Bienvenue dans le monde du journalisme de caniveau ! C’est peut-être un peu dur de commencer ainsi mais les premières scènes de « Rapaces » sont assez éloquentes de ce point de vue : voyeurisme, manipulation, mensonges et gros arrangements avec la déontologie, c’est peut dire que le personnage de Samuel n’est pas sympathique d’emblée. Le réalisateur Peter Dourountzis propose un thriller au scénario original (comprendre par là que ce n’est pas une adaptation d’un roman policier) filmé de façon nerveuse, sans temps morts et avec même quelques scènes de tension assez efficaces.
Le dernier quart d’heure, avec la scène du restaurant et ensuite sur la route particulièrement tendue, à tel point que clouée dans mon fauteuil de cinéma je commençais à faire de l’apnée !
Habillé d’une bande son sympathique, bien utilisée et pas envahissante (alors que dans les thrillers c’est souvent le cas), « Rapaces » est un thriller bien troussé, bien filmé, qui ne s’embarrasse pas de digressions inutiles.
J’ai cru à un moment que l’enquête de Chambery allait parasiter celle de Samuel, prendre de la place et rallonger le film inutilement mais non, elle n’est là que pour compléter la peinture du métier de journaliste de faits divers, par l’intermédiaire du rôle tenu par Jean-Pierre Darroussin.
Les scènes d’actions sont plutôt bien rendues : Dourountzis utilise le hors champs
(la bande son de l’agression au début est glaçante, pas besoin d’image quand tu as une bande son pareille), le second plan (avec le pick-up) et les scènes de poursuite en voiture sont courtes mais filmées « de l’intérieur », comme il faut.
Dans la forme le thriller tient très bien la route, on entre dans le fait divers immédiatement et on ne voit pas du tout les 1h45 passer. On peut regretter que les rôles secondaires tenus par Jean-Pierre Darroussin, Valérie Donzelli ou Stephan Crepon soit sous-écrits et sous utilisés, surtout celui tenu par Darroussin. Mais le film ne veut pas s’éparpiller mais se focaliser sur le duo père-fille : Sami Bouajila et Mallory Wanecque. Bouajila est dans ses pantoufles dans le rôle de ce journaliste solitaire, un peu casse cou, souvent limites, parfois imprudent. Il a déjà tenu ce genre de rôle, son talent n’est pas un mystère et il en fait ici encore la preuve. Mallory Wanecque confirme tout le bien qu’on avait pu penser d’elle dans « L’Amour Ouf » où elle irradiait le film. Ici, en jeune journaliste moderne, elle tient la dragée haute à son partenaire, qui n’est pourtant pas le premier venu. Le scénario du thriller à proprement parler est plutôt bien troussé, on comprend assez vite où il veut nous emmener. On peut penser ce que l’on veut du dénouement mais on ne peut pas dire que le film n’est pas dans un certain air
(nauséabond)
du temps. Si on veut chipoter, on peut trouver que certaines ficelles sont un peu grosses
(le coup des surnoms, qui ne laisse pas grande place à l’interprétation) mais qui peut dire sans ciller que, dans les milieux qui sont ici mis en scène, on fasse preuve de beaucoup de subtilité ?
Non, même avec des grosses ficelles le sujet reste hautement crédible, n’en déplaise à certains. Mais l’intrigue policière en elle-même n’est pas le seul intérêt de « Rapaces ». Car les rapaces en questions, cela peut-être les agresseurs de jeunes filles mais aussi les vautours d’une certaine presse qui prospère sur le crime, la violence et le sordide. C’est ici l’occasion de lever le voile sur les méthodes de cette presse : intrusion sur les scènes de crimes, mensonges et manipulation des familles (vol de photos personnelles !) ou encore accointance avec les policiers, encore que cet aspect là est traité de façon étrange, presque allusive, comme si le scénario avait peur de trop en dire ou de trop en montrer. Même si le personnage de Samuel devient finalement attachant,
même s’il finit par lever le voile sur l’affaire
alors que la police brille par son absence, il n’en demeure pas moins que ses méthodes interrogent grandement. Heureusement que le film n’est pas là pour réhabiliter « Détective » car je ne pense pas que ce soit le cas. Certes « Rapaces » peut apparaitre frustrant sur certains aspects, certes tout n’est pas parfait dans la narration
(le lien entre l’affaire du moment et une affaire ancienne n’est pas clairement mis à jour)
mais ce petit thriller nerveux fait son office et c’st déjà pas mal.