De qui parle-t-on ?
Pour son 1er film en 2020, Vauriens, Peter Dourountzis ne m’avait pas du tout convaincu. Par contre, ces nouvelles 104 minutes de thriller psychologique traitent d’un sujet original, la presse à sensations, - ici les journalistes de le l’hebdo Détectives, qui, à son heure de gloire, tirait à exemplaires par semaine ! -, mais à travers une réflexion intime sur la violence, l’enquête, et la filiation. Samuel, journaliste, et Ava, sa fille et stagiaire, couvrent pour leur magazine le meurtre d’une jeune fille attaquée à l’acide. Frappé par la brutalité de ce meurtre, ainsi que par l’intérêt de sa fille pour l’affaire, Samuel décide de mener une enquête indépendante, à l’insu de sa rédaction, et découvre des similitudes troublantes avec le meurtre d’une autre femme… Solide, efficace avec un final haletant, un film de très bonne tenue défendu par un casting de grande qualité.
En 2002, Elodie Kulik, une jeune banquière de 24 ans, est retrouvée morte dans la Somme, après avoir été violée et brûlée vive. Une séquence glaçante de son appel aux secours sur le 17 est enregistrée. L’enquête durera plus de dix ans, marquée par une vidéo de viol retrouvée sur un téléphone, l’identification tardive d’un ADN, et un procès très médiatisé. Cette affaire emblématique a profondément marqué l’opinion publique et inspiré le premier jet du scénario à ce film. Car, ici, le scénario repart de zéro : nouvelle intrigue, nouveaux enjeux, même s’il conserve l’idée du fait divers comme moteur du récit. L’intrigue s’éloigne du thriller purement stylisé pour adopter un ton de chronique centrée sur des personnages imparfaits dans des situations du quotidien. Atmosphère poisseuse et glauque à souhait, héros plus médiocres que véritablement sympathiques. Un seul reproche, on s’y perd un peu au début de l’histoire car les enjeux tardent un peu à se mettre en place. Mais ça reste un bon film de genre en ce début d’été qui gagne beaucoup à être suivi dès qu’il pénètre le petit monde interlope des cibistes. Même si c’est sans doute pousser le bouchon de la vraisemblance un peu loin en transformant des journalistes de Détective en enquêteurs hors pair capables de résoudre un cold case ou devenant des chausseurs de prédateurs sexuels, on se laisse prendre au jeu.
L’autre grand atout de ce film reste la prestation inspirée de Sami Bouajila et Mallory Wanecque, dont le duo fonctionne à merveille et finit même par être très émouvant. A noter les présences inspirées de Jean-Pierre Darroussin et Valérie Donzelli. Je regretterais simplement la multiplication de personnages interprétés – parfois furtivement – par Andréa Bescond, Gilles Cohen ou Stéphane Crépon, qui n’ajoutent rien à l’intrigue et ont même tendance à éparpiller le propos. Dourountzis s’inscrit dans la grande tradition du polar social à la française, de Dominik Moll et sa Nuit du 12 à Une affaire d’État d’Éric Valette. La morale est ici simple : « les rapaces sont partout ».