"Heart Of The Beast" est le genre de projets tout ce qu'il a de plus facile à vendre. Portée par Brad Pitt dans le premier rôle, l'histoire de ce film met en scène la relation entre un ancien militaire et son chien, tout cela au milieu d'une quête de survie en plein cœur de la nature. Dans tous ces aspects, le long-métrage nous promet donc un cocktail allant de l'émotion à l'action, au milieu d'un récit très balisé et déjà vu. Pourtant, au vu des premières images présentes de la bande-annonce, je dois dire que j'étais un peu curieux de découvrir ce que cela allait donner. L'ensemble avait l'air de se prendre un minimum au sérieux, en essayant d'éviter les archétypes précis de ce type de scénario. Et si cette légère curiosité qui me caractérise m'a parfois trompé, ce ne fut pas le cas ici, car je ressors plutôt satisfait de mon visionnage. Même si je vais devoir pointer négativement quelques-uns des détails du film, je tiens à affirmer que le tout se porte très bien debout tout seul. Dans sa construction, bien que le déroulé de l'histoire soit classique et déjà vu, tout est globalement maîtrisé. La mise en scène apporte notamment l'aspect contemplatif et léger qu'il faut pour ce genre de productions, au travers d'une réalisation qui laisse beaucoup de place aux décors. Tourné en Nouvelle-Zélande, le film profite de cadres absolument magnifiques, tout en se contentant exclusivement d'environnement naturel. On se laisse alors emporter par cette atmosphère très simple, mais efficace, bien accompagnée par une bande originale vraiment planante. Composé de morceaux très ambiants, jouant sur les voix et les instruments discrets, l'objectif de la musique est clairement d'accompagner les jolis visuels du film, et le résultat est plutôt maîtrisé en ce sens. Maintenant, même si cette exécution est efficace, c'est une approche qui reste connue et présente dans déjà beaucoup d'œuvres du genre, "The Dog Stars" de Ridley Scott ayant amené les mêmes idées à ce niveau il y a à peine quelques semaines par exemple. Cependant, là où ce projet-ci se démarque légèrement, c'est qu'il réussit parfois à aller un peu plus loin que la surface. À ce niveau, j'ai notamment apprécié la manière dont la relation entre l'homme et l'animal nous est dépeinte, car elle est loin d'être simplement attachante par le simple fait de la présence canine. Marqué par de nombreux traumatismes, ce duo se complète par un passé commun, ce qui renforce l'impression d'être en face de deux personnages bien réels, et non simplement un homme et son chien. L'idée de développer des séquelles en ce qui concerne l'animal est également une approche qui renforce cela, ce qui permet de nous rappeler que même nos amis à quatre pattes peuvent souffrir de problèmes psychologiques. Cet aspect intimiste assez spécial permet donc de nous attacher facilement à eux, ce qui aide beaucoup à nous sentir impliqués dans chaque péripétie. La tension plane alors sur une longue partie du long-métrage, jusqu'à une conclusion qui a le mérite de surprendre un peu son monde.
Là où ce type de production nous a habitués à nous montrer la mort de l'animal pour nous faire facilement pleurer, ce film prend le concept à revers en faisant mourir l'humain à la place. La scène qui l'accompagne réussit même à être assez émouvante et plutôt joliment filmée, ce qui permet de fournir une fin très satisfaisante.
Cependant, c'est en racontant cela que les détails dont j'ai parlé au début de ma critique commencent à apparaître. Encore une fois, le récit est efficace en lui-même malgré sa simplicité. Mais au travers de ces petits éléments à droite à gauche, je suis certain que l'ensemble aurait pu être encore plus intéressant si tout avait été correctement peaufiné.
Pour revenir à la fin, je trouve quel manque de gravité, la révélation sur la mort de James nous ayant été teasé dès l'introduction. En découvrant le chien seul au milieu d'une route, il ne faut pas être un grand devin pour comprendre où ira l'histoire. Si cette dernière réussit malgré tout à être intéressante, je regrette que sa tension soit quelque peu diminuée à cause de ce choix. J'aurais même préféré que le film nous ait menti au départ afin de développer une conclusion un peu plus inattendue, au lieu de simplement nous servir ce qui était facilement devinable.
Et pour finir, je tiens à dire que j'ai aussi un peu de mal avec la gestion du passé militaire de nos personnages. S'il permet de crédibiliser leurs liens et notre attachement à eux, la narration semble un peu timide quant à sa façon de nous présenter cela. On aura le droit à quelques flashbacks très rapides et épileptiques sur leurs missions précédentes, mais c'est à peu près tout ce qu'il y aura à se mettre sous la dent. Dans la forme, je comprends l'idée d'exprimer visuellement les souvenirs de nos héros. Mais dans les faits, le scénario ne nous raconte qu'un léger bout de leur histoire, sans aller assez loin pour que nous soyons réellement au courant de tout ce qu'il faut. Je pense, par exemple, à cette phrase dans la conclusion où James parle de ses anciens camarades militaires, un élément qui est totalement absent du récit. À la limite, j'aurais préféré que le film tranche beaucoup plus la question que d'y aller à demi-mot, soit en racontant plus de choses, soit en racontant le minimum à savoir. L'ensemble aurait gagné en cohérence, ce qui était préférable. Cela dit, n'allez pas croire que ces petits détails m'ont empêché de passer un bon moment durant mon visionnage. Je trouve que le film reste de qualité malgré ses faiblesses, et qu'il réussit même à amener quelques éléments plus surprenants que la moyenne des productions de ce genre. Sans être un chef-d'œuvre, ce projet est donc assez sympathique à voir, et je vous recommande d'en tenter l'expérience. Pour conclure, un joli moment.