapter au nôtre, cela changera leur style. Ils sont très différents." Des propos qui laissent présager que Black Lightning, déjà renouvelée par la CW, continuera sur sa lancée, à mi-chemin entre The Dark Knight (pour l'approche réaliste) et Luke Cage (pour le propos), alors que le combat du héros contre Tobias n'est pas terminé : la série a en effet eu la bonne idée de ne pas tuer ce méchant que l'on espère déjà revoir, surtout qu'il possède visiblement une arme capable de faire de lui le roi de Freeland (et donc du monde libre ?), comme la dernière scène du final le montre.

    The CW

    Il faudra cependant que la série évite de tomber dans la surenchère (trop de méchants tue le méchant, ne l'oublions pas, et il en va de même avec les héros) et qu'elle conserve son format de treize épisodes, qui lui convient beaucoup mieux alors que la saison 1 a quand même accusé quelques longueurs. À prescrire également : les avalanches de bons sentiments, à l'image de ce discours final d'Anissa, que l'on croirait sorti du concours de Miss America ("On dit que nous sommes des héros, mais les vrais héros, c’est vous, les gens qui, malgré les difficultés quotidiennes de la vie, continuent de chercher de l’espoir, un sens et un but dans un monde qui peut se révéler complexe. On nous a fait un cadeau, un don du ciel, et on compte bien l’utiliser pour protéger cette ville et ses habitants.")

    Une faute de goût finalement anecdotique au sein d'une saison 1 qui a réuni une moyenne encourageante de 1,73 million de téléspectateurs par épisode et convaincu la majorité des sceptiques, ce qui n'était pas gagné d'avance. "Le futur appartient à ceux qui s'y préparent dès aujourd'hui", dit l'un des personnages en citant Malcolm X lors du final : alors que la co-créatrice avoue avoir un plan pour trois ou quatre saisons, Black Lightning a préparé son avenir de bien belle manière, en posant les bases de son présent avec application.

    Jefferson Pierce / Black Lightning (Cress Williams)

    Tobias Whale (Marvin 'Krondon' James III)

    Peter Gambi (James Remar)

    Anissa Pierce / Thunder (Nafessa Williams)

    Jennifer Pierce (China Anne McClain)

    Syonide (Charlbi Dean Kriek)

    À noter que ce personnage a été un homme dans les comic book "Black Lightning", et une femme dans "Outsiders". Et c'est cette dernière version que la série a retenue.

    Khalil Payne / Painkiller (Jordan Calloway)

    Lady Eve (Jill Scott)

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